‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 79 sur 440 · Mais comme le premier effet de l’amour, d’où · texte numérisé non relu

Mais comme le premier effet de l’amour, d’où

nous viennent nos meilleures jouissances, c’est le désir,

il arrive on substitue, dans le langage, Le désir à l’amour, et qu’on dise, comme fréquemment Augustin : 5 Le désir est cause de toutes nos douleurs.

Du reste, envisagé en lui-même, le désir peut causer la douleur de plus d’une manière. Soit que l’objet de . nos vœux tarde à se laisser atteindre, ou qu'il nous soit soustrait, nous souffrons. Mais si c’est là une cause de douleur trop fréquente, ce ne peut pas être une : cause unique et universelle; car on ne désire pas ce qui est présent : or nous souffrons plus de la soustraction des biens présents, dont la jouissance est déjà acquise, que du refus des biens désirés'.

3. — Ajoutons que dans la mesure où le désir est cause de douleur, on pourra dire équivalemment : L'appétit d'unité, la tendance de notre être à conserver, défendre, développer sa consistance intérieure, est à la base de toutes nos souffrances. Le désir est relatif au bien. Or le bien de tout être consiste en une certaine

unité ; car il consiste dans un achèvement, une perfec-

tion dont l'intégration est requise. Tout être est une re

synthèse d'éléments ramenés à l'unité. Détruire cette unité, c’est détruire l'être ; l’amoindrir, c’est amoindrir et par conséquent faire souffrir l'être ainsi arraché à lui-même. C’est pourquoi les Platoniciens ont placé l'unité, au même titre que le bien, parmi les principes de l’être. Désirer son bien, aimer son bien, et tendre à

A, Jbid., art. 2.

SERTILLANGES. fer 8

je — EH, revenant à la da ne de l'objet, on péut attribuer la souffrance, d’une façon générale, He . non plus directement au mal infligé, mais à ce qui le ; cause. Or nul mal ne peut survenir si ce n'est par une = influence plus forte que n’est celle du sujet, que n'est sa | consistanceintérieure. Ondiradonc encoreavecAugustin que la cause de toute souffrance, c’est un pouvoir supérieur à nous. Supérieur à notre volonté, s’il s’agit d’une souffrance de l’âme ; supérieur à notre sensibilité, s’il s’agit d’une souffrance corporelle.

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