‹ La philosophie naturelle [microform]Chapitre 154 sur 188 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

que » (de xr.yjatç = mouvement). J'oppose il la théorie énergétique et acinétique de la matière une théorie également énergétique, mais cinétique de la vie.

Accidents provocateurs de la vie. — On demande : « Uu'est-ce qui provoque la vie » ? Je réponds naturellement u La décomposition de la matière ».

Mais qu'est-ce alors qui décompose la matière ? Je réponds non moins naturellement : « Les ruptures d'équilibre entre lesélémenls qui la composent.cestà-dire tout excès relatif de A ou de E par rapport l'un à l'autre et par rapport à G.

Voici par exemple de l'air et du l)ois,matières tous deux et par conséquent équilibrés chacun pour leur propre compte dans leurs éléments C A E. Il faut, pour donner la vie à ce mélange, ou, autrement dit, pour en faire passer les éléments d'une combinaison dans une autre, rompre leur équilibre individuel. On obtient cela en allumant le mélange. L'allumette approchée du bois et de l'air mêlés détruit l'équilibre de leur constitution en les surchargeant d'E sous la forme de chaleur. 11 en résulte la dislocation de leurs éléments, manifeste,d'une part h la diffusion de chaleur que l'on sait être produite par toute combustion et, d'autre part à un groupement nouveau des éléments restants, sous la forme de gaz acide carbonique. La chaleur et le gaz carbonique sont au même

titre des produits de la combustion.

Mais voici un autre exemple :

Au lieu d'échauiïer, on a refroidi. Fuis au refroi-

TROISIÈMK PARTIi:

dissement l'on a ajouté la compression qui agit dans le même sens. L'eau, si c'est de l'eau qui est en cause, s'est d'abord soliditiée, puisa la tin elle s'est de nouveau ramollie. La preuve en est fournie par le ramollissement dans la profondeur des hautes glaces, et le mouvement des glaciers qui en résulte. Le charbon, si c'est de charbon qu'il s'agit, et qu'on l'ait à l'exemple de Moissan (1 ) comprimé extrêmement, s'est ramolli lui aussi et la preuve peut en être la forme cristalline qu'on lui trouve alors, ici s'arrête l'expérience. Mais que l'on suppose l'inéquilibre poussé plus avant par un refroidissement plus considérable encore, alors la combinaison déjà passée de l'état solide à l'état liquide, entraînée plus loin dans la voie de la désagrégation, peut être supposée vaporisaljle et soluble enlin en sesélémenls primitifs

de forces.

Ainsi des mondes progressivement refroidis. Un moment vient où les sources de l'énergie émissive ayant été épuisées et avec elles la vie d'émission que nous connaissons, l'inéquilibre doit se produire en sens inverse. La mort des astres est une autre manière de vie, pouvant donner naissance à des êtres, dans lesquels le froid joue le rôle que nous connaissons de la chaleur et le chaud celui du froid . Aux globes éteints circulant dans l'espace comme autant de mornes séquestres, cette théorie oppose leur vie de

1. Sur la préparution du carbone sous une forte pi^ession, C. R., 6 février 1893.

LIVfiK I

désagrégation à fin de conjonctions nouvelles. Les mondes, en mourant, servent de pâture à d'autres mondes.

Nulle manifestation de vie n'existe qui ne soit un échange en partie double : double décomposition du bois et de l'oxygène dissociés en leurs éléments respectifs, et double produitde leupcombustion,chaleur et gaz carbonique : double décomposition des astres et de l'immensité qui les refroidit, double production dans les rencontres nouvelles de leurs éléments dissociés.

Principe orif/inel de la vie. — Mais qu'est-ce donc qui cause primitivement et entretient ces sortes d'échanges, sinon l'inéquilibre fondamental des

forces ou le rapport qui rend G A E incapables de se jamais neutraliser absolument ?

Or nous connaissons, sous les forces élémentaires elles-mêmes, les éléments de tension, de temps et d'espace dont elles sont faites. Ceux-là nous les savons inéquilibrables. De sorte qu'en définitive, et je crois que cette fois nous serrons le problème dans son dernier retranchement, la vie a pour cause originelle : une inégalité première dans le rapport de ses éléments, principe à représenter tôt ou tard par une expression mathématique.

La vie trouve son explication ultime dans l'irrémédiable inéquilibre de ses moments, l'intensité, l'instant et le lieu.

Si*

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