On à demandé s’il est plus grave de céder à
la colère qu’à la concupiscence. Cela dépend évidemment
de beaucoup de choses. Si l’on regarde aux effets, on pourra dire que souvent céder à la colère est plus grave, parce qu’il s'ensuit du dommage pour le prochain. Mais si l’on regarde aux passions elles-mêmes, c’est le contraire qui est le vrai; car la concupiscence est plus désordonnée que la colère.
Il y a de cela plusieurs motifs. Premièrement, la colère participe d’une certaine manière la raison, vu qu’elle tend à repousser une injure qu’il serait bon de repousser en effet, si l’on suivait en cela la bonne marche. La nee au contraire, procède du sens et n'emprunte rien à la raison.
Ensuite, la colère est plus soudaine, et celui qui s ve trouve disposé est plus près de faiblir, plus excusé par. conséquent, que ne l’est le voluptueux du fait d’une disposition semblable. De [à vient qu’il y a plus de gens colères qui s’emportent qu'il n’y a de voluptueux qui vivent mal, toutes choses égales d’ailleurs.
Troisièmement, la colère cherche à éclater ; la volupté est insidieuse et veut l'ombre. Enfin, le voluptueux obéit au pur plaisir, alors que l'homme colère est poussé à ses écarts par une tristesse antécédente *.
Ilest vrai qu'il est plus difficile de lutter persévéramment contre la volupté que contre la colère, parce