CHAPITRE V
Statique sociale ou théorie de l'ordre spontané des sociétés humaines.
Quoique la partie dynamique de la science sociale soit la plus intéressante, la plus facile à saisir et la plus propre à manifester les lois de la solidarité, la partie statique ne saurait cependant être négligée. Il faut examiner brièvement ici les conditions et les lois d'harmonie des sociétés humaines, et compléter nos conceptions statiques, autant que le permet l'état naissant de la science, avant de procéder à l'examen du développement de l'humanité.
Toute analyse sociologique suppose trois ordres de considérations, chacun plus compliqué que celui qui le précède, à savoir : les conditions de l'existence sociale de l'individu, de la famille et de la société; les dernières embrassant la totalité de l'espèce humaine, et principalement l'ensemble de la race blanche.
La théorie cérébrale de Gall a détruit à jamais les illusions métaphysique du dernier siècle, sur l'origine des tendances sociales de l'homme. Tout le monde est maintenant convaincu qu'elles sont inhérentes à la nature humaine, et non pas le résultat de considérations d'utilité. La vraie théorie a dissipé les fausses appréciations qui avaient conduit à celte supposition chimérique, que les combinaisons intellectuelles régissent la conduite générale de la vie humaine, et que les
besoins peuvent f^réer les facultés. Indépendamment de l'analyse de Gall, il y a un argument décisif contre l'origine utilitaire de la société, dans ce fait que l'utilité ne s'est manifestée, et ne pouvait se manifester qu'après un long développement préparatoire de la société, dont on lui attribue la création. Nous verrons mieux encore qu'une telle supposition nous place dans un cercle vicieux, si nous réfléchissons au vrai caractère de la première enfance de l'humanité, où les avantages individuels de l'association sont très douteux, si même on ne peut dire, en beaucoup du cas, que les charges y sont plus grandes que les ressources, comme on ne le voit encore que trop dans les derniers rangs des sociétés les plus avancées. Il est donc
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évident que l'état social n'aurait jamais existé s'il n'avait dû résulter que de la conviction de son utilité individuelle, parce que les avantages qu'on devait en retirer ne pouvaient être prévus, même pai' les plus habiles, mais devaient seulement se manifester après que l'évolution sociale fut arrivée à un certain point. La sociabilité spontanée de la nature humaine, indépendamment de tout calcul personnel, et souvent malgré les intérêts individuels les plus énergiques, est admise par ceux mêmes qui ne prennent point en suffisante considération la vraie théorie biologique de notre nature intellectuelle et morale.
Sans m'ariêler à quelques considérations élémentaires, qui appartiennent plutôt à un traité spécial sur les conditions physiologiques, par exemple : la nudité naturelle de l'homme et son enfance moins protégée et plus prolongée, qui ont été fort exîigérées comme influences sociales, puisqu'elles existent dans quelqjies espèces animales sans produire les mêmes conséquences sociales; j'npprécierai l'influence des attributs les plus importants de notre nature, pour donner à la société le caractère fondamental qui lui appartient, et que son développement quelconque ne saurait jamais altérer. A cet effet, il tant considérer la prépondérance des facultés affectives sur les facultés intellectuelles, qui, quoique moins prononcée chez l'homme qu'en aucun autre animal, établit cependant lîi première notion essentielle sur notre véritable nature. Quoique la continuité d'action constitue, en tous genres, une indispensable condition de succès, l'homme, comme tout autre animal, éprouve une aversion naturelle pour une telle persévérance, et ne trouve de vrai plaisir que dans l'exercice varié de son activité, la variété étant plus importante, pour lui, que la modération d'intonsité, surtout dans les cas les plus ordinaires, où aucun instinct n'est hautement prononcé. Les facultésintellectuellesétant naturellement les moins énergiques, leur activité, pour peu qu'elle se prolonge à un certain degré, occasionne chez la plupart des hommes une fatigue qui bientôt devient tout à fait insupportable, aussi estce principalement à leur exercice que s'applique ce dolce far }fie rite, dont tous les âges de la civilisation ont partout reproduit l'expression. Néanmoins, c'est de l'usage persévérant de
ces hautes facultés que dépendent les modifications de l'existence humaine, générale ou individuelle, pendant le cours de notre développement social: en sorte que, par une déplorable coïncidence, l'homme a précisément le plus besoin du genre d'activité auquel il est le moins propre. Les imperfections physiques et les nécessités morales de sa condition lui imposent, plus qu'à aucun autre animal, l'obligation d'employer son intelligence à améliorer sa situation primitive; et, en même temps, son intelligence est si loin d'être suffisante pour une telle œuvre, qu'il est soumis à une fatigue irrésistible, qu'une stimulation énergique et constante peut seule tempérer. Au lieu de déplorer vainement cette discordance, nous devons la noter comme un premier document authentique fourni à la science sociale par la biologie, et qui doit radicalement influer sur le caractère général des sociétés humaines, ainsi que sur la vitesse de l'évolution sociale. II en résulte immédiatement que presque tous les hommes sont naturellement impropres au travail intellectuel et voués à l'activité matérielle; en sorte que l'état spéculatif ne peut être produit, et surtout maintenu chez eux, que par une impulsion hétérogène, entretenue par des penchants moins élevés, mais plus énergiques. Quelle que soit à cet égard l'importance des différences individuelles, elles ne portent que sur le degré, sans que les plus éminentes natures soient jamais vrainement affranchies de cette commune obligation; aussi les hommes peuvent-ils être classés scientifiquement, suivant la noblesse ou la spécialité croissante des facultés affectives, par lesquelles est produite l'excitation intellectuelle. En parcourant l'échelle ascendante de ces facultés, d'après la théorie de Gall, on voit que chez la plupart des hommes la tension intellectuelle n'est, sauf quelques rares et courts élans de cette activité spéculative qui caractérise le type humain, habituellement entretenue que par la stimulation énergique dérivée des besoins de la vie organique et des instincts les plus universels de la vie animale. La nature individuelle de l'homme devient d'autant plus éminenle, que celle stimulation résulte de penchants plus élevés, plus particuliers à notre espèce; mais l'activité intellectuelle n'est jamais, môme dans les cas les plus nobles, indépendante d'une telle excitation, à moins que l'habitude de la méditation ne soit
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devenue prépondérante, ce qui est, d'ailleurs, infiniment rare. Pour prévenir toute fausse appréciation philosophique à cet égard, il importe de remarquer que, bien qu'on puisse justement regretler le degré d'infériorité de nos facultés intellectuelles, on ne doit pas désirer que le cas soit inverse. Si nos facultés affectives étaient subordonnées à nos facultés intellectuelles, toute notion de perfectionnement de l'organisme social deviendrait inintelligible, car la prépondérance de nos facultés affectives n'est pas seulement indispensable pour tirer notre intelligence de sa léthargie naturelle, mais pour donner à son activité une destination et une direction permanentes, sans lesquelles elle s'égarerait nécessairement en de vagues spéculations abstraites. Même sous les conditions actuelles, qui assujettissent plus ou moins les plus extravagantes rêveries au contrôle de la réalité, nous voyons que les efforts les plus mystiques de Textase Ihéologique, pour s'élever à un état idéal affranchi de tous besoins organiques et de toutes les passions humaines, n'aboutissent, même chez les plus hautes intelligences, qu'à des conceptions d'une sorte d'idiotisme transcendant éternellement absorbé par une contemplation vaine et presque stupide de la majesté divine. Notre organisme social est donc ce qu'il doit être, saut le degré, qui, seul, pourrait être autrement conçu, et nous devons remarquer et nous rappeler qu'il est on notre pouvoir de rectifier, entre certaines, limites étroites, ce degré de différence, ou plutôt que cette rectification résulte du développement continu de la civilisation, qui tend de plus en plus à subordonner nos penchants à notre raison, sans qu'il y ait jamais lieu de craindre une inversion de l'ordre fondamental.
La seconde considération consiste en ce que, outre la prépondérance de la vie affective sur la vie intellectuelle, les instincts les moins élevés et les plus personnels .ont, relativement à la sociabilité, une prépondérance irrécusable sur les plus nobles penchants. Conformément à la vraie théorie biologique de l'homme, nos affections sociales sont inférieures en énergie et en persévérance à nos affections personnelles, quoique le bonheur commun dépende^surlout de la satisfaction continue des premières, qui, après nous avoir conduits à l'état social, le maintiennent ensuite contre les divergences des ins-
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tincts individuels. Pour comprendre la valeur sociologique de cette donnée biologique, nous devons remarquer, comme dans le premier cas, la nécessité d'une telle condition, dont le degré seul peut être raisonnablement déploré. Par des motifs anaîogues à ceux de l'explication précédente, les instincts personnels assignent un but et une direction à notre activité sociale. Toutes les notions de bien public doivent être basées sur celles de l'avantage individuel, puisque les premières ne peuvent résulter que de ce que les secondes ofl-rent de commun chez les divers individus; et quelque idée que nous nous formions d'une perfection idéale de notre nature, nous ne saurions jamais souhaiter, habituellement, pour les autres, que ce que nous désirons pour nous-mêmes, sauf les cas très rares et fort secondaires où un raffinement de délicatesse morale, fortifié par la méditation intellectuelle, peut nous faire apprécier, pour autrui, des moyens de bonheur auxquels nous n'attachons nousmêmes presque pas de valeur. Notre nature morale serait donc détruite, et non améliorée, s'il était possible de supprimer nos instincts personnels, puisque nos aff'eclions sociales, privées d'une indispensable direction, dégénéreraient en une vague et stérile charité dépourvue de toute efficacité pratique.
Quand la morale des peuples avancés nous a prescrit d'aimer nos semblables comme nous-mêmes, elle a formulé de la meilleure manière la plus profonde vérité, avec ce juste degré d'exagération qu'exige l'indication d'un type quelconque aV dessous duquel la réalité ne se maintiendra toujours que trop. Dans ce sublime précepte, l'instinct personnel sert de guide et démesure à l'instinct social, et de toute autre manière le but du principe eût été manqué, car en quoi et comment celui qui ne s'aimerait pas pourrait-il aimer autrui? Ainsi, il y a vraiment lieu de se féliciter que la nature humaine soit ce qu'elle est, et il n'y a de vraiment regrettable que le degré des considérations personnelles.
Nous devons regretler que, même chez les meilleurs naturels, les affections sociales soient trop souvent vaincues parles aff"eclions personnelles pour pouvoir toujours commander directement la conduite. En ce sens, on doit concevoir, d^iprès une comparaison des deux cas que j'ai présentés, que l'instinct sympathique et l'activité intellectuelle sont surtout destinés à
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suppléer mutuellemenl à leur commune insuffisance sociale. On peut (lire, en effet, que si riiomme devenait plus bienveillant, cela équivaudrait, dans la pratique sociale, à le supposer plus inleiligenl, non seulement parce qu'il ferait alors un meilleur emploi de son intelligence, mais parce qu'elle ne serait plus autant absorbée par la discipline qu'elle doit s'efforcer d'imposer à l'énergique prépondérance des penchants personnels. Mais la supposition inverse n'est pas moins exacte, quoiqu'elle soit moins appréciable, car tout vrai développement intellectuel équivaut finalement, pour la conduite de la vie, à un accroissement de la bienveillance naturelle, soit en augmentant l'empire de 1 homme sur ses passions, soit en rendant plus net et plus vif le sentiment habituel des réactions occasionnées par les divers contacts sociaux. Si, sous le premier aspect, nous admettons qu'aucune grande intelligence ne saurail se développer convenablement sans un certain fonds de bienveillance universelle qui seule lui donne un libre élan, un but éminent et ;un large exercice; de même, en sens inverse, il ne faut pas douter que tout noble essor intellectuel fortifie la sympathie générale, non seulement en écartant les impulsions égoïstes, mais en inspirant une sage prédilection en faveur de l'ordre social, laquelle peut, malgré sa froideur ordinaire, concourir aussi heureusement au.maintien de Tharmonie sociale que des penchanis plus vifs et moins opiniâtres. La relation réciproque qui rattache l'un à l'autre ces deux principaux modérateurs de la vie humaine, l'activité intellectuelle et l'instinct social, paraît donc incontestable; et la première destination de la morale universelle, en ce qui concerne l'individu, consiste à augmenter celte double influence dont l'extension graduelle constitue le premier résultat spontané du développement général de l'humanité. Ainsi, la double opposition entre nos besoins, tant moraux que matériels, d'un travail intellectuel et l'antipathie qu'il nous inspire, d'une part; et, d'autre part, entre noire besoin d'affections sociales et l'assu jeltisement nécessaire de celles-ci à nus instincts personnels, dévoile le germe scientifique de la lutte que je vais bientôt examiner enire l'esprit de conservation et l'esprit d'amélioration, le premier nécessairement inspiré par les instincts purement personnels, et le second par la combi-
naison spontanée de l'activité intellectuelle avec les divers instincts sociaux.
^ Voilà pour la première division statique, celle relative à l'individu; maintenant, nous allons considérer la famille.
Puisqu'un système quelconque doit être formé d'éléments qui lui sont homogènes, l'esprit scientifique ne permet point de regarder la société humaine comme composée d'individus. La véritable unité sociale est certainement la famille, réduite^ s'il est nécessaire, au couple élémentaire qui en conslitue la base. Cette considération ne doit pas seulement être appliquée en ce sens physiologique que les familles deviennent des tribus et les tribus des nations, en sorte que l'ensemble de notre espèce pourrait être conçu comme le développement -raduel d'une seule famille, si les diversités locales ne s'opposaient à une telle supposition. Il y a un point de vue polilique sous lequel nous devons aussi considérer cette notion élémentaire, la famille contenant en germe les divers caractères de l'ori^anisme social. Une telle conception est un intermédiaire en'lre l'idée de l'individu et celle de l'espèce ou de la société. Il y aurait autant d'inconvénient scientifique à vouloir la franchir dans l'ordre spéculatif qu'il y a de danger, dans la pratique, à prétendre aborder directement la vie sociale sans l'inévitable préparation de la vie domestique. Sous quelque aspect qu'on l'envisage, cette transition nécessaire se reproduit toujours, soit quant aux notions élémentaire de l'harmonie fondamentale, soit pour l'essor spontané du sentiment social. C'est par cette issue que l'homme sort de sa pure personnalité et qu'il apprend k vivre dans autrui tout en obéissant à ses instincts les plus énergiques. Aucune autre société ne saurait être aussi intime que celte combinaison primitive où s'opère une fusion aussi complète de deux natures en une seule. Par l'imperfection radicale du caractère humain, les divergences individuelles sont trop prononcées pour comporter, en aucun autre cas, une association aussi profonde. L'expérience ordinaire de l'a vie ne confirme que trop que les hommes ne doivent point vivre entre eux d'une manière trop familière s'ils veulent supporter, dans une paix mutuelle, les infirmités de notre nature. Les communautés religieuses elles-mêmes, malgré le lien spécial qui les unissait, étaient, .nous le savons, perpétuellement
tourraenlées par des dissensions intestines qu'il est impossible d'éviter quand on veut essayer de concilier des qualités aussi incompatibles que lintimilé et l'extension des relations buma.- „es 51ème dans la famille, l'intimité est due a 1 énergique spontanéité du but commun combinée avec rinstilulion non moins naturelle d'une indispensable subordination. Quelque vaine notion qu'on se forme aujourd'bui de 1 egahte sociale toute société, même la pins restreinte, suppose, non seulement des diversités, mais aussi des inéyalités: car .1 n y a pas de véritable société sans le concours permanent à une opération générale, poursuivie par des moyens distincts mutuellement subordonnés. Or, la plus entière réalisation possible de ces conditions élémentaires, appartient uniquement a la famille, ou la nature a fait tous lesfrais de l'institution. Ainsi, maigre les justes reproches qu'a pu mériter parfois une excessive prépondérance de l'esprit de famille, il n'en constituera pas moins, toujours et à tous égards, la base de l'esprit social, sauf les modifications qu'il doit graduellement subir dans le cours de l'évolution humaine. Les graves atteintes que reçoit aujourd'hui cette institution fondamentale doivent donc être regardées comme les plus effrayants symplômes de notre tendance transitoireà la désorganisation sociale. Mais une telle direction de l'esprit révolutionnaire n'est dangereuse qu a cause de la décrépitude des croyances sur lesquelles on fait reposer les idées de famille, de même que toutes les autres notions sociales. Tant que la double relation qui constitue la famille n'aura pas d'autre base intellectuelle que les doctrines reh- "ieuses, elle participera au discrédit qui appartient a ces doctrines dans l'état présent du développement humain. La philosophie positive, qui réorganise tout ce qu'elle touche, peut seule asseoir cette conception sur des bases immuables, en transportant toutes les spéculations sociales du domaine des vagues idéalités dans le champ des réalités irrécusables.
La constitution de la famille humaine a reçu des modifications progressives de nature à dévoiler, à chaque époque de développement, l'exacte importance du changement opère dans la société correspondante. Ainsi, la polygamie des peuples arriérés doit imprimer à la famille un caractère tout autre que celui qu'elle a chez les peuples susceptibles de cet
état de monogamie vers lequel tend notre nature. De même la famille antique, dont une portion des esclaves faisait partie, devait radicalement différer de la famille moderne, principalement réduite à la parenté du couple et dans laquelle l'autorité du chef est beaucoup moindre. Mais l'appréciation des modifications sera mieux placée dans la partie historique de ce volume. Actuellement, je dois considérer l'aspect scientifique le plus élémentaire de la famille, celui qui est commun à tous les cas sociaux, en regardant la vie domestique comme la base de toute vie sociale. Sous un tel point de vue, la théorie sociologique de la famille est réductible à Texamen de deux ordres de relations, à savoir : la subordination des sexes, qui institue la famille, et celle des âges, qui la maintient. Une certaine association volontaire se montre à partir de ce degré de l'échelle biologique où commence la différence des sexes, et elle est toujours occasionnée, d'abord par l'union sexuelle, et ensuite par l'éducation des petits. Si la comparaison sociologique doit se borner aux deux grandes classes d'animaux supérieurs, les oiseaux et les mammifères, c'est parce qu'aucune autre ne présente une réalisation suffisamment complète de ce double caractère élémentaire.
On ne saurait trop respectueusement admirer cette universelle disposition naturelle, première base de toute société, par laquelle, dans l'état de mariage, même imparfait, l'instinct le plus énergique de notre animalité, à la fois satisfait et contenu, devient la source d'une douce harmonie au lieu d'être une cause de trouble par ses débordements. Il n'était pas permis d'espérer que le mariage échapperait seul à l'ébranlement révolutionnaire que toutes les autres institutions avaient dû subir d'après l'inévitable décadence de la philosophie théologique qui leur servait de base exclusive. Quand la philosophie positive aura établi la subordination des sexes, principe essentiel du mariage et par suite de la famille, elle prendra son point de départ dans une exacte connaissance de la nature humaine, suivie d'une judicieuse appréciation de l'ensemble du développement social et de la phase générale qu'il présente maintenant: ce qui devra tendre à mettre fin à ces déclamations sophistiques dont le seul résultat pratique ne saurait être que de dégrader l'homme sous prétexte de le perfectionner.
Sans doute, le mariage, comme toutes les autres institutions, éprouve des modifications par le cours de révolution humaine. Le mariage moderne, tel que le catholicisme l'a constitué, diffère radicalement, à divers titres, du mariage romain, de même que celui-ci diff'érait du mariage grec, et tous deux encore davantage du mariage égyptien ou oriental, même après rétablissement de la monogamie. H est incontestable que ces modifications ne sont point parvenues aujourd'hui à leur terme et que la grande réorganisation sociale que nous poursuivons déterminera le caractère général de Tassocialion que toutes les modifications précédentes ont progressivement développé. En attendant, l'esprit absolu de la philosophie politique actuelle confond de telles modifications avec une destruction complète, ce qui constitue un état fortanalogueà celui des temps anciens, alors que la philosophie grecque ouvrait la voie à la régénération chrétienne de la famille et de la société, et que les aberrations causées par le long interrègne intellectuel furent l'occasion de la fameuse satire d'Aristophane, que nous pouvons prendre comme la stigmatisation du dévergondage actuel.
Il serait prématuré d'examiner en quoi doivent consister les modifications ultérieures du mariage; en admettant même qu'un tel examen fût possible, il n'y aurait pas lieu de s'en occuper ici. Il suffit de les concevoir comme en harmonie avec le principe fondamental de l'institution, c'est-à-dire avec la subordination naturelle de la femme, que tous les âges reproduisent sous deslormes variées et que la nouvelle philosophie placera sur sa vraie base d'après la connaissance de l'organisme individuel et de l'organisme social. La philosophie biologique nous démontre que dans toutes les espèces animales des différences radicales, à la fois physiques et morales, séparent profondément les deux sexes, malgré la commune prépondérance du type spécifique. Rapprochant l'analyse des sexes de celle des âges, la biologie représente le sexe féminin, principalement dans notre espèce, comme constitutionnellementen un état d'enfance continue, comparativement à l'autre, et par conséquent plus éloigné sous tous les rapports importants du type idéal de la race. La sociologie prouvera que l'égalité des sexes dont on a tant parlé est incompatible avec l'existence sociale, en montrant que chaque sexe a des fonctions
spéciales et permanentes, qu'il doit remplir dans l'économie naturelle de la famille humaine; qu'ils concourent tous deux à un but commun par des voies différentes; et que leur subordination ne peut nuire à leur bonheur, puisque le bonheur, pour l'un comme pour l'autre, dépend du sage développement de sa propre nature.
Nous avons vu que la prépondérance des facultés aff'eclives est moins prononcée dans l'homme que dans les animaux inférieurs, et qu'un certain degré spontané d'activité spéculative est le principal attribut cérébral de l'humanité, ainsi que la première source du caractère tranché de notre organisme social. Or, sous ce rapport, l'infériorité relative de la femme est incontestable, car elle est bien autrement impropre que l'homme à la continuité et à l'intensité indispensables du travail mental, soit en vertu de la faiblesse intrinsèque de son intelligence, soit à raison de sa plus vive sensibilité morale et physique, si antipathiques à toute abstraction et à toute contention scientifiques. Cette irrécusable infériorité organique du génie féminin a été confirmée par l'expérience la plus décisive, même dans les beaux-arts, et sous l'influence des circonstances les plus favorables. Quant aux fonctions quelconques du gouvernement, l'inaptitude radicale du sexe féminin y est encore plus prononcée, même à l'égard de l'état le plus élémentaire, limité à la direction de la simple famille, la nature de ce travail exigeant surtout une attention infatigable à un ensemble de relations compliquées, dont aucune ne doit être négligée ; et, en même temps, un esprit plus indépendant des passions, c'est-à-dire plus raisonnable. Ainsi, l'économie de la famille humaine ne saurait jamais être intervertie sans un changement complet de notre organisme cérébral, et le seul résultat possible d'une lutte contre les lois naturelles serait de priver la femme du bonheur compatible pour elle avec Tensemble de ces lois, tout en troublant gravement la famille et la société. En second lieu, nous avons reconnu que, dans la vie aff'ective de l'homme, les instincts personnels dominent les instincts sympathiques ou sociaux, dont l'influence ne peut et ne doit que modifier la direction imprimée par les premiers, sans devenir les pouvoirs moteurs habituels de l'existence pratique. Ici encore, par un examen
comparatif, nous pouvons apprécier l'heureuse destination sociale réservée au sexe féminin. Il est incontestable que les femmes sont, en général, aussi supérieures aux hommes par l'essor spontané de la sympathie et de la sociabilité, quelles leur sont inférieures en intelligence et en raison. Leur fonction dans réconomie de la famille, et, par suite, de la société, doit donc consister à modifier, par Texcitalion de Tinstinct social, la direction générale nécessairement émanée de la raison trop froide ou trop grossière qui caractérise habituellement rhomme. En écartant touteconsidération des différences matérielles et en contemplant exclusivement les plus nobles propriétés de notre nature cérébrale, nous voyonsquedes deux attribuls qui séparent l'humanité de l'animalité, le premier indique la prépondérance nécessaire et invariable du sexe mâle, tandis que Tautre caractérise la fonction modératrice dévolue à la femme, môme indépendamment des soins maternels, qui constituent évidemment sa destination la plus importante et la plus spéciale, mais sur lesquels on insiste d'habitude d'une manière trop exclusive, ce qui ne donne point une idée assez digne de la vocation sociale directe et personnelle du sexe féminin.
L'autre élément fondamental de la famille humaine consiste dans la corrélation spontanée entre les parents et les enfants qui, généralisée dans l'ensemble de la société, produit la subordination naturelle des âges. La discipline naturelle est, en ce cas, trop irrécusable pour avoir été l'objet, de la part de l'esprit révolutionnaire, des mêmes attaques qu'il a dirigées contre les relations précédentes. Les atdents champions des droits politiques des femmes n'ont pas encore présenté une doctrine analogue, relativement aux enfants qui sont moins susceptibles de stimuler le zèle de leurs avocats spéciaux. Quelque extravagantes que soient les excentricités de notre anarchie sociale, le bon sens populaire, malgré son imperfection actuelle, impose une certaine limite aux divagations individuelles quand elles viennent choquer un instinct fondamental Il n'y a certainement aucune économie naturelle plus digne d'admiration que celte subordination spontanée qui, après avoir constitué la famille humaine, est ensuite devenue le type de toute sage coordination sociale. Tous les âges de la civili-
sation ont rendu hommage à ce type que l'homme a pris involontairement pour modèle dans la conception du gouvernement providentiel. Nul autre cas ne présente, au même degré, la plus respectueuse obéissance de la part de l'inférieur, sans le moindre avilissement, obéissance imposée d'abord par la nécessité, et, ensuite, par la reconnaissance ; et nulle part on ne voit chez le supérieur l'autorité la plus absolue unie au plus entier dévouement, trop naturel et trop doux pour mériter le nom de devoir. Ces caractères doivent s'affaiblir dans les relations plus étendues et moins intimes ; la soumission ne saurait être alors aussi complète ni aussi spontanée, la protection aussi touchante ni aussi dévouée. Mais la vie de famille n'en demeurera pas moins éternellement l'école de la vie sociale, soit pour l'obéissance, soit pour le commandement, qui doivent, autant que possible, se rapprocher de ce modèle; et, dans l'avenir comme dans le passé, les modifications de la société correspondront avec celles que l'évolution sociale doit amener dans la constitution domestique. Néanmoins, à toutes les périodes critiques de dangeureux sophistes ont argué de quelques inconvénients inhérents à cette institution, comme à toute autre, contre l'organisation elle-même, qu'ils prétendent rectifier au moyen d'une inversion totale, proposant de constituer la famille sur le modèle de la société, à une époque où la société ne peut servir de modèle à aucun ordre quelconque. Toute discipline domestique serait impossible sousun système qui ôterait aux parents la direction et presque la connaissance de leurs enfants, par une monstrueuse exagération de l'influence de la société sur l'éducation de la jeunesse, et qui priverait les enfants de la transmission héréditaire des ressources paternelles accumulées à leur intention, détruisant ainsi nécessairement l'obéissance et l'autorité. L'examen de telles extravagances serait déplacé dans ce traité, mais il était nécessaire de signaler spécialement cette divagation afin de montrer l'aptitude delà politique positive à consolider toutes les notions fondamentales de l'ordre social, au milieu de la confusion amenée par le déclin de la philosophie théologique. Ici comme partout ailleurs, nous constaterons que la philosophie positive surbordonne la conception de l'ordre artificiel à Tobservalion de Tordre naturel, et nous reconnaîtrons que les
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modifications produites par le cours naturel des événements sont supérieures à ce que les plus éminents réformateurs auraient osé concevoir d'avance, ce qui devra faire sentir combien il importe de ne pas trop anticiper sur la succession des diverses parties de la réorganisation, en voulant tout renouveler à la fois jusque dans les moindres détails, suivant la routine des constitutions modernes.
Il importe de noter la propriété caractéristique que possède l'organisation domestique d'établir la notion élémentaire delà perpétuité sociale en rattachant d'une manière directe et irrésistible l'avenir au passé. Convenablement généralisés, cette idée et ce sentiment, après avoir passé des pères aux ancêtres se transforment finalement en ce respect universel pour nos prédécesseurs, qui est une condition indispensable de toute économie sociale. Il n'y a point d'état social qui n'en offre d'importants témoignages. La moindre influence des traditions, à mesure que l'esprit humain se développe, et la préférence croissante de la transmission écrite à la transmission orale, doivent modifier l'expression du sentiment chez les modernes, sinon le sentiment lui-même. Mais àquelquo degré que puisse parvenir la progression sociale, il sera toujours d'une importance capitale que l'homme ne se croit pas né d'hier, et que l'ensemble de ses institutions et de ses mœurs lie, par un système de signes intellectuels et matériels, ses souvenirs du passé total à ses espérances d'un avenir quelconque. La tendance de la philosophie révolutionnaire est d'accroître le dédain du passé à cause de sa politique ; la philosophie positive, au contraire, qui, prenantl'histoire pourbase scientifique, représente tous les hommes comme coopérant à la même évolution et rattache le progrès actuel à l'ensemble des antécédents réels, est tout à fait propre à régulariser l'idée et le sentiment de la continuité sociale. En effet, nous voyons que l'étude des sciences positives est la seule partie du système intellectuel où cette respectueuse coordination du présent au passé ait résisté aux empiétements de la philosophie révolutionnaire, laquelle, à tout autre égard, serait presque parvenue à nous faire croire que la raison et la justice sont des créations contemporaines.
Il est inutile de nous étendre ici sur les relations frater-
nelles. Quelque douceur, ou trop souvent quelque amertume que ces liaisons puissent répandre sur la vie privée, elles ne peuvent donner lieu ici àdes remarques spéciales. Si les frères sont à peu près du même âge, il y a peu de subordination ; mais si la différence d'âge est suffisante pour comporter cette subordination, leurs rapports, au point de vue où nous nous plaçons, deviennent analogues à ceux qui existent entre le père et l'enfant. Nous nous bornerons donc à faire remarquer que la vraie science sociale ne manquera pas, soit pour l'appréciation du passé, soit pour la conception de l'avenir, de regarder comme indispensables tous les éléments qui en tout temps ont constitué une partie essentielle de la hiérarchie domestique. Ne voulant construire aucune utopie et nous proposant d'observer l'économie des sociétés réelles, nous devons introduire dans notre analyse scientifique toutes les dispositions dont la permanence continue indique la haute importance.
Le troisième chef de notre analyse statique nous conduit à considérer la société comme composée de familles et non d'individus, et envisagée en ce que sa structure offre de commun à tous les temps et à tous les lieux.
La principale cause de la supériorité de l'organisme social sur l'organisme animal consiste, conformément à une loi établie, dans la spécialité des diverses fonctions remplies par des organes de plus en plus distincts, mais toujours solidaires; en sorte que l'unité de but est de plus en plus combinée avec la diversité des moyens. Nous ne pouvons sans doute apprécier pleinement un phénomène qui s'accomplit continuellement sous nos yeux et auquel nous participons; mais en s'isolant autant que possible par la pensée du système social, peut-on concevoir dans l'ensemble des phénomènes naturels un plus merveilleux spectacle que cette convergence régulière et continue d'une multitude innombrable d'individus, doués chacun d'une existence distincte et à un certain degré indépendante, et néanmoins tous disposés sans cesse, malgré les différences plus ou moins discordantes de leurs talents et de leurs caractères, à concourir, par une multitude de moyens divers, à un même développement général, sans s'être concertés, et même à l'insu de la plupart d'entre eux, qui ne croient obéir qu'à leurs impulsions personnelles? Telle est la peinture scienli-
fique du phénomène, et aucune perturbation temporaire ne peut l'empêcher d*Atre en toutes circonstances essentiellement vraie. Cette conciliation de la séparation des travaux avec la coopération des efforts, d'autant plus prononcée que la société devient plus complexe et plus étendue, constitue le caractère fondamental des opérations humaines quand on s'élève du point de vue domestique au point de vue social. Le degré d'association que nous observons chez les animaux supérieurs présente déjà quelque chose de volontaire, mais on n*y voit aucune organisation qui ressemble à l'association propre à notre espèce, et la première spécialisation individuelle des fonctions communes se trouve déjà dans notre simple vie domestique, qui est ainsi le type de l'organisation sociale. Néanmoins la séparation du travail ne peut jamais être très prononcée dans la famille à raison du trop petit nombre des individus, et encore plus parce qu'une telle division deviendrait bientôt antipathique à l'esprit de cette institution; car, d'un côté, l'éducation domestique, étant fondée sur Timitation, doit disposer les enfants à poursuivre les opérations paternelles au Heu d'en entreprendre de nouvelles; et, en même temps, toute séparation très marquée dans les occupations des différents membres ne doit pas altérer l'unité domestique qui est l'objet de celte association. Plus ou méditera sur ce sujet, mieux ou sentira que la spécialisation des travaux, qui est le principe élémentaire de la société générale, ne saurait avoir dans la famille une place aussi importante. En effet, la liaison domestique ne constitue pas une association, mais une iinion dans toute la force du terme, et à raison de cette étroite intimité, elle est d'une autre nature que la liaison sociale- Son caractère estessentiellementmoral et accessoirement intellectuel. Fondée principalement sur l'attachement et la reconnaissance, l'union domestique satisfait par sa seule existence l'ensemble de nos instincts sympathiques, indépendamment de toute pensée de coopération active et continue à un but quelconque, si ce n'est à celui de sa propre institution. Quoiqu'une coordination des travaux distincts doive s'y établir à un certain degré, son influence y est tellement secondaire que lorsque malheureusement elle demeure le seul principe de liaison, l'union domestique dégénère en une simple association, et
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même le plus souvent elle se dissout complètement. Dans la société, l'économie élémentaire présente un caractère inverse : le sentiment de coopération devient prépondérant, et l'instinct sympathique, sans perdre sa persistance, devient secondaire. Sans doute, il y a une foule d'hommes assez bien organisés pour aimer leurs coopérateurs quelques nombreux ou quelque lointains qu'ils puissent être, et quelque indirecte que soit leur participation; mais un tel sentiment, dû à la réaction de l'intelligence sur la sociabilité, ne saurait jamais avoir assez d'énergie pour diriger la vie sociale. La médiocrité intellectuelle de la plupart des hommes ne leur permet pas de se former une idée nette de relations trop étendues, trop indirectes et trop étrangères àleurs propres occupations, pour qu'il en puisse résulter une vraie stimulation sympathique susceptible de quelque efficacité durable. C'est exclusivement dans la vie domestique que l'homme peuthabiluellement chercher le plein et libre essor de ses affections sociales, et c'est peut-être à ce titre qu'elle constitue la meilleure préparation à la vie sociale ; car la concentration est aussi nécessaire aux sentiments que la généralisation aux pensées.
Les hommes, même les plus éminenls, qui tournent leurs instincts sympathiques sur l'ensemble de leur espèce ou de la société dans laquelle ils vivent, y sont hahiluellemenl poussés par les développements moraux d'une vie domestique où certaines conditions ont fait défaut, et quelque douce que leur soit une aussi imparfaite compensation, cet amour abstrait de l'espèce ne comporte rien de comparable à la satisfaction de nos dispositions affectueuses, quand elle résulte d'un attachement très limité et surtout individuel. Quoi qu'il en soif, de tels cas sont d'ailleurs trop évidemment exceptionnels pour influer sur une étude de l'économie sociale. Ainsi, quoique l'instinct sympathique se retrouve partout où il existe à un degré quelconque une association, le principe de coopération doit prévaloir quand nous passons de la considération de la famille à la coordinatinn générale des familles. C'est une erreur capitale d'attribuer à un tel principe la formation de l'état social, comme on faisait d'ordinaire au siècle dernier; mais quand l'association a une fois commencé, rien n'est tel que le principe de coopération pour donner à cette union sa
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fique du phénomène, et aucune perturbation temporaire ne peut l'empêcher dV.ire en toutes circonstances essentiellement vraie. Cette conciliation de la séparation des travaux avec la coopération des efforts, d'autant plus prononcée que la société devient plus complexe et plus étendue, constitue le caractère fondamental des opérations humaines quand on s'eleve du point de vue domestique au point de vue social. Le degré d'association que nous observons chez les animaux supérieurs présente déjà quelque chose de volontaire, mais on n'y voit aucune organisation qui ressemble à l'association propre a notre espèce, et la première spécialisation individuelle des fonctions communes se trouve déjà dans notre simple vie domestique, qui est ainsi le type de l'organisation sociale. Néanmoins la séparation du travail ne peut jamais être 1res prononcée dans la famille à raison du trop petit nombre des individus, et encore plusparccqu'une telledivisiondeviendrait bientôt anlipalhique à l'esprit de cette institution; car, dun côté l'éducation domestique, étant fondée sur l'imitation, doit disposer les enfants à poursuivre les opérations paternelles au lieu d'en entreprendre de nouvelles; et, en même temps, toute séparation très marquée dans les occupations des différents membres ne doit pas altérer l'unité domestique qui est l'objel de cette association. Plus ou méditera sur ce sujet, mieux ou sentira que la spécialisation des travaux, qui est le principe élémentaire delà société générale, ne saurait avoir dans la famille une place aussi importante. En effet, la liaison domestique ne constitue pas une association, mais une union dans toute la force du terme, et à raison de cette étroite intimité, elle est d'une autre nature que la liaison sociale. Son caraclèreestessenliellementmoral et accessoirement intellectuel. Fondée principalement sur l'attachement et la reconnaissance, l'union domestique satisfait par sa seule existence l'ensemble de nos instincts sympathiques, indépendamment de toute pensée de coopération active et continue à un but quelconque, si ce n'est à celui de sa propre institution. Quoiqu'une coordination des travaux distincts doive s'y établir h un certain degré son influence y est tellement secondaire que lorsque malheureusement elle demeure le seul principe de liaison, l'union domestique dégénère en une simple association, et
même le plus souvent elle se dissout complètement. Dans la société, réconomie élémentaire présente un caractère inverse : le sentiment de coopération devient prépondérant, et rinstinct sympathique, sans perdre sa persistance, devient secondaire. Sans doute, il y a une foule dliommes assez bien organisés pour aimer leurs coopérateurs quelques nombreux ou quelque lointains qu'ils puissent être, et quelque indirecte que soit leur participation; mais un tel sentiment, dû à la réaction de Tintelligence sur la sociabilité, ne saurait jamais avoir assez d'énergie pour diriger la vie sociale. La médiocrité intellectuelle de la plupart des hommes ne leur permet pas de se former une idée nette de relations trop étendues, trop indirectes et trop étrangères àleurs propres occupations, pour qu'il en puisse résulter une vraie stimulation sympathique susceptible de quelque efficacité durable. C'est exclusivement dans la vie domestique que l'homme peuthabituellement chercher le plein et libre essor de ses affections sociales, et c'est peut-être à ce titre qu'elle constitue la meilleure préparation à la vie sociale ; car la concentration est aussi nécessaire aux sentiments que la généralisation aux pensées.
Les hommes, même les plus éminenls, qui tournent leurs instincts sympathiques sur l'ensemble de leur espèce ou de la société dans laquelle ils vivent, y sont habituellement poussés par les développements moraux d'une vie domestique où certaines conditions ont fait défaut, et quelque douce que leur soit une aussi imparfaite compensation, cet amour abstrait de l'espèce ne comporte rien de comparable à la j^atisfaclion de nos dispositions affectueuses, quand elle résulte d'un attachement très limité et surtout individuel. Quoi qu'il en soit, de tels cas sont d'ailleurs trop évidemment exceptionnels pour influer sur une étude de l'économie sociale. Ainsi, quoique l'instinct sympathique se retrouve partout où il existe à un degré quelconque une association, le principe de coopération doit prévaloir quand nous passons de la considération de la famille à la coordinatinn générale des familles. C'est une erreur capitale d'attribuer à un tel principe la formation de l'état social, comme on faisait d'ordinaire au siècle dernier; mais quand l'association a une fois commencé, rien n'est tel que le principe de coopération pour donner à cette union sa
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consistance et son caractère. Dans les degrés les plus inférieurs de la vie sauvage, nous voyons des familles se réunir pour un but temporaire, et retourner ensuite, presque à la manière des animaux, à leur indépendance isolée aussitôt que 1 expédition, ordinairement de guerre ou de chasse, est accomplie, quoique déjà quelques opinions communes, formulées dans un certain langage uniforme, tendent à les réunir en tribus plus ou moins nombreuses. Par conséquent, notre analyse de la dernière division de la statique sociale doit reposer sur le principe de la coopération spontanée ou consentie.
La division du travail doit avoir pour nous un sens beaucoup plus étendu que celui d'arrangements matériels qu'on lui fait habituellement signifier. Nous devons comprendre, par ce terme toutes les opérations humaines quelles qu'elles soient, en envisageant non seulement les individus et les classes, mais aussi les diverses nations, comme participant, suivant un mode distinct et un degré spécial, à une grande opération commune dont le développement graduel lie les coopérateurs a la série entière de leurs prédécesseurs, et même avec leurs successeurs. C'est ce qu'on entend quand on dit que l'espèce est liée par la distribution même de ses occupations, et c'est cette distribution qui devient la cause de l'étendue et de la complication croissante de l'organisme social, dès lors susceptible d'être conçu commeembrassantrensemblede laracehuiname. Quoique l'homme ne puisse guère subsister dansunétal d'isolement, la famille peut vivre séparément, parce qu'elle peut réaliser l'ébauche de la division du travail indispensable aune satisfaction i^rossièrc de ses premiers besoins ; mais avec un tel mode d'existence le rapprochement spontané des familles est sans cesse exposé à des ruptures temporaires provoquées parles moindres incidents. C'est seulement quand la répartition ré-ulière des travaux est devenue suffisamment étendue que l'élat social commence à acquérir une consistance et une stabilité qui le mettent à l'abri du danger des divergences particulières. L'habitude d'une coopération partielle est propre à inspirer dans chaque famille, le sentiment de sonétrmte dépendance envers toutes les autres, en même temps quecelui de sa propre importance, chacune étant alors justifiée à se considérer comme remplissant une véritable fonction publique
plus OU moins indispensable à l'économie générale, maisinséparabiedu système total. Ainsi envisagée,rorganisation sociale tend de plus en plus ii reposer sur une exacte appréciation des diversités individuelles, en réparlissant les travaux de manière à appliquer chacun à la destination qu'il peut le mieux remplir, non seulement d'après sa nature propre, le plus souvent trop peu prononcée, mais aussi d'après son éducation et sa position, et, en un mot, suivant l'ensemble de ses aptitudes ; en sorte que toutes les organisations individuelles,même les plus vicieuses et les plus imparfaites, sauf les seuls cas de monstruosité prononcée, soient finalement utilisées pour le bien commun. Tel est, du moins, le type social que nous concevons comme la limite de l'ordre social effeclit, et dont nous pouvons nous rapprocher toujours sans y parvenir jamais. C'est en réalité la reproduction, sur une bien plus grande échelle, de Torganisme domestique, avec moins de pouvoir, à raison de son étendue, de fixer une destination convenable à chaque membre ; de manière que la discipline sociale doit toujours être plus artificielle, etconséquemment plus imparfaite que la discipline domestique,dont la nature a fait d'avance tous les frais.
Les nécessités de cette coopération et de cette distribution d'offices spéciaux occasionne des inconvénients qu'il importe de signaler, car c'est dans leur examen que nous trouvons le germe scientifique de la relation qui existe entre l'idée de société et celle de gouvernement.
Quelques économistes ontindiqué,maisd'une manière insuffisante, les maux d'une division exagérée du travail matériel, et j'ai caractérisé, dans le cas bien plus important de l'ensemble du travail scientifique, les fâcheuses conséquences de l'esprit de spécialité qui domine aujourd'hui. Il convient d'apprécier directement le principe d'une telle influence, afin de comprendre l'objet du système spontané des moyens indispensables de préservation continue de la société. Toute décomposition détermine une dispersion, et la distribution des travaux humains donne lieu à des divergences individuelles, soit intellectuelles, soit morales, qui exigent une discipline permanente propre à les contenir, bi, d'un côté, la séparation des fonctions sociales développe un heureux esprit de détail, elle
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tend, (l'un aulrecôlé, à étouffer ou à entraver l'esprit d'ensemble. Pareillement, sous le point de vue moral, en même temps que chacun est placé sous une étroite dépendance envers la masse, il en est détourné par l'essor de son activité spéciale, qui le rappelle constamment à son intérêt privé, dont il n'aporçoit que trèsvaguement la relation avecTinlérêt public. A l'un et à l'autre titre, les inconvénients de la spécialisation augmentent avec ses avantages caractéristiques, sans que ce soil, d'ailleurs, dans le même rapport, pendant le cours de révolution sociale. La spécialité croissante des idées habituelles et des relations journalières doit tondre à rétrécir de plus en plus rintelligence, quoique en l'aiguisant sans cesse en un sens unique, et à isoler toujours davantage l'intérêt privé de l'intérùt public, devenu de plus en i»liis vague et indirect ; en même temps que. d'ailleurs, les affections sociales, graduellement concentréeschezles individus demêmepi'ofession,devien-
nentdeplus en plus étrangères k touteslesaulres classes, faute d'une suffisante analogie de mœurs et de pensées. C'est ainsi que le piincipequiaseulpermisledéveloppementet l'extension de la société menace, sous un autre aspect, de la décomposer en une multitude de corporations incohérentes,qui semblent presque ne point appartenir à la même espèce, et c'est aussi par là que l'essor graduel de l'habileté humaine paraît destiné à produire ces esprits, très capables sous un rapport unique, et monstrueusement inepte sous tous les autres, trop communs aujourd'hui chez les peuples les plus civilisés, où ils excitent railmiration universelle. Si l'on a souvent justement déploré, dans l'ordre matériel, l'ouvrier exclusivement occupé pendant sa vie entière à la labricalion de manches de couteaux ou de têtes d'épingles, on ne doit pas moins regretter, dans l'ordre intellectuel, l'emploi exclusif d'un cerveau humain à la résolution de quelques équations ou au classement de quelques insectes. L'effet moral est malheureusement analogue dans les deux cas : il règne une indifférence désastreuse pour le cours général des affaires humaines, tant qu'il y a des équations à résoudre et des épingles à fabriquer. C'est un cas extrême de l'automatisme humain ; mais sa réalisation,déjàtrop fréquente et toujours de plus en plus imminente, donne une importance scienlilique réelle à son appréciation, comme propre à carac-
STATIQUE SOCIALE. Igl
lériser la tendance générale et à manifester la nécessité de sa répression. Ainsi, il me paraît que la destination sociale du gouvernement est de contenir et de prévenir la dispersion fondamentale des idées, des sentiments et des intérêts, résultant du principe même du développement humain, et qui, livrée à elle-même, finirait par arrêter la progression sociale sous tous les rapports importants.
Une telle conception constitue, à mes yeux, la base de la théorie élémentaire et abstraite du gouvernement, envisagée dans son entière extension scientifique, c'est-à-dire comme caractérisée par l'universelle réaction nécessaire,d abord spontanée, et ensuite régularisée, de l'ensemble sur les parties 11 est clair que le seul moyen de prévenir une telle dispersion consiste à ériger cette réaction en une nouvelle fonction spéciale, qui interviendra dans l'accomplissement de toutes les diverses fonctions de l'économie sociale, pour rappeler la pensee de l'ensemble et le sentiment de la solidarité commune avec d'autant plus d'énergie que faclivité individuelle tend à les effacer davantage. Sans* effectuer elle-même aucun pro-rès social déterminé, elle doit contribuer à tous ceux que Jasoc'iété exécute sous un aspect quelconque, et qui ne sauraient avoir heu sans son intervention protectrice continue. La nature même de son action indique qu'elle ne doit pas être simplement matérielle, mais aussi et surtout intellectuelle et morale de manière à montrer la double nécessité de ce qu'on nomme le gouvernement temporel et le gouvernement spirituel, dont la rationnelle subordination a été la plus haute amélioration qui ait pu jusqu'ici être réalisée dans l'organisation sociale sous l'heureuse influence du catholicisme prépondérant Enfin cette fonction régulatrice, bien loin de devoir décroître à mesure que l'évolution humaine s'accomplit, deviendra de plus en plus indispensable, puisque son principe est inséparable de celui même du développement. C'est donc la prédominance habituelle de l'esprit d'ensemble qui constitue le gouvernement, sous quelque aspect qu'on l'envisage. 11 faut^expliquer maintenant comment se produit une telle action, indépendamment de toute con.binaison syslémalique,dans le cours naturel de l'économie sociale.
Si la tendance dispersive résultant de la répartition des v'>r.. ri. ji
fonctions se propage graduellement, il est évident que Finfluence destinée à la neutraliser est susceptible aussi d'un accroissement proportionnel. En effet, la répartition des travaux humains établit une subordination élémentaire toujours croissante, qui tend à faire naître le gouvernement au sein de la société elle-même, comme le montrerait aisément l'analyse de chaque subdivision un peu prononcée qui vient à s'introduire dans un travail quelconque. Une telle subordination est non seulement matérielle, mais encore davantage intelb'Cluelle et morale, c'est-à-dire qu'elle exige, oulre la soumission pratique, un degré correspondant de confiance réelle, soit dans la capacité, soit dans la probité des organes spéciaux auxquels est confiée une fonction jusqu'alors universelle. Chacun de nous fait reposer le maintien de sa propre vie sur l'aplilude et la moralité d'une foule d'agents presque inconnus, dont l'inepiie ou la perversité pourrait affecter la prospérité d'un grand nombre d'êtres humains. Cette condition appartient à tous les modes de l'existence sociale. Si elle est surtout attribuée aux sociétés industrielles, c'est uniquement parce qu'elle y doit être plus prononcée k raison d'une spécialisation plus intime, mais on la retrouve certainement dans les sociétés purement militaires, comme le montre clairement l'analyse statique d'une armée, d'un vaisseau, ou de toute autre corporation active.
L'exacte appréciation de celte subordination élémentaire en dévoile la loi. Elle me parait consister en ce que les diverses opérations particulières se placent sous la direction de celles qui leur sont supérieures en généralité. On peut s'en convaincre facilement en analysant chaque occupation spéciale au moment où elle prend un caractère distinct, puisque l'opération ainsi séparée est nécessairement plus spéciale que la fonction d'où elle émane et à laquelle son propre accomplissement doit être subordonné. J'aurai, dans la suite, l'occasion de vérifier cette loi à l'égard de la vie industrielle des sociélés modernes. Quant aux associations militaires, leur régularité rend manifeste une telle loi. qui, une fois admise,dévoiIe la liaison spontanée de la subordination élémentaire avec la subordination politique proprement dite, qui est la base du gouvernement et le dernier degré d'une hiérarchie constituée
d'après la prépondérance des classes les plus générales de phénomènes envers les plus spéciales. Car, puisque les diverses fonctions particulières de l'économie sociale sont naturellement engagées dans des relationsd'une généralité croissante, toutes doivent tendre à s'assujettir finalement à la direction émanée de la fonction la plus générale du système entier, caractérisée, comme nous l'avons vu, par l'action constante de Fensemble sur les parties. D'un autre côté, les organes de cette action régulatrice doivent être puissamment secondés par remourageinent que procure aux inégalités intellectuelles et morales^a répartition des travaux humains, fl est clair que tant que les hommes étaient obligés de toutfaire pareux-mêmes, ils devaient se consacrer exclusivement à la vie domestique et employer toute leur activité à la satisfaction des besoins de la famille. Quoique les différences individuelles bien marquées se fassent toujours sentir dans un état social quelconque, la division du travail et le loisir qu'elle procure ont été indispensables au développement prononcé des supériorités intellectuelles sur lesquelles repose nécessairement tout ascendant politique. Il faut d'ailleurs noter que les travaux intellectuels sont loin de comporter une subdivision aussi détaillée que les travaux matériels, en sorte que les fonctions intellectuelles doivent être moins affectées que les fonctions industrielles par la tendance dispersive d'une telle division. On connait la propriété de la civilisation de développer les inégalités morales et encore plus les inégalités intellectuelles : mais il importe de ne pas oublier que les forces morales et intellectuelles ne sauraient comporter, comme les forces physiques, une véritable accumulation ou composition totale; aussi,quoique éminemment susceptibles du concours social, qu'elles seules peuvent organiser, elles se prêtent beaucoup moins à la coopération directe. Une coalition suffisante des moindres individualités peut aisément l'emporter en vigueur physique,ou même en richesse, sur un individu ou sur une famille, malgré leur supériorité propre ; en sorte que, par exemple, la plus immense fortune particulière ne peut entrer en concurrence avec la puissance financière d'une nation, dont le trésor n'est formé cependant que d'une multitude de petites cotisations. Au contraire, si l'entreprise dépend d'une haute valeur intellectuelle, comme
dans le cas d'une grande conception scientifique ou poétique, il n'y aura pas d'association d'esprits ordinaires, pour si vaste qu'on la suppose, qui puisse lutter avec un Descartes ou un Shakespeare. Il en est de même sous le rapport moral : lorsque par exemple, la société a besoin du secours d un grand dévouement, elle ne peut parvenir à le composer par 1 accuroulation de zèles médiocres très multipliés. Le seul usage de la multitude en un toi cas consiste en ce qu'elle augmente les chances de trouver l'organe nniqne de la fonction proposée, et cet aqent une fois trouvé, le nombre des individus, aussi considérable qu'il soit, ne saurait contrebalancer sa prépondérance. C'est à raison de ce privilège que les forces intellectuelles et morales tendent de plus en plus à dominer le monde social, depuis qu'une convenable répartition des travaux a permis leur développement propre.
Telle est donc la tendance de toute société humaine a un ..ouvernement spontané. Cetlo tendance est en harmonie avec un svstème correspondant de penchants individuels, les uns vers ïe commandement, les autres vers l'obéissance. Nous ne devons pas, relativement aux premiers, confondre le desir de commander avec l'aptitude à le f .ire, quoique le désir soit un élément de l'aptitude; et, d'un autre côté, il y a dans la plupart des hommes un penchant beaucoup plus grand a I obéissance qu'on ne le suppose aujourd'hui. Si les hommes étaient aussi indisciplinables qu'on nous les représente, il serait dillicile de comprendre comment ils auraient pu jamais être disciplinés- et il est certain que nous sommes tous plus ou moins enclins à respecter une supériorité quelconque, surtout intellectuelle ou morale, chez nos semblables, indépendamment de tout désir personnel de la voir s'exercer à notre avantage : cet instinct de soumission n'est même, enréalité,que trop souvent prodigué à des apparences trompeuses. Quelque excessive que soit, h notre époque révolutionnaire, la soif du commandement, il n'est personne qui, dans son for intérieur, n'ait souvent senti, plus ou moins vivement, combien il est doux d'obéir lorsqu'on peut réaliser le raie bonheur de déposer, dans les mains de guides sages et dignes, la lourde responsabilité de sa conduite générale. Au milieu des convulsions politiques, quand l'économie sociale semble menacée d'une prochaine
dissolution, la masse du peuple manifeste une obéissance scrupuleuse envers les supériorités intellectuelles et morales donl elle accepte la direction, et donl elle a même souvent sollicité la domination temporaire, éprouvant alors par-dessus tout Turgent besoin d'une autorité prépondérante. Ainsi, les dispositions individuelles se montrent en harmonie avec le cours de l'ensemble des relations sociales pour établir que la subordination est, en général, aussi inévitable qu'indispensable, ce qui complète l'ébauche élémentaire de la statique sociale.
Mon esquisse a peut-être été tellement abstraite et condensée, que les conceptions de ce chapitre peuvent sembler obscures, mais la lumière se fera de plus en plus à mesure que nous avancerons. Cependant on peut déjà sentir l'avantage pratique qui résulte de l'évolution scientifique des relations humaines. La vie individuelle réglée par les instincts personnels; la vie domestique par les instincts sympathiques; et la vie sociale par le développement des influences intellectuelles, préparent les étals ultérieurs de l'existence humaine; et il en résulte : d'abord, la morale personnelle qui assujettit la conservation de l'individu à une sage discipline; ensuite, la morale domestique qui subordonne Tégoïsme à la sympathie ; et, finalement, la morale sociale, qui dirige toutes les tendances individuelles par les indications lumineuses de la raison, toujours préoccupée de la considération de l'économie générale, de manière à faire concourir au but commun toutes les facultés de notre nature, selon les lois qui leur sont propres.
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