‹ La philosophie positive d'Auguste Comte [microform]Chapitre 49 sur 68 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Relations (le la sociologie avec les autres branches de la philosophie positive.

Les conditions de la philosophie positive à l'égard de la science sociale ne seraient pas suffisamment remplies, si ses relations avec les autres sciences n'étaient pas déterminées. Son établissement au rang qui lui convient dans la hiérarchie scientifique est un principe d'une telle importance qu'il renferme à mes yeux toutes les prescriptions relatives au mode d'institution de cette science. On peut assurer que c'est faute d'avoir accompli cette condition, que tous les efforts tentés de nos jours pour traiter les questions sociales d'une manière positive ontavorté. Soit qu'on envisage le système des diverses données fournies à la sociolo{;ie par les autres sciences, soit qu'on considère la prescription, encore plus importante, des saines habitudes spéculatives formées par leur étude préliminaire; le spectacle journalier des vaines tentatives pour construire une science sociale ne permet pas de douter que cette grande omission ait été la cause de leur insuccès et de la direction vicieuse que finissent par suivre tôt ou tard les esprits qui semblaient d'abord les plus capables de mieux faire. Il importe donc d'examiner les relations de cette dernière science avec toutes celles qui la précèdent. Mais notre examen de chacune d'elles, et surtout celui de la biologie, a déjà donné lieu à des considérations analogues qui nous permettront d'abréger beaucoup celte opération .

C'est une conception nouvelle que celle qui relie aux autres la science sociale. Cependant, en aucun cas, la relation n'est plus irrécusable ni plus prononcée. Les phénomènes sociaux présentent au plus haut degré la complication, la spécialité et la personnalité qui distinguent les phénomènes les plus élevés de la vie individuelle. Pour concevoir comment s'établit une telle liaison, il faut nous rappeler qu'en sociologie, de même qu'en biologie, il y a deux classes de considérations, celle de l'homme ou de l'humanité qui accomplit le phénomène, et celle du milieu ou des circonstances extérieu-

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res qui dominent celle évolution partielle et secondaire de Tune des races animales. Or, par le premier terme de ce couple, la sociologie est subordonnée à Tensemble de la philosophie organique, qui nous dévoile les lois de la nature humaine, et par le second, elle est liée au système entier de la philosophie inorganique, qui nous révèle les conditions extérieures de Texislence humaine. En un mot, Tune des deux grandes divisions de la philosophie détermine l'agent du phénomène sociologique, et l'autre le milieu où il se développe. Ou voit cfairement que nous sommes conduits à traiter ici comme n'en formant qu'une seule, les trois sections de la philosophie inorganique, la chimie, la physique et Taslronomie, puisqu'elles sont toutes également relatives à l'étude du milieu social. Il suffira de signaler la participation de c hacune à mesure que l'occasion s'en présentera. Quant à la méthode proprement dite, il est comme nous l'avons reconnu, de plus en plus nécessaire de subordonner chaque élude au système graduel des études antérieures, à mesure que leur complication augmente. Tels sont les deux points que nous devons considérer dans notre nouvel examen de Téchelle encyclopédique, commençant, comme auparavant, par les relations les plus intimes et les plus directes. Nous aurons ensuite à montrer la réaction scientifique et logique que la sociologie, quand elle sera instituée, devra exercer à son tour sur l'ensemble des sciences antérieures, réaction qui est jusqu'ici encore moins soupçonnée que l'action principale elle-même.

La subordination de la science sociale à la biologie est si évidente que personne n'oserait la nier en principe, quoiqu'elle soit négligée dans l'application. Cette contradiction entre la maxime et l'usage ne tient pas seulement à la conception vicieuse des études sociales, elle résulte aussi de l'imperlection de la science biologique, et surtout de l'imperfection la plus sensible, celle de sa partie transcendante, relative aux phénomènes intellectuels et moraux. C'est par cette parlie que la biologie et la sociologie sont le plus étroitement liées, et la physiologie cérébrale est trop récente et son état scienlitique naissant trop vaguement ébauché pour avoir comporté jusqu'à présent une organisation convenable des relations entre les deux sciences. Quand le moment en

sera venu, on y distinguera deux aspects : dans le premier, la biologie devra fournir le point de départ de toute spéculation sociale, d'après l'analyse des facultés sociales de l'homme et des conditions organiques qui déterminent son caractère. En oulre, comme il nous est presque impossible d'explorer les termes les plus élémentaires de la série sociale, nous sommes obligés de les construire en appliquant la théorie positive de la nature humaine à l'ensemble des circonstances correspondantes, en conservant les faibles renseignements, que nous sommes susceptibles d'obtenir, plutôt comme destinés à faciliter et à perfectionner cette détermination rationnelle qu'à nous faire connaître ce qu'était réellement la société à une époque aussi reculée. Quand l'état social s'est assez développé pour interdire une pareille déduction, alors se présente le second aspect, et la théorie biologique de l'homme participe avec la théorie sociologique d'une manière moins directe et moins spéciale. L'ensemble de l'évolution sociale de l'humanité doit être en parfaite harmonie avec les lois biologiques; et les phénomènes sociaux doivent toujours être fondés sur l'invariabilité nécessaire de l'organisme humain, dont les caractères physiques, intellectuels et moraux, doivent se retrouver essentiellement les mêmes et toujours identiquement coordonnés entre eux à chaque degré de l'échelle sociale, le développement qui résulte de l'état social n'altérant jamais leur nature et ne pouvant créer ni détruire des facultés quelconques ou même intervertir leur influence. Aucun aperçu sociologique direct ne saurait êlre admis, quelle que soit l'époque de l'évolution humaine que l'on considère et quelque puissantes que semblent les inductions historiques sur lesquelles il repose, s'il est contradictoire aux lois connues de la nature humaine; si, par exemple, il suppose chez la plupart des individus un caractère très prononcé de bonté ou de méclianceté, ou s'il représente les aff'ections sympathiques comme prépondérantes, par rapport aux affections personnelles, ou les facultés intellectuelles comme l'emportant sur les facultés affectives, etc. Dans tous les cas semblables, qui sont plus communs que ne doit le faire présumer l'imperfection delà théorie biologique, les propositions sociologiques devront être aussi bien soumises à une rectifica-

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lion ultérieure que si elles supposaient à la vie humaine une durée exorbitante, ou si elles contredisaient de quelque autre manière les lois physiques de l'humanité, parce que les conditions intellectuelles et morales de l'existence humaine sont aussi réelles et aussi impérieuses que les conditions matérielles, quoique plus difficiles à apprécier et conséquemment moins connues. Ainsi, du point de vue biologique, toutes les doctrines politiques actuelles sont radicalement vicieuses, par ce motif que, dans leur irrationnelle appréciation des phénomènes politiques, elles supposent, les unes chez les gouvernants, les autres chez les gouvernés, un degré habituel de perversité ou d'imbécillité, un esprit de concert ou de calcul incompatibles avec les notions positives de la nature humaine, et qu'elles attribueraient à des classes entières des monstruosités philosophiques, ce qui est absurde. Un exemple aussi décisif donne une juste idée des précieuses ressources que la sociologie positive devra retirer de sa subordination à la biologie, surtout à l'égard de la philosophie cérébrale, quand elle sera convenablement cullivée.

Les biologistes ont, à exalter leur science au tlétriment de celle que la suit, la même tendance que nous avons reconnue chez les physiciens et chez les chimistes à l'égard de la biologie. Ils ne tiennent aucun compte de l'observation historique et représentent la sociologie comme un simple corollaire de la science de l'homme, à l'imitation des physiciens et des chimistes, qui traitent la biologie comme une simple dérivation de la philosophie inorganique. Dans les deux cas, une telle disposition est très nuisible à la science : s» l'on néglige la comparaison historique, on ne comprendra rien de l'évolulution sociale ; et le phénomène principal de la sociologie, celui qui lui donne surtout son orginalité scientifique, c'està-dire l'influence graduelle et continue des générations humaines les unes sur les autres, se trouverait dissimulée ou méconnue à défaut de l'analyse historique. A partir du temps où l'influence des premières générations devient la cause d'une modification quelconque du mouvement social, le mode d'investigation doit s'accorder avec la nature des phénomènes, et l'analyse historique devient prépondérante, tandis que les considérations biologiques, qui expliquaient les premiers

mouvements sociaux, ne sont plus qu'un précieux auxiliaire et un moyen de contrôle. Il en est de même quand, dans l'étude de la science inorganique, on substitue à la déduction l'observation directe. C'est encore ainsi quand, en biologie, on passe de l'observation de l'organisme et du milieu à l'analyse des âges comme principal moyen d'exploration. La seule difl*érence consiste en ce que ce changement de procodé est d'autant plus nécessaire que les phénomènes à étudier sont plus compliqués. Cela aurait été reconnu, et Ton aurait en môme temps admis que les progrès de la philosophie politique dépendaient de cette condition, sans la prépondérance vicieuse de l'esprit absolu dans les spéculations sociales,, qui, faisant abstraction de tout état social déterminé, tend à subordonner toutes les considérations à la conception absolue d'un type politique immuable, non moins opposé à l'esprit relatif de la philosophie positive que les types théologiques et métaphysiques, quoique moins défini. Il résulte de cette erreur que les modifications sociales propres à certaines périodes et passant avec elles, sont trop souvent conçues comme inhérentes à la nature humaine et par conséquent indestructibles. Call lui-même, n'employant que d'imparfaites considérations philosophiques et négligeant les considérations sociales, se laissa entraîner à une sorte de déclamation au sujet de la guerre, en déclarant immuables les tendances militaires de l'humanité, malgré l'ensemble des témoignages historiques qui indiquent le décroissement de l'esprit guerrier à mesure que s'accomplit le progrès humain. On pourrait donner de cette sorte d'erreur une foule d'exemples, dont les plus frappants se rencontrent dans la plupart des théories relatives à l'éducation, presque toujours formées d'après des principes absolus, abstraction faite de l'état corrélatif de ia civilisation. La vraie nature de la sociologie ressort suffisamment de ce que j'ai dit. On voit qu'au lieu d'être un simple appendice de la biologie, elle constitue une science distincte fondée sur des bases qui lui sont propres, mais rattachée, soit dans son point de départ, soit dans sa marche, à la biologie. Quant à la méthode, l'analogie logique des deux sciences est assez évidente, pour qu'il ne soit pas permis de douter que les sociologistcs doivent préparer d'abord leur intelligence par une

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élude convenablement approfondie des méthodes biologiques. Non seulement cette préparation est nécessaire pour les mettre en possession de Tesprit général d'investigation propre à la science organique, mais elle est encore plus indispensable pour les familiariser avec la méthode comparative, principale ressource de Texploration dans les deux sciences. Il y a un principe philosophiqiie très précieux et commun aux deux sciences, qui a besoin d'être pleinement développé avant de pouvoir atteindre sa prépondérance finale. Je veux parler de la transfoimalior» positive du dogme des causes finales, déjà apprécié par rapport aux conditions de l'existence vitale. Ce principe, résultat nécessaire de la distinction entre l'état statique et Télat dynamique, appartient surtout à l'étude des corps vivants, où cette distinction est beaucoup plus prononcée qu'ailleurs ; aussi est-ce là seulement que la notion générale peut en être convenablement acquise. Mais, quelle que soit sa haute utilité directe dans l'étude de la vie individuelle, la science sociale doit en faire une application plus étendue et plus essentielle. C'est en vertu de ce principe que la nouvelle philosophie, réunissant les deux acceptions philosophiques du molnécessiiire, représente commeinévitable ce qui se manifeste d'abord comme indispensable, et réciproquement. 11 faut bien que cette vue soit en parfaite harmonie avec les études sociales, puisque nous y sommes amenés par les voies philosophiques les plus opposées, ainsi que l'indique ce bel aphorisme politique de J. de Maislre : « Tout ce qui est nécessaire

existe. >>

Si la sociologie est ainsi subordonnée à la biologie, elle se trouve aussi par cela seul rattachée indirectement au système entier de la philosophie inorganique, auquel nous savons que la biologie est directement liée. Mais elle s'y rattache aussi, directement, par d'importantes relations.

En premier lieu, ce n'est que par la philosophie inorganique que nous pouvons convenablement analyser le système entier des conditions extérieures, chimiques, physiques, astronomiques, au milieu desquelles s'opère l'évolution sociale, et par lesquelles est déterminée la vitesse de son progrès. Les phénomènes sociaux ne peuvent, pas plus que ceux de la vie individuelle, être compris sans avoir apprécié le milieu où ils

se développent. Toutes les perturbations extérieures qui affecteraient l'existence individuelle ne sauraient manquer d'altérer son existence sociale; et, réciproquement, son existence sociale ne pourrait être gravement troublée par des modifications du milieu qui ne dérangeraient aucunement la première. Je n'ai donc qu'à me référer à ce que j'ai dit relativement à l'influence des conditions astronomiques et autres, sur l'existence vitale, car les mêmes considérations s'appliquent également aux phénomènes sociaux. 11 est clair que la société, aussi bien que les êtres individuels, est affectée par les circonstances de la rotation journalière de notre planète ou de sa circulation annuelle ; par l'état de chaleur, d'humidité et d'électricité du milieu ambiant, et par les conditions chimiques de l'atmosphère, des eaux, des terrains, etc. Il suffit d'observer que l'effet de ces inHuences est même plus prononcé en sociologie qu'en biologie, non seulement à cause que l'organisme est plus compliqué, et que ses phénomènes sont d'un ordre plus élevé, mais parce que l'organisme social est regardé comme susceptible d'une durée indéfinie, en sorte qu'il rend sensibles beaucoup de modifications graduelles que la brièveté de la vie individuelle ne permettrait pas de manifester. Les conditions astronomiques, surtout, éprouvent, avec une évidence plus prononcée, cet accroissement d'influence quand on passe du cas individuel au cas social. Beaucoup de faibles perturbations qui n'affectent pas l'existence individuelle, altèrent l'existence sociale, qui exige un concours bien plus parfait de circonstances favorables. Par exemple, les dimensions du globe ont plus d'importance scientifique en sociologie qu'en biologie, puisqu'elles assignent des bornes à l'extension ultérieure de la population humaine, ce qui doit être pris en sérieuse considération dans le système positif des spéculations politiques. Il en est ainsi en beaucoup d'autres cas. Parmi les conditions dynamiques, si on examine entre autres quel serait l'effet d'un changement quelconque dans le degré d'obliquité de l'écliptique, la stabilité des pôles de rotation, et surtout l'excentricité de l'orbite de la terre, on verra que de profonds changements dans la vie sociale peuvent être produits par des causes qui ne compromettraient pas la vie individuelle. Une des premières réflexions qui se présentent est que la sociologie positive n'é-

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lait pas possible tant que la philosophie inorganique n'avait pas atteint un certain degré de précision. La conception même de la stabilité dans Tassocialion humaine no pouvait être établie positivement tant que la découverte de la gravitation ne nous avait pas donné la certitude de la permanence des conditions de la vie, et tant que la jdiysi(iue et la chimie ne nous avaient pas appris que la surface de notre planète a atteint un état normal, sauf des accidents trop rares, trop partiels pour y avoir égard; ou que, du moins, Técorce du globe ne comporte plus que des variations tellement limitées et tellement graduelles, qu'elles ne sauraient influ(Micer le cours naturel du développement social, développement inconciliable avec rirruplion brusque et fréquente de bouleversements physico-chimiques trèsélendussurle théâtre de la vie humaine. Il n'y a donc pas plus lieu de craindre que la philosophie inorganique ne soit pas assez avancée pour satisfaire aux conditions d'une politique positive, qu'il n'y a de motif de croire qu'une vraie philosophie politique puisse s'isoler de la science inorganique. Nous avons déjà constaté une harmonie constante entre le possible et l'indispensable. Ce qui nous est nécessaire nous est accessible ; et s'il y a, comme dans le cas de l'action mutuelle de différents systèmes stellaires, des notions cosmiques qui nous sont inaccessibles, nous savons qu'à l'égard de la sociologie, de même que relativement à la biologie, elles n'ont aucune importance pratique. Malgré son imperfection actuelle, la philosophie inorganique est suffisamment avancée sous tous les aspects principaux pour contribuer à la constitution (le la science sociale, pourvu qu'on ait la prudence de remettre à une autre époque des recherches qui seraient encore prématurées».

J'ai fait remarquer, dans un précédent chapitre, qu'une cause perturbatrice quelconque, agissant sur le développement social, ne pouvait alTecler que la vitesse de son évolution. Cela s'applique aussi bien à l'acli^m des influences du monde inorganique qu'à toute autre. Nous avons vu, en biologie, que les circonstances extérieures ne peuvent modifier indéfiniment l'être humain ; (jue ses modifications n'afTecleiit que les degrés des phénomènes, sans changer aucunement leur nature ; et, enfin, que si les influences perturbatrices dépas-

sent leurs limites générales, l'organisme n'est plus modifié, mais détruit. Tout cela est encore plus vrai, si c'est possible, de l'organisme social que de l'organisme individuel, à cause de sa position et de sa complication supérieures. La marche de son développement doit donc être regardée comme tenant à l'essence même du phénomène, et, par suite, comme essentiellement identique en toutes les hypothèses possibles sur le milieu correspondant. Sans doute on peut aisément imajjiner suivant les indications précédentes, qu'une évolution aussi délicate soit empêchée par des perturbations extérieures, surtout astronomi{|ues, qui ne détruiraient pas notre espèce; mais tant que cette évolution a lieu, il faut toujours la concevoir comme étant assujettie aux mêmes lois essentielles, et ne variant que dans la vitesse à parcourir les divers do{',rés dont elle se compose, et dont la succession ni la tendance finale ne sont jamais altérées. Une lellealtéralion excéderait la puissance même des causes biologiques. Si, par exemple, on admettait quelques modifications tranchées dans l'organisme humain, ou ce qui revient au même, si on concevait le développement social d'une autre race animale, il faudrait toujours supposer une marche commune du développement général. Telle est la condition philosophique imposée par la nature du sujet, qui ne saurait devenir positif à moins d'être ainsi conçu, et cela est beaucoup plus vrai relativement aux causes inorganiques. Du reste, cette disposition intellectuelle indispensable n'est que la conséquence et le complément de l'esprit général que la philosophie positive nous a manifesté, sous cerapport, au cours de la vérification de ma hiérarchie scientifique. Nous avons recoiinu alors que si les phénomènes moins généraux s'accomplissent sous l'inévitable prépondérance des plus généraux, cette subordination ne peut altérer, en aucune manière, leurs lois propres, mais seulement l'étendue et la durée de leurs manifestations réelles.

Je dois signaler enfin une considération très importante, })arce (ju'elle s'applique surtout aux coimaissances physicochimiques, qui, dans les indications précédentes, ont pu paraître négligées, comparativement aux doctrines astronomiques. Il s'agit (le l'action de l'iiomme sur le monde extérieui", dont le développement graduel constitue l'un des principaux aspects

de révolution sociule, et sans laquelle l'ensemble de cette évolution n'eût pasélé possible, puisqu'elle aurait été arrêtée à sa naissance par la prépondérance des obstacles matériels propres à la condition humaine. En un mot, la progression de l'humanité, soit politique, soit morale, soit intellectuelle, est inséparable de sa progression matérielle, en vertu de l'intime solidarité qui, ainsi que nous l'avons reconnu, caractérise le cours naturel des phénomènes sociaux. Or, il est évident que l'action de Thomme sur la nature dépend principalement de la connaissance des lois des phénomènes inorganiques, quoique celle des phénomènes biologiques n'y puisse être étrangère. II faut aussi reconnaître que la physique, et surtout la chimie, constituent la base du pouvoir humain, puisque l'astronomie, malgré sa participation capitale, ne peut y concourir que par une indispensable prévoyance, et non pas en modifiant le milieu. Voilà donc un nouveau motif qui montre l'impossibilité d'une élude rationnelle du développement social, sans la combinaison des spéculations sociologiques avec l'ensemble des doctrines de la philosophie inorganique.

Il est inutile de répéter ici ce qui a été établi comme vrai relativement aux autres sciences, et qui est d'autant plus remarquablement vrai, que chaque sciencerst pluscompliquée, àsavoir qu'une connaissance générale de toutes les sciences antérieures delà hiérarchie est requise pour l'intelligence de celle qui suit. En sociologie, l'absence d'une telle préparation est la cause évidente de l'avortementile toutes les tentatives effectuées pour î égénérer la science. On veut la constituer en science positive, sans que les conditions d'une vraie positivité y soient rem[>lies. On ne se forme même pas une juste idée des attributs de la positivité ; de ce qui constitue l'explication d'un phénomène ; des conditions d'une exploration rationnelle, et du véritable esprit qui doit présider à l'institution et à l'usage des hypothèses. Il faut bien comprendre toutes ces conditions, et les employer dans l'ordre naturel du développement des sciences, sans se risquer à faire un choix ou des transpositions, mais en suivant la complication croissante des sciences, et en reconnaissant l'accroissement des ressources qui l'accompagne, depuis l'astronomie, avec la simplicité de ses phénomènes et de ses moyens d'investigation, jusqu'à la sociologie, avec son

immense complication et l'abondance de ses ressources. Une telle discipline est sans doute difficile, mais elle est indispensable. Ce n'est que par une éducation préparatoire qu'on peut introduire l'esprit positif dans la formation des théories sociales.

Il est évident que cette éducation doit reposer sur uneappréciation convenable de la philosophie mathématique, même abstraction faite de la nécessité des mathématiques pour l'étude de la philosophie inorganique. Dans les mathématiques seulement les sociologistes pourront d'abord développer le vrai sentiment de l'évidence scientifique, et contracter l'habitude d'une argumentation rationnelle et décisive ; en un mot, apprendre à satisfaire aux conditions logiques de toute spéculation positive, en étudiant à sa source la positivité universelle. Quant aune application quelconque des nombres et des lois mathématiques aux problèmes sociaux, si une telle méthode est interdite en biologie, à plus forte raison doit-elle être radicalement exclue desspéculationssocioîogiques,d'après les motifs que j'ai déjà suffisamment signalés. La seule erreur de ce genre qui eût mérité une discussion sérieuse, si l'ensemble de ce traité ne nous en avait d'avance radicalement dispensé, c*est la vaine prétention de quelques géomètres à rendre positives les études sociales, en les soumettant à l'illusoire théorie mathématique des chances. Cetteerreurest analogue àcelledes biologistes, qui veulenlconstituerla sociologieen simple corollaire ou appendice de leur science, par la suppression de l'analyse historique. Mais l'erreur des géomètres est de beaucoup la plus nuisible des deux, d'abord en elle-même, ensuite parce que les mathématiciens sont particulièrement tenaces dans leurs aberrations philosophiques, la haute abstraction de leurs travaux les affranchissant de toute subordination rigoureuse à l'étude de la nature. Quelque grossière que soit une telle illusion, son origine est excusable. Rappelons-nous que c'est Jacques Bernouilli qui conçut le premier la nécessité d'assujettir les théories socialesàunesorte de positivité, besoin prématuré,qui ne pouvait être senti à cette époque que par une intelligence supérieure. L'expédient fut vicieux, mais il était impossible de distinguer alors [le moyen à employer. L'erreur était beaucoup moins excusable lorsque Condorcetla

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reproduisit d'une manitre plus directe et plus systématique, et son espoir c'iimérique, tel qu'il est exprimé dans son célèbre ouvrai,^e posthume, montre Tétat flottant de son esprit quant à la conception fondamentale de la science sociale. Mais il est impossible d'excuser Laplace d'avoir reproduit une telle aberration philosophique, alors que la raison humaine commençait déjà à entrevoir le véritable esprit de la philosophie politique, si bien préparé par les travaux de Montesquieu et de Condorcet lui-même, et qui d'ailleurs avait étépuissammcnl stimulé par lébranlement radical de la société. Depuis ce temps, des imitateurs subalternes ont renouvelé, dans un lourd verbiage algébrique, et par un abus du crédit si justement attaché au véritable esprit mathématique, Texpression de ces vaines prétentions, sans rien ajouter de nouveau ;en sorte qu'au lieu d'indi(|uer, comme il y a un siècle, l'instinct prématuré de la rénovation des études sociales, cette erreur n'est que le témoignage involontaire de l'impuissance absolue de la philosophie polilique qui voudrait y avoir recours. Il n'est pas de conception plus irrationnelle que celle qui donne pour base ou pour principal moyen d'élaboration, une prétendue théorie mathématique où, prenant des signes pour des idées, on assujettit la probabilité numérique au calcul, ce qui revient au même que de donner notre propre ignorance pour la mesure naturelle du degré de probabilité de nos diverses opinions. Tandis que les vraies théories mathématiques ont fait, depuis un siècle, de si grands progrès, cette absurde doctrine n'a eu d'autre efl*et que de susciter des occasions de calcul abstrait. Elle est encore placée dans le même cercle d'erreurs primitives, quoique la fécondité des conceptions constitue, à l égard d'une science quelconque, le symptôme lemoins équivoque de la réalité des spéculations.

Je regrette de revenir si souvent au grand précepte de philosophie positive, et d'être encore obligé d'insister autant aujourd'hui sur cette prescription : de ne passer à l'étude des phénomènes plus compliqués qu'après avoir étudié les plus simples, et de se familiariser d'abord avec l'agent d'un phénomène quelconque, et avec le milieu où ce phénomène s'accomplit, avant de chercher à l'analyser. Mais la marche des études politiques a été si différente dans l'école métaphysi-

que, que j'ai plutôt lieu de craindre que cette haute connexité scientifique ne soit, au fond, la partie la moins goûtée, sinon la plus contestée de ma doctrine philosophique, même après que la suite de ce volume en aura confirmé la réalité et Tiraportance. Le motif de cette appréhension est que la méthode positive se trouve en opposition directe avec nos mœurs politiques, qui font appel à toutes les intelligences, qu'elles quelles soient, pour traiter les questions sociales, sansaueunepréparation régulière, comme si ces problèmes étaient des sujets de simple inspiration.C'estcette considération qui méfait attacher une importance toute spéciale à l'explication des diverses relations de la sociologie avec les autres sciences.

Pour compléter l'exposé de ces relations encyclopédiques, nous devons les considérer dans l'ordre inverse, et apprécier la réaction philosophique de la physique sociale sur les sciences antérieures, relativement à la doctrine et à la méthode.

Quant à la docirine, le principe essentiel d'une telle réaction résulte de cette considération que toutes les spéculations scientifiques quelconques, en tant que travaux humains, doivent être nécessairement subordonnées à la vraie théorie générale de l'évolution humaine. Si, par une hypothèse évidemment chimérique, on pouvait concevoir celte théorie comme assez parfaite pour qu'aucun obstacle intellectuel ne bornât la plénitude de ses déductions les plus précises, il est clair que la hiérarchie scientifique serait dès lors intervertie, et présenterait a priori\es différentes sciences comme de simples parties de cette science unique. Il nous est impossible de réaliser une semblable situation philosophique, mais cette supposition n'en est pas moins très propre à faire comprendre la légitime intervention générale de la vraie science sociale dans tous les ordres possibles de spéculation. Au premier aspect, cette haute intervention semble appartenir à la théorie biologique de la nature humaine, et c'est ainsi que quelques philosophes ont commencé à en entrevoir le germe. Il n'est pas douteux, en effet, que la connaissance de l'homme individuel doive exercer une influence secrète, mais inévitable, sur toutes les sciences, puisque nos travaux portent l'empreinte inefl"açable des facultés qui les produisent; mais, après un examen approfondi, on demeurera convaincu que cette influence

LA PHILOSOPflIE POSITIVE.

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universelle doit appartenir h la théorie de l'évolution sociale, beaucoup plus qu'à celle de Thomme individuel, par la raison que le développement de l'esprit humain n'est possible que par Félat social, dont la considération doit prévaloir toutes les fois qu'il s'agit des résultats quelconques de ce développement. Tel est donc, en aperçu, le premier litre philosophique de la physique sociale à l'intervention intellectuelle dans la culture de toutes les parties de la philosophie naturelle. Nous traiterons ce sujet plus amplement dans la suite.

Il est évident que la sociologie doit perfectionner l'étude des rapports essentiels qui unissent les différentes sciences, puisque celte étude constitue une partie importante de la statique sociale, directement destinée à dévoiler les lois d'un tel enchaînement, de la même manière qu'en tous les autres cas de connexité entre les éléments quelconques de notre civilisation. L'exemple le plus prononcé de cette action de la sociologie se trouve dans l'élude directe de la dynamique sociale, en vertu de ce principe qui est maintenant si familier, que la vraie coordination doit être dévoilée par le cours naturel du développement humain. Tous les savants qui ont médité avec quelque force sur leur sujet propre, ont senti quels importants secours peuvent fournir les indications historiques correspondantes pour régulariser l'essor spontané des découvertes scientifiques, en évitant surtout les tentatives chimériques ou prématurées. Je n'ai pas besoin d'insister sur un tel attribut de l'histoire des sciences, lequel ne saurait être contesté par ceux qui ont fiiit des découvertes scientifiques de quelque portée. Cependant, comme le prouve mon dernier chapitre, il n'existe aucune véritable histoire scientifique, c'est-à-dire aucune théorie de la vraie filiation des principales découvertes. Nous ne possédons que des compilations de matériaux plus ou moins rationnels, pouvant être d'une certaine utilité provisoire^ mais qui ne sauraient être ultérieurement employés à la construction d'aucune doclrine historique sans une indispensable révision, et qui sont certainement, dans leur état actuel, impropres à suggérer d'heureuses indications scientifiques. Lorsqu'on aura fondé une vraie science sociale, de tels travaux prendront la direction philosophique qui leur manque à présent, et ils contribueront au développement du génie humain

que maintenant ils ne font qu'entraver. En nous rappelant qu'aucune science ne peut être bien comprise tant qu'on n'en connaît pas l'histoire, nous verrons quelles améliorations spéciales cette nouvelle science devra introduire dans chacune des autres, aussi bien que dans leur coordination générale. Celle considération nous amène à apprécier aussi la réaction de la sociologie sur les sciences antérieures en ce qui concerne la méthode. 11 ne peut être question ici de construire une théorie générale et complète de la méthode positive ; je me bornerai, pour le moment, à rappeler celle vérité déjà établie que chaque science fondamentale manifeste un des principaux attributs de la méthode positive universelle, quoiqu'ils appartiennent tous, plus ou moins, à chaque science en particulier. La sociologie participe directement à la composition élémentaire du fonds commun de nos ressources intellectuelles, et cette coopération logique de la nouvelle science est aussi importante que celle des diverses sciences antérieures. Nous avons vu que la sociologie ajoute à nos autres moyens d'investigation, en introiluisanl le mode d'exploration que j'ai signalé sous le nom de mctiiode ImloriquCy et qui, après un usage convenable, constituera un quatrième mode fondamental d'observation. Mais, quoique la sociologie nous ait fourni celle ressource, elle est plus ou moins applicable à tous les ordres de spéculation scientifique. Nous n'avons qu'à regarder chaque découverte, au moment où elle s'accomplit, comme un vrai phénomène social, formant une partie de la série générale du développement humain et soumis à ce titre aux lois de succession et aux méthodes d'exploration qui caractérisent celle grande évolution. D'un tel point de départ, dont la rationalité est irrécusable, on embrasse aussitôt l'entière universalité nécessaire de la méthode historique, dès lors envisagée dans toute son éminente dignité intellectuelle. On peut même voir que, par celte méthode, les découvertes scientifiques deviennent, à un certain degré, susceptibles de prévision rationnelle, d'après une exacte appréciation du mouvement antérieur de la science, interprété suivant les lois de la marche de l'esprit humain. La prévision historique ne saurait comporter des déterminations très précises, mais elle peut fournir des indications préliminaires sur la direction

générale du progrés immédiat, de manière à éviter Ténorme déperdition de forces intellectuelles occasionnée par des tentatives conjecturales habituellement condamnées à échouer. Par cette comparaison du présent avec le passé, en chaque science, il deviendra possible d*assujeltir l'art des découvertes à une sorte de théorie rationnelle, qui puisse guider les efforts instinctifs du génie individuel, dont la marche ne saurait être indépendante de Tespril collectif, quelque persuadé qu'il soit de son isolement. La méthode historique est donc destinée à diriger Tusage systématique de toutes les autres méthodes scientifiques et à leur procurer une plénitude de rationalité qui leur manque encore, en transportant à l'ensemble cette progression sagement ordonnée, qui n'appartient aujourd'hui qu'aux détails. Le choix des sujets de recherches, jusqu'ici presque arbitraire, ou du moins tout à fait empirique, acquerra dès lors, jusqu'à un certain point, ce caractère scientifique, que présente, seule maintenant, Tinvestig-ition partielle de chacun d'eux. Mais pour qu'elle réalise cette haute destination, il faut que la méthode soit subordonnée aux conditions philosophiques qu'impose l'esprit positif de la sociologie. Elle ne doit jamais considérer le développement de chaque science complète séparément de laprogression totale de l'esprit humain, ni môme de l'évolution fondamentale de l'humanité. Ainsi la physique sociale, qui fournit cette méthode, doit présider à son application graduelle, au moins d'après sa conception générale du développement humain. Tout usage partiel ou isolé d'un tel mode d'investigation serait essentiellement inefficace ou ne pourrait réaliser que peu d'avantages. Par suite de l'uniformité de la méthode positive, l'état présent des sciences offre déjà quelques traces de ce moyen supérieur de spéculation; mais sa complication et sa récente origine ne permettent pas d'en apercevoir des exemples à la fois très prononcés et assez variés pour constituer une manifestation décisive. Dans le système entier de nos connaissances positives, je ne connais qu'un seul témoignage irrécusable, qu'il faut aller chercher, comme on devait s'y attendre, dans la science mathématique. On le trouve dans les sublimes chapitres préliminaires des diverses sections de la Mécanique analytique, si peu appréciés des géomètres ordinaires, parce

qu'ils ne contiennent pas une seule formule, mais qui constituent, dans mon opinion, la preuve de l'éminente supériorité de Lagrange sur tous les géomètres, depuis Descartes et Leibnitz. Son exposition de la filiation des principales conceptions de l'esprit humain, relativement à la mécanique rationnelle, depuis l'origine de la science jusqu'à nos jours, témoigne que Lagrange a pressenti l'esprit général de la méthode historique, par cela seul qu'il a choisi une telle appréciation pour base de l'ensemble de ses propres spéculations scientifiques. Ces remarquables écrits sont d'admirables sujets de méditations, non seulement pour les géomètres, mais pour tous les esprits philosophiques, qui pourront y trouver le seul exemple susceptible de donner une idée convenable de la véritable histoire, bien que leur auteur n'eût aucune prétention au titre vulgaire d'historien.

Nous voyons ainsi que la réaction de la sociologie sur les autres sciences est aussi importante au point de vue logique qu'au point de vue scientifique. D'une part, la sociologie positive relie entre elles toutes les sciences, et, d'autre part, elle ajoute aux autres modes d'investigation une nouvelle méthode d'un ordre plus élevé. En même temps que par sa nature, la physique sociale est placée sous la dépendance des sciences antérieures, elle leur rend autant de services qu'elle en reçoit par la double influence qu'elle exerce sur le système entier des connaissances. On peut déjà apercevoir qu'une telle science doit former le nœud principal du faisceau scientifique, par suite de ses divers rapports, soit de subordination, soit de direction, avec tout le reste. C'est par là que la coordination homogène de nos sciences réelles résulte de leur développement positif, au lieu d'être empruntée à des conceptions scientifiques sur une chimérique unité des différents phénomènes, comme on l'a jusqu'ici exclusivement tenté.

La science sociale doit toujours demeurer inférieure,. sous les rapports spéculatifs les plus importants, à toutes les autres sciences fondamentales. On peut cependant sentir, d'après l'appréciation de son esprit, de son office et de ses ressources, que l'abondance de ses moyens d'investigation doit lui procurer une rationalité bien supérieure à celle que l'état pré-

Sent de l'esprit humain semble devoir promettre. L'unité du sujet, malgré son immense extension, la solidarité plus prononcée de ses divers aspects, sa marche caractéristique des questions les plus générales aux recherches plus spéciales, et enfin l'emploi plus fréquent et plus important des considérations à prioriy d'après les indications fournies par les sciences antérieures, et surtout par la théorie biologique delà nature humaine, doivent faire concevoir, de la dignité spéculative de la science, des espérances plus hautes que n'en pourra suggérer l'imparfaite réalisation que je me propose d'ébaucher ici, et dont la principale destination est de formuler directement, et par des manifestations sensibles, l'esquisse que je viens de donner de la nature générale de cette nouvelle philosophie politique, et du véritable esprit qui doit présider à sa construction ultérieure.

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