‹ La philosophie naturelle [microform]Chapitre 91 sur 188 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

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moral ou intellectuel, exprime cette impression par un procédé quelconque, poème, musique, tableau, édifice, de manière à la faire passer dans l'âme du spectateur et de l'auditeur, l'œuvre est belle dans la mesure même de l'intelligence qu'elle suppose, de la profondeur de l'impression qu'elle exprime et de la puissance de contagion qui lui est communiquée » (Eug. Véron).

(( Domaine précieux de la peinture, puissance qui ne parle qu'aux yeux, et qui gagne et s'empare de toutes les facultés de l'àme ... C'est de vivre dans l'esprit des autres qui nous enivre,.. Je me suis dit cent fois que la peinture, c'est-à-dire la peinture matérielle, n'était que le prétexte, que le pont entre l'esprit du peintre et celui du spectateur » (Delacroix).

La statue antique, que voici fraîcbement déterrée après deux mille ans de sommeil, me transmet l'émotion (lue l'artiste lui a imprimée. Malgré le prodiiïieux intervalle, l'artiste parle en elle et c'est son émotion qui me ravit encore comme elle a enchanté

ses contemporains.

La cathédrale aux mille colonnes, aux cent voûtes, aux flèches élancées, redit aux générations successives les émotions de l'époque qui l'a vue naître, les aspirations d'un temps de basse misère vers un idéal de grandeur sublime. Ses détails font revivre, autant que durera la pierre, les croyances dont ils ligurent les images : ils disent la foi en un renouveau après

la mort. Le tout est un livre parlant confié à la garde des siècles.

Le tableau parle à son tour, disant aux spectateurs émerveillés les charmes et les horreurs qui ont frappé l'esprit du peintre. Le livre, le drame, la composition de musique font de même, comme aussi l'exécution musicale et le discours. C'est donc bien la définition générale de l'œuvre d'art d'être émouvante ou a parlante ».

On doit y considérer deux choses : 1° le sentiment • 20 le rendu.

Sentiment de l'œuvre d'art i

Le sentiment est à la fois le mobile et la fin de l'œuvre d'art. C'est lui qui inspire l'artiste, et c'est encore lui qu'elle éveille dans l'esprit des autres.

K Quand lluysdaël nous montre un buisson battu par le vent, est-ce l'individualité de ce buisson qui nous intéresse? Avons-nous besoin pour être émus d'être bien sûrs que le buisson qu'il a peint ressemble exactement au buisson réel qui lui a servi de modèle ? Que nous importe ? Il nous suffit que ce soit un buisson, et ce qui nous touche, c'est le caractère empreint dans cet ouvrage et qui nous communique l'impression même de l'auteur » (Eug. Véron).

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