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LA PIUI.OSOPIUE DE L lUSTOUlE
Voilà comment Kant repoussait en principe cette conception d'origine leibnizienne d'après laquelle les oppositions spécifiques du bien et du mal comme du vrai et du faux se résolvent en des différences de moments et de degrés; il devait donc être prêt à repousser la philosophie de l'histoire qui, suivant cette conception, ne verrait dans la civilisation et la culture humaines que des effets graduellement apparus de l'évolution de la nature, qui par là se montrerait impuissante à discerner les caractères et les lins propres du développement de l'humanité. Cette philosophie de l'histoire, il eut l'occasion de la combattre chez celui qui devait eu être le plus brillant interprèle, chez son ancien élève, llerder, au temps juste où lui-même venait d'en présenter sommairement une autre, conibrme à l'esprit de sa doctrine. Coïncidence avantageuse pour l'intelligence de l'opposition qu'il y avait entre le leibnizianisme renaissant sous une forme nouvelle et la pensée criticiste travaillant à étabhr les principes d'une philosophie pratique.
Le concept constitutif de la philosophie de l'histoire est en effet pour Kant le concept de lahberté. Autrementdit, la réahsation pratique delà liberté doit être considérée comme la lâche poursuivie par l'humanité dans son développement historique. Cependant n'est-il pas, selon le kantisme, de l'essence de la hberté d'être, non un effet qui se produit dans le temps et sous l'empire de circonstances empiriques, mais une cause supra-sensible qui se détermine hors du temps .^ Sans doute ; et cette notion de la liberté, telle que l'a exposée la Critique, subsiste ; mais, ainsi que nous l'avons dit, la Critique laisse mal défini le rapport de la hberté comme cause à l'impératif comme loi. 11 semble que Kant ait été conduit à fier intrinsèquement la liberté et la loi dans un système de morale, précisément par la représentation qu'il s'est faite de la liberté comme fin idéalement nécessaire et
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consciencedu devoir. KanI cependant la traite comme une idée, non plus comme un lait d'expérience psychologique. (( Le concept praticpie delà liberté n'a dans le fait rien du tout à discuter avec le concept spéculatif, qui reste pleinement livré à la métaphysique. Car d'où m'est venu originairement l'état dans le([uel aujourd'hui je dois agir, c'est ce qui peut m'étre tout à fait indifférent ; la seule question que je me pose, c'est de savoir ce que pour le moment j'ai à faire : et ainsi la liberté est une supposition pratique nécessaire, et une idée sous laquelle seule je peux considérer les commandements de la raison comme valables. Même le plus obstiné scepti(pie convient que lorscpi'il est question d'agir, toutes lesdillicultés sophisticpics touchant une apparence universellement trompeuse doivent s'évanouir. Pareillement, le fataliste le plus résolu, celui (pii Test tout le temps qu'il se livre à la pure spéculation, doit cependant, dès qu'il y a matière pour lui à sagesse et à devoir, agir toujours comme sll étuif llhre. — et cette idée produit en réalité l'action qui y correspond, et elle est seule aussi à pouvoir la produire'.» Même ce qui fait qu'il y a une vérité, indépendante des façons de voir momentanées, fait aussi qu'il V a une liberté : véritéet Uberté sont également garan ties par cette raison, dont l'auteur est le premier à se réclamer, a Sans vouloir se l'avouer à lui-même, l'auteur a supposé dans le fond de son ame que l'entendement a la faculté de déterminer son jugement d'après des principes objectifs qui sont valables en tout temps, et qu'il n'est pas soumisau mécanisme des causes qui ne déterminent que subjectivement, et qui peuvent se modifier par la suite : il admettait donc la liberté dans la pensée, sans laquelle il n'y a pas de raison. Il doit semblablement supposer une liberté du vouloir dans l'action, sans laipielle il n'y a pas de moralité". »