‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 363 sur 440 · B. — L'INCONTINENCE · texte numérisé non relu

B. — L'INCONTINENCE

1. Nature morale de l'incontinence. — 2. Gravité de l'incontinence. — 3. Gravité comparée de l’incontinence et de l’intempérance. — 4. Un sophisme à éviter. — 5. L'incontinence plus guérissable que l’intempérance. — 6. Gravité comparée de l’incontinence et de la colère.

4. — L'incontinence, elle, prêterait à beaucoup de questions très importantes, si déjà onn'en avait traité à propos du libre arbitre’.

Elle procède originairement du corps, puisque c’est la passion qui la cause ; mais cette cause corporelle ne lui fournit qu’une occasion, elle ne la détermine pas selon son essence morale.

Si la passion était si forte qu'on ne puisse pas résister, c'est que la raison aurait sombré, et alors, on ne serait ni continent ni incontinent, puisqu'il n’y aurait pas jugement et que la différence entre la verlu et le vice consistent dans une attitude différente à l’égard du jugement de la raison, que l’un suit et que l’autre déserte.

Mais si l’usage de la raison n’est pas suspendu, la résistance à la passion quelque véhémente qu’elle soit demeure possible, et c’est à la volonté rationnelle, non au corps, qu'il faudra attribuer qu’on y résiste en effet ou qu’on y cède*.

Ce n’est donc que par à peu près qu’on à pu dire de certaines complexions qu’elles rendent incontinent par nature. s

Les tempéraments prompts ou violents ont coutume de se jeter au plaisir avant toute délibération, et les tempéraments faibles y glissent en dépit de leurs délibérations vertueuses. Ce dernier cas est celui des

1. Cf. Saint Thomas d'Aquin, t. I, 1, VI, ch. IL. 2. Ile IIæ, Q. CLVI, art. 4.

Ke

Me %

Dr à

(LA TEMPÉRANGE. 408 “A —

ohne, que leur débilité de ttes rend plus à aptes à être conduites par leurs sentiments ou leurs Ts désirs qu’à les conduire. À cause de quoi Aristote, exa- ; gérant d’ailleurs, a prétendu qu'elles ne sont ni continentes ni incontinentes, étant convenu qu'elles cèdent

dès que la passion parle.

. Mais ce ne sont là, encore une fois, que des observations d’analyste. Moralement, le tempérament ou le “fi sexe sont occasion plus ou moins heureuse de moralité, des et non cause suffisante. La vraie cause, c’est la négli "= gence ou la fidélité de l’âme‘.

2. — Il suit de là que l’incontinent est coupable. Il l'est même doublement, en ce que d’abord il néglige la raison ; ensuite en ce qu’il se laisse aller à des délectations perverses.

Le cas, toutefois, n'est pas le même de l’homme qui se complaît dans des plaisirs irrationnels de soi, et de celui qui n'offense la raison que dans sa façon d’adhérer à des plaisirs nobles. Il y a là deux espèces de. malice.

À vrai dire, la dernière n'appartient pas proprement à l'incontinence, puisqu'il ne s’agit plus des choses de la chair*.

Page 1