MORALE
dons ‘seules Le fins ultérieures, qui sont moyen ;
par rapport aux autres, prêtent à erreur. Mais puisque ces fins-là ne sont telles que relativement, et que, en tant que fins, elles sont objet d'intention, non de choix,
la précision consistera à dire : La lumière de nos choix,
ou conscience, est correcte quand elle propose une action propre à réaliser une intention droite ; elle est erronée dans le cas contraire.
2. — Il va de soi qu’une conscience droite nous lie, puisqu'elle est en nous le représentant de la loi éter-
nelle, et qu'à cetle loi, absolue comme Dieu, rien ne
peut prétendre s’opposer.
Que si un supérieur quelconque, ou un conseiller nous
pousse à enfreindre un précepte émané de si haut,
chacun a le devoir de lui opposer le mot célèbre : « 17 faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes
Et cela ne veut pas dire que les conseils soient vains ou que les ordres légitimes soient caducs; mais leur intervention a pour rôle de former la conscience, là où celle-ci est leur sujette. La conscience supposée formée ne relève que de soi, en tant que prophète de Dieu*.
3. — Mais que dire de la conscience erronée? De celle-ci, on ne saurait affirmer qu’elle soit le représentant de la loi éternelle. Elle ne peut donc fonder ni un droit ni un devoir, puisque droit et devoir s’originent aux objets en tant que référés à une raison droite, c’est-àdire conforme à la Raison créatrice,
Toutefois, si le droit et le devoir en so ne peuvent varier ainsi au gré de l'esprit, Le droit et le devoir pour
nous, le droit et le devoir effectifs en dépendent. Saint
Thomas le soutient avec énergie contre les partisans d’un
A Act, N, 29.
2. In IV Sent, Dist. XXXIX, Q. II, art. 3, ad 3»; Q. XVII de Verit., art. 9:
Me LA MORALE DE SAINT THOMAS D'AQUIN
objectivisme excessif, ignorants des conditions de la vie morale. |
L'analyse de l’idée d'obligation est ici la meilleure lumière.
4, — Obliger vient de lier (ob-ligare) et implique donc nécessité: mais nécessité venant de l'extérieur. Une nécessité de nature : telle celle qui fait tomber le corps lourd ne répondrait pas à l’idée d'obliger.
Or, une nécessité imposée peut être soit absolue, soit conditionnée. La première signifie coaction ; la seconde prête à liberté, puisqu'il s’agit alors d'obtenir une fin ou de ne pas l'obtenir, et qu’il y a done matière à option, bien qu'un déterminisme rigoureux lie la fin supposée voulue au moyen déclaré nécessaire.
Dans ce cas, qui seul est applicable à la volonté, le lien imposé du dehors est imposé au moyen d’une action, comme dans la coaction matérielle ; seulement, ce qu'est le contact actif pour l'agent matériel, la connaissance l’est à l'égard de l’être volontaire.
La connaissance est le contact entre l'agent de l’obligation morale et le sujet de cette obligation. D'où il: suit que nul n’est lié que par l'intermédiaire du savoir. Celui qui est incapable de savoir est incapable d’obligation. Celui qui ignore l'obligation n’est tenu par elle que s’il est tenu de ne pas l’ignorer, et cela même suppose la connaissance de ce dernier lien.
Bref, comme dans les choses corporelles l'agent physique n’agit que par contact : ainsi dans les choses spirituelles, la loi morale n’agit que par intimation de connaissance.
Et de même qu’il n’y a pas lieu de distinguer entre la vertu de l’agent physique et la vertu de son contact, vu que celle-ci n’est que l'application de l’autre : ainsi n’y a-t-il pas lieu de distinguer entre l'obligation imposée . par la loi morale et l’obligation de conscience.
PRES | LA CONSCIENCE, MORALE Me 537
“ER voix de la conscience n’est que l ns du devoit:> ; elle n’en est pas la source. Mais le devoir, à son tObes n’a d'existence pour nous qu’en faisant entendre sa voix.