‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 152 sur 345 · IVerke, I\, p. 4i · texte numérisé non relu

IVerke, I\, p. 4i

— V. c'galcmonl IX, [>. 2<î sq. ; VI, p. 383

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considérant en gros le jeu de la liberté de la volonté humame, elle puisse en découvrir une marche réguhère, et que, de la sorte, ce qui dans les sujets individuels frappe les yeux par sa confusion et son irrégularité, dans l'ensemble de l'espèce puisse être connu comme un développement continu, quoique lent, des dispositions originelles. Amsi, les mariages, les naissances qui en résultent, et la mort, en raison de la si grande influence qu'a sur ces phénomènes la libre volonté des hommes, paraissent n'être soumis à aucune règle qui permette d'en déterminer d'avance le nombre par un calcul : et cependant les tables annuelles qu'on en dresse dans les grands pays démontrent qu'ils se produisent d'après des lois naturelles constantes, aussi bien que ces incessantes modifications de l'atmosphère, dont aucune ne peut être prévue en particulier, mais qui dans l'ensemble ne manquent pas à assurer dans un train uniforme et ininterrompu la croissance des plantes, le cours des fleuves et tout le reste de l'économie naturelle. Les individus humains et mcmie les peuples entiers ne s'imaginent guère qu'en poursuivant, chacun selon sa façon devoir et souvent l'un contre l'autre, sa fin propre, ds vont à leur insu dans le sens d'un dessein de la nature, inconnu d'eux-mêmes, qui est comme leur fil conducteur, et qu'ils travaillent à l'exécuter, alors (jue s'ils le connaissaient, ils n'en auraient qu'un médiocre souci. Comme les hommes dans leurs efforts n'agissent pas dans l'ensem- Wc en vertu du seul instinct, tels que les animaux, qu'ils n'agissent pas davantage selon un plan concerté, tels que des citoyens raisonnables du monde, il ne semble pas qu'ils aient une histoire régulièrement ordonnée, comme celle, par exemple, des abeilles et des castors... Il n'y a ici pour le philosophe d'autre ressource que celle-ci : puisqu'il ne peut pas supposer en somme chez les hommes et dans le jeu de leur activité le moindre dessein raisonnable qui leur ^oïl propre, c'est de rechercher si dans cette marche absurde des choses humaines il ne pourrait pas découvrir un dessein

Dei.bos. o

t.V PllllOSOrlIlF. PIIVTIQIF. DE KVNT

de la nature : d'où résulteiail pour des crcalures qui agissent sans plan à elles lapossibilitcdune hisloiie qui serait cependant conforme à un plan dclerininé de la nature. Nous allons voir si nous pouvons réussira trouver un lil conducteur pour une telle histoire, laissant à la nature le soin de produire ll.omme qui soit à môme de la comprendre selon cette idée. C'est ainsi qu'elle produisit un Kepler, qm soumit d'une lacon inattendue les orbites excentriques des planètes à des lois déterminées, et un Newton, qui expliqua ces lois par une cause générale de la nature'. » ,. , ,

L application de la raison à lliistoiie est tout d abord liée à laffirmation de la finalité. Toutes les dispositions naturelles d'une créature sont déterminées de façon à arriver un jour à un développement complet et conforme à leur but. S'il élail possible d'admettre un organe sans usa-e, une tendance manquant sa lin, la doctrine léléolo- .^ique de la nature se trouverait contredite: pour un jeu îans dessein, il ne pourrait y avoir d'explication ; il ny aurait plus que le hasard « désolant». Mais chez 1 homme toutes les dispositions naturelles ont pour but l usage delà raison : d'où il suit que le développement de ces dispositions ne peut se produire chez lui comme chez les autres êtres vivants. En effet, la raison est la faculté de dépasser les limites de l'instinct naturel : elle ne peut pas être bornée par avance dans son extension : au lieu de s'exercer avec une sûreté cl une précision immédiates, elle doit tâtonner, s'instruire, se créer des ressources, conquérir lentement sa clairvoyance ; dès lors, pour qu'elle arrive h la plénitude de son développement et de sa fonction, la vie de l individu apparaît iuiiniment trop courte ; il faut (juc son progrès se poursuive à travers des séries innombrables de générations, capables de se transmettre de l'une à l'autre leurs lu-

. IV D i'i3-iV.. — Lorsque Kanl parle ici dun dessein ou dune loi de la nature V i traduit souvent aussi par la sagesse de la I>rov,dence, .In a pas dans IWr t la nature telle quelle est comprise par les eatégor.es, ma,s pour ainsi dire ia nature en Idées - Tordre des choses selon la ra.son. non selon reiiUntleineiit.

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mières ' . A l'espèce seule sont réservés les pouvoirs et les moyens de faire épanouir les germes originairement déposés en l'homme : l'espèce seule peut et doit assurer l'avènement définitif de la raison. « Autrement les dispositions naturelles devraient être considérées pour une grande part comme vaines et sans but; ce qui détruirait tous les principes pratiques et ce qui par là rendrait suspecte d'un jeu puéril en l'homme seul la nature, dont la sagesse doit servir de principe au jugement de tout le reste de l'économie ^ » D'autre part, en dotant Ihomme de la raison et de la liberté, la nature s'est dispensée de pourvoir à tout ce que la raison et la Hberté sont en état de procurer; mesurant ses dons aux stricts besoins d'une existence commençante, elle ne s'est pas préoccupée de rendre l'homme heureux et parfait ; elle a voulu que l'art d'organiser sa vie et de remplir sa destinée lui fût activement confié, et que sa perfection fût son œuvre comme son bonheur. Elle lui a laissé le mérite en même temps que l'obhgation de l'elTort souvent pénible qui devait l'élever d'une grossièreté extrême à la plus industrieuse habileté ; elle s'est souciée, non qu'il eût une vie aisée et contente, mais qu'il pût s'en rendre digne, elle a voulu qu'il pût conquérir moins des jouissances qu'une estime de lui-même fondée sur la raison \

Pour le forcer à développer ses dispositions en se sens, elle use d'un moyen détourné, mais sûr; elle stimule ces deux penchants contradictoires qu'd y a en lui, et dont l'un le porte à se réunir en société avec ses semblables, dont

I. IV, p. 1 44-1 45. — Cependant pour Kant les exigences de la finalité, en réservant à l'espèce le pouvoir de développer sur terre les facultés humaines, ne laissent pas de s'appliquer à l'individu; alors, elles obligent de conclure, selon un argument que Kant a souvent evposé, à la continuation de son existence dans une autre vie. — V. Benno Erdmann, Reflexionen Kants, I, no G8o, p. 2i5. « La disproportion entre nos dispositions naturelles et leur développement en chaque indnùdu fournit le principe de la foi en l'immortalité ». Ainsi le même argument sert à justifier la conception transcendante de 1 mimortalité personnelle et la conception quasi-positiviste de l'immortalité de l'espèce.

a. IV, p. i45.

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