Q. XVII de Verit., art
2. « Actus humanus judicatur virtuosus vel vitiosussecundum bonum apprehensum, in quod per se voluntas (re et non secundum materiale objectum actus. » (Quold., III, art. 27.)
3. Bonitas voluntatis proprie ex objecto dependet. Objectum autum voluntatis proponitur ei per rationem: nam bonum intellectum est
. objectum voluntatis proportionatum ei... Et ideo bonitas voluntatis
dependet a ratione eo modo quo dependet ab nie (le Ilæ, Q. XIX, art. 3).
538 LA MORALE DE SAINT THOMAS D'AQUIN sujet en toute occurrence. Celui qui agit selon sa conscience, même erronée, à supposer que sa volonté soit droite, obéit lui aussi à la loi de Dieu, puisqu'il agit conformément à ce précepte, le premier de tous et le seul au fond : Obéis à ta conscience.
6. — Par là se résout la question si mal envisagée par certains : La conscience erronée oblige-t-elle ?
Quelques-uns ont distingué. Entre les objets de l’action, ils mettent à part ceux qui sont de soi indifférents ; puis ceux qui impliquent, de soi également, bonté ou
malice morale. Et ils disent : Si la conscience erre en
ce qu’elle propose comme un devoir ce qui est indiffé-
rent au devoir, ou en ce qu’elle prohibe comme interdit » q P
ce qui est simplement quelconque, la conscience ainsi disposée oblige, parce que rien ne combat son verdict. Mais si l’erreur consiste à faire du bien le mal ou du mal le bien, une telle conscience, se heurtant aux objets divins, y perd son droit et ne peut forcer le vouloir à la suivre. Le vouloir quise décide, en ce cas, contre la conscience et conformément aux objets, est donc bon.
Une pareille solution heurte le bon sens, et pourtant elle exerce sur une foule d’esprits, en religion comme en philosophie morale, une fascination étrange.
Saint Thomas s’y oppose avec sa décision coutumière,
Parler ainsi, dit-il, est pleinement illogique (hoc irrationabiliter dicitur). Car s’il y à malice à ne pas suivre la conscience lorsqu'elle colore en bien ou en mal l'indifférent, c’est. apparemment pour une raison où l’objet du vouloir esten cause. Pourquoi serait-ce? Or, par hypothèse, ce n’est pas de l’objet pris en soi, que peut venir ici le bien ou le mal, vu qu’on le suppose indifférent : c’est donc de l’objet tel qu’il est appréhendé par la raison. Ge qui veut dire qu’on se réfère à la doctrine ci-dessus exposée, à savoir que l’objet de la volonté, l’objet qui
eh sollicite et la juge, c ras Lelui que Ja raison lui pro-
pose, en tant et selon qu’elle le propose.
D'où il suit que si une chose est proposée comme
bien et que la volonté s’en écarte ; comme mal et que …
la volonté y adhère, la volonté sera mauvaise.
Or, peu importe, en ce cas, que l’objet soit indiférent ou qualifié en soi. Il n’y a pas que l’indifférent,
qui puisse revêtir, dans l’appréciation de la raison, une apparence trompeuse. Le bien et le mal peuvent aussi s’y invertir, et le jugement à porter sur la volonté ainsi trompée a toute raison d’être semblable.
« Ainsi, s’abstenir de fornication est un certain bien.
Pourtant, sur ce bien la volonté ne se porte qu’en tant qu’il est proposé par la raison. Si donc il est proposé
comme mal par une raison errante, la volonté s’y porte comme sur un mal (sub ratione mali). Cette volonté :
sera donc mauvaise ; car elle veut le mal: non le mal en soi ; mais le mal occasionnellement et pour elle (per accidens), à cause de l’appréhension de la raison.
« De même, croire au Christ est de soi bon et néces-
saire au salut ; mais la volonté ne s’y porte que sur proposition de la raison. Si donc l’acte-de foi est proposé comme un mal, la volonté s’y porte comme au mal. ‘ Non que ce soit mal en soi; mais cela est mal par occasion (per accidens), à cause de l'appréciation rationnelle. « Cest pourquoi le philosophe a dit (Ethic. Nicom.,
"he VIT, ch. 1), que parlant absolument, on doit déhn
vicieux celui qui ne suit pas la raison droite; mais aussi, accidentellement, celui qui ne suit pas la raison fausse.
« [l faut donc dire been que toute volonté qui s’écarte de la raison, droite ou fausse, est une volonté mauvaise. » ‘
On remarquera que saint Thomas introduit à dessein