‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 35 sur 440 · III Contra Gentes, cap · texte numérisé non relu

III Contra Gentes, cap

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à l'ordre moral qu’à condition d'être jugée, c'est-à-dire envisagée par la raison dans son rapport avec les normes de la pratique. Dès lors trois cas peuvent se présenter. Ou la fin dont on parle réalise elle-même la norme, Je dis cette norme suprême à laquelle on a donné le nom de béatitude, et alors, il convient de l’appeler souverain bien. Ou cette fin, sans s'identifier à la norme, en respecte les condilions, et se trouve ainsi conforme à la raison directrice des actes; dans ce cas, c'est un bien. Ou enfin elle n’est pas conforme, et c’est un mal. k

On voit par là que le bien et le mal, en passant de l’ordre ontologique à l’ordre moral, modifient profondément leur nature. Dans l’ordre ontologique, le bien consiste en une positivité prise comme telle, c'est-à-dire dans une positivité qui se réfère d'elle-même à notre appétit et représente par là un désirable. Dans l'ordre moral, le bien consiste dans une positivité encore, puisque l’objet spécifie l’acte ; mais dans une positivité liée à un rapport qu'établit la raison, et en tant qu’elle implique ce rapport. Par exemple, la santé est un bien pour nous ; ontologiquement, elle se trouve ainsi qualifiée par elle-même, sans qu'il soit besoin de la référer à autre chose. Et c’est évidemment parce que la santé est un bien en soi qu’elle peut prendre une valeur morale ; mais elle ne la prendra qu'à condition de se

prêter au jugement de la raison, de se comparer à ses

normes, et cette comparaison, si elle est favorable, confèrera au bien envisagé la qualité de bien moral; si elle est défavorable, celle de mal moral.

Non pas sans doute que ce qui était un bien, sous le rapport où il était un bien, devienne un mal; s'il le devenait, non seulement on ne devrait plus s’y donner, mais on ne le pourrait pas, la fin et le bien étant identiques (nullus intendens ad' malum operatur). Mais ce bien en soi n'étant plus le bien pour la raison, en devient,

‘LE BIEN. ET. Le MAL MORAL

moralement, un Aux bien, un bien SP font (apparens |

bonum), et, pour tout due, un mal.

D'où il appert que la notion de mal, plus évidemment encore que celle de bien, se modifie à passer de l’ontologie à la morale. Ontologiquement, le mal est une privation‘; moralement, il est chose positive. Mais cette chôse positive, qui donne à l'acte peccamineux ses caractères spécifiques, ne le caractérise comme mal que par rapport à la raison, en tant que le bien recherché par l’agent ne se trouve pas, actuellement, en concordance avec la règle, et que ce bien relatif prive donc homme de l'absolu de son bien, qui est d’être selon la raison *.

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