LES ÉTUDES CONTEMPORAINES
Sous ce titre paraît une série d'études critiques et documentaires sur ce temps.
Par son caractère, cette collection ne ressemble à aucune de celles qui, sous des appellations analogues, ont paru jusqu'à ce jour.
Elle se propose d'apporter à la connaissance de V époque contemporaine une contribution méthodique, et de susciter au profit des idées et des individus du présent la même curiosité historique qu'on applique aux choses du passé.
Reconnaître dans la société française d'aujourd'hui un certain nombre de tendances essentielles et de courants, dont on s'efforce de déterminer l'origine, la direction et les effets; retrouver à travers les diverses manifestations littéraires , scientifiques, artistiques, sociales, les traits épars d'une phgsionomie caractéristique, qui est celle de notre temps ; discerner de la foule les indivi-
dus d'élite qui la dominent et lai imposent ses idées, ses goûts, ses modes ; observer les institutions dans leur influence sur les mœurs et l'esprit public ; analyser les mentalités collectives et anonymes qui constituent ce que Von appelle proprement les milieux, tel est son but.
Une synthèse de ce genre nécessite la collaboration d'un grand nombre de spécialistes, travaillant sous une direction et sous une pensée communes. Par la variété des sujets qui y seront traités, par l'esprit d'impartialité critique, soucieux de comprendre plutôt que de juger, qui restera le sien, par la solidité et V abondance de sa documentation, la collection des Etudes Contemporaines est destinée à constituer un répertoire universel de la société, des lettres, des sciences et des arts en France au début du XX* Siècle.
(Note de l'Editeur.)
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Un des traits les plus caractéristiques de ce temps, pour l'historien des idées, est certainement Fattaque dirigée de droite et de gauche, avec des arguments divergents dans leur source mais convergents dans leurs effets, par des adversaires également résolus, contre la démocratie. Anti-démocrates de Y Action française ou de Fancien Mouvement socialiste, ou, pour les appeler par leur nom, théoriciens nationalistes et théoriciens syndicalistes, aujourd'hui alliés presque sur tous les points, font du régime démocratique une critique pressante, incisive, implacable. Quels sont leurs arguments, et ce qu'il en faut penser, c'est ce que j'ai essayé de rechercher dans un précédent ouvrage l.
1. Le Procès de la Démocratie, 1 vol. de la « Bibliothèque du Mouvement social contemporain », 1911. Librairie Armand Colin.
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Mais nationalisme et syndicalisme présentent un intérêt beaucoup plus général que celui d'une critique purement politique, et ce n'est qu'assez tard qu'ils se sont volontairement resserrés dans cet office. Avant de s'en tenir au problème de FEtat et des institutions, les philosophies antidémocratiques se sont d'abord présentées comme des touts complets, se suffisant à eux-mêmes, et apportant leur solution aux plus graves problèmes de notre temps. Nationalisme et syndicalisme forment vraiment des systèmes clos, dont il faut pénétrer l'économie intime si l'on veut bien comprendre toute la portée de l'attaque proprement politique, et qui sont gros de réflexions et de suggestions sur le temps présent.
Etudier ces systèmes en tant que systèmes, pour en sentir l'harmonie et la force secrètes, c'est ce que j'ai voulu faire dans ces pages. Ce court préambule permettra de comprendre leton qu'on y trouvera. On n'étudie pas une doctrine philosophique, d'où peut dépendre la discipline de toute une vie, comme on dissèque un insecte ou comme on résout une équation. Il faut entrer, au moins provisoirement, au cœur du système, par la sympathie, par la chaleur intelligente, par
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l'amour. C'est ce que j'ai conscience d'avoir voulu faire. J'ai essayé de vivre Féconomie intérieure des deux doctrines qui sollicitent le plus en France, au début du xxe siècle, l'attention du philosophe social ; j'ai tâché d'en sentir du dedans la logique et l'attrait.
Y ai-je réussi ? Il ne m'appartient pas de le dire. Il est probable que non, puisque je n'ai pu m'arrêter ni à l'une ni à l'autre de ces doctrines. Cela fera dire, par leurs partisans respectifs, que je ne les ai bien comprises ni Tune ni l'autre : on ne comprend jamais, sans doute, ce qu'on n'épouse pas absolument. Tel quel, mon effort a été sincère et sérieux ; il a visé à cette haute impartialité philosophique, faite d'intelligence et de tendresse, qu'il est probablement impossible d'atteindre tout à fait, mais si noble de poursuivre.
C'est donc une série de méditations sur le nationalisme, le syndicalisme, et les problèmes philosophiques ou moraux qu'ils soulèvent, qu'on trouvera dans ces petits livres. Très exactement ce sont des essais de philosophie politique, plutôt qu'une étude érudite et documentaire, qui a cependant été faite avec soin. On verra ici les éta-
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pes d'une pensée qui se cherche, aspire à une discipline, étudie avec sympathie celles que lui propose le temps présent, et ne s'en détache qu'à regret pour chercher une doctrine plus haute et plus synthétique, qui satisfasse mieux le cœur et l'esprit. Cette discipline totale et définitive, il n'est pas sûr qu'on l'ait trouvée, qu'on puisse même la trouver jamais. A chaque époque, à chaque race, à chaque monade suffit sa vérité. Mais c'est Péternelle noblesse de l'esprit humain de la chercher toujours.