‹ La philosophie naturelle [microform]Chapitre 96 sur 188 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

OU d'imiter, ne devenait plus qu'une qualité de second ordre dans un ouvrage de ce genre, pour peu que la sincérité soit parfaite, qu'il s'y môle un peu d'imagination, que le temps ait choisi les souvenirs ; en un mot qu'un grain d'art s'y soit glissé (Eug. Fromentin).

« Qu'est-ce qui nous frappe dans la chapelle Sixtine où Michel Ange nous représente la séparation de la lumière et des ténèbres? Evidemment l'imitation n'a rien à voir ici. Personne, pas plus Michel Ange que les autres, n'a assisté à la création de la lumière. L'imaginaiion de l'artiste avait donc le champ absolument libre. La valeur de son œuvre était complètement subordonnée à la puissance avec laquelle il rendait l'idée qu'il se faisait d'un

spectacle dont il ne pouvait trouver les éléments qu'en lui-même. La Hible même ne pouvait au point de vue de l'imitation, lui être d'aucun secours, .lahveh dit : « Que la lumière soit, et la lumière fut. » Gomment représenter en peinture l'énergie de la parole créatrice ? il n'y fallait pas songer. Les ressources du peintre sont tout autres que celles du poète. L'un s'adresse à l'esprit par les oreilles, l'autre par les yeux. C'est ce qu'il a compris. Aussi a-t il remplacé la parole par le geste, et il n'a pas moins bien réussi que l'auteur de la (ienèse à rendre l'impression de grandeur et de puissance souveraine qu'avait produites sur son imagination l'acte qu'il voulait représenter » (Eug. Véron).

Un peintre qui cherche à rendre la pleine lumière du jour n'en a certainement pas la prétention. «Il est avéré que la lumière la plus vive des tableaux lumineux est au jour comme une bougie est au soleil ». La possibilité reste donc seule de rendre une relation de sensations.

Ecoutez la musique soi-disant imitative : la

« Symphonie pastorale », ou le « Murmure delà Forêt ». Les reproductions réelles y sont en quantités infinitésimales ; il y en a juste assez pour indiquer le sujet ; le reste, et c'est presque tout, est le rendu de l'impression du compositeur.

La reproduction n'est qu'un procédé accessoire, souvent indispensable à l'intelligence du sujet, mais elle diflère absolument du rendu. Les artistes, non des moindres, qui se déclarent convaincus en face du modèle, de ne faire que l'imiter, s'illusionnent eux-mêmes. C'est, on l'a déjà dit, un simple malentendu.

Chargé d'exprimer congratulation ou condoléances, le délégué rend les sentiments de ses commettants.Ainsi fait l'artiste, délégué non pour reproduire la réalité mais pour r^wc^r^ à la nature ambiante personnifiée dans ses semblables les émotions que cette réalité a fait naître en lui.

Le rendu se distingue très nettement, d'autre part, de l'exécution, avec laquelle il ne doit pas être confondu. Un discours peut être prononcé d'une façon déplorable et pourtant entraîner par le rendu de ses sentiments. Une exécution sculpturale peut être pau-

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