‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 10 sur 345 · Jbid., § i5-§ 20, p. i3-i · texte numérisé non relu

Jbid., § i5-§ 20, p. i3-i

Delbos. a

L\ rillLOSOriIlE PRATIQUE DE K ANT

LES a>teci:dents : pietisme et rationalisme

lionne et ce qui pcilcctionnc ton état ; évite ce qui te rend plus imparfait, toi ainsi que ton état ' . En mènuMcmpsqu 1 emprunte îi Leibniz ce concept de perfection, ANoff relient des diverses définitions quen avait données Leil)niz surtout celle qui ne comportait quune détermination lormclie, à savoir raccord ou l'ordre dans la diversité. A celte sorte d'identité logique il ramène volontiers toute la finalité de l'action bonne. La conduite de Ihomme, dit-il, résulte de divers actes : lorsque ces actes sont d'accord de telle sorte que tous ensembles sont fondés dans un dessein unique, alors l'homme est parfait, de même que lliorloge est parlaite quand tontes les pièces s'en accordent pour cette fin, qui est d'indiquer l'heure. La conduite parfaite, c est donc a conduite conséquente avec elle-même. Quand on jouit de la considération pubHque et que l'on accomplit une action louable, on obtient par là une considération plus grande, et ain4 l'état nouveau s'accorde pleinement avec 1 état antérieur Quand on est riche et que l'on fait de folles dépenses, on devient plus pauvre, et ainsi l'état dans lequel on se met est en désaccord avec l'état dans lequel on se trouvait" Wolff reprend donc, mais en la dépouillant de sa sic^nification spéculative, l'idée intellectualiste selon laquelle la bonne conduite est seule capable de soutenir jusqu'au bout ses principes dans le inonde sans se contredire. Il ne remédie aux inconvénients de son formalisme trop extérieur et trop indéterminé que quand il fait rentrer sous la loi de la perfection le développement des facultés proprement humaines. L'homme, dit-il, par exemple, a une aptitude naturelle î. connaître la vérité ; plus il connaît effectivement la vérité, plus il devient apte à la connaître. Aussi l'état de l'ime qui, grâce à ses multiples ellorts, se maintient dans la connaissance de la vérité est en accord avec son état naturel et ne lui est nullement con-

traire. Au fond, ce qui constitue notre perfection, c'est ce qui est conforme à notre nature. Par là s'introduit l'eudémonisme de Wolll. Du moment que le plaisir n'est pas autre chose que la conscience d'une perfection, le plaisir durable, ou le bonheur, est assuré à quiconque s'élève constamment d'une perfection à une autre, à quiconque dans sa conduite suit la loi véritable de sa nature. En ce sens la poursuite du bonheur peut être regardée comme le mobile universel vers la vertu. Mais comme aussi personne ne peut travailler h son bonheur et à sa perfection sans le secours d'autrui, chacun doit concourir aux fins analogues de son semblable'. Ainsi l'idée d'obligation trouve chez WolfT un contenu matériel dans les lois de la nature humaine comme dans les nécessités naturelles qui lient les liommes entre eux. Elle suppose donc pour être bien entendue et bien pratiquée l'exacte connaissance de ces lois et de ces nécessités. La valeur de notre action se mesure à la clarté et à la distinction de nos idées. Bien que Wolfï* commence par mettre à part la faculté de connaître et la faculté de désirer, par suite la métaphysique et la philosophie pratique, c'est en somme la fonction théorique de l'esprit qui, selon lui, détermine et garantit le progrès de la faculté de désirer. Tout désir a dans la connaissance dune perfection sa cause nécessaire et suffisante. Si cette connaissance est obscure ou confuse, elle peut nous tromper sur l'objet qu'elle nous représente et induire notre activité en de fausses et mauvaises démarches ; si cette connaissance est claire et distincte, elle nous assure de la valeur et de l'elficacité de son objet, alors le désir est vraiment volonté. Il y a donc une faculté de désirer inférieure et une faculté de désirer supérieure. Mais l'une et l'autre obéissent toujours à cette loi, que nous ne tendons qu'à ce qui nous est représenté comme un bien. Aussi toute liberté d'indifférence est-elle

l: /tlf/:: 1 ' 'V'.S.V-p. '.-5. ... - a. Baumgarte... .Uetapinsica, § gi 6-" éd., 17O8, p. 26.

T. PhiJosophia practica universalis methodo scientifica pertractata, 2C éd., 1744, § 22i-§ 223, p. 17G-178.

20 LA riui-osoriiiE prvtiqve de kant

exclue ■ il n'y a pas (l'acte (jui n'ait sa raison : la liberté véritable, c'est 'à son degré le plus élevé, le désir résultant de la connaissance rationnelle, ce ([u'on peut appeler la vo ontc pure ' Auxluinièresdc l'intelligence notre volonté doit d être bonne, comme notre conscience d'être droite. « Le moyen de décider si notre conscience est droite ou non, c est la démonstration ^ » Le jugement de la conscience ne peut être fondé en raison ([ue par l'intermédiaire du savoir. La science morale détermine la moralité.

Les formules et les définitions de ce dogmatisme rationaliste introduisirent dans la philosophie pratique, à côté de distinctions laborieusement subtiles et vaines, quelques distinctions pénétrantes et fécondes. Telle fut surtout la distinction de la morale et du droit naturel, partant de la moralité et de la légalité, qui, indiquée chez \\ollT, mais imparfaitement, fut reprise avec plus de précision par lîaumaarten. En tout cas. ce rigorisme logique qui poursuivait autant que possible dans le détail la déduction des devoirs eut pour elfet le plus apparent à cette époque un certain rigorisme moral. Il était sans doute trop dépourvu de hautes inlpiralioiis spéculatives pour empêcher de se développer en lui-même cette téléologie superficielle qui tournait aisément à l'utilitarisme pratique : il avait du moins le mérite de maintenir contre lindulgence extrême des mœurs du temps les significations élevées de l'individuahsme et de l'eudé-

monisme. -!«»'•

Mais l'essentielle nouveauté de l'œuvre de Wolfl était dans la eonslitution complète et méthodique d une doctrine ne relevant que de la raison et pouvant sullirc à la conduite de la vie; et ce fut cette nouveauté qui ne pouvait manquer de paraître subversive. A Halle, où \\ oliï avait été appelé dès 170G comme professeur, grâce à la protection de Leibniz, il ne tarda pas à attirer un nombre considérable d'étu-

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