‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 164 sur 345 · Q0 Ï'V PHILOSOPHIE PIWTIQIE DE KANT · texte numérisé non relu

Q0 Ï'V PHILOSOPHIE PIWTIQIE DE KANT

nilé. Mais chez Kant la raison traverse l'histoire en faculté mihtante qui doit conquérir l'empire sur la nature sensible et qui ne le conquiert qu'en mettant cette nature en opposition avec elle-même : l'humanité n'accomplit son œuvre et ne se réahse comme telle que sous une disciphne : elle passe seulement de la discipline qu'elle subit à la disciphne qu'elle se donne, et dont l'expression suprême est un ordre juridique universel, efl'et et condition de sa hbcrté. Pour Herder, la raison sort d'elle-même de la nature, et tout le développement de la nature tend à la raison : la concurrence et la lutte sont des accidents extérieurs et momentanés : l'humanité révèle progressivement ses puissances en accord, et si elle ne peut être libre que par relation à un ordre, c'est à l'ordre harmonieux de l'univers, non à l'ordre restrictif de la contrainte légale : elle se reconnaît mieux dans un large sentiment d'équité que dans la pratique de la stricte

justice. Deux esprits et deux manières complètement

disparates, dont le hégélianisme opérera la fusion '.

1\ PIULOSOPIIIE DE l'iiTSTOIRE

Peu après la publication delà GrwnUerjung:urMetaphysil: der Sitleii, kant revint à la pliilosophie de Ihistoire pour compléter sommairement l'esquisse qu'il avait tracée. 11

, \ Havm. Herder. II. i885, p. aCo. — On trouve chez Wundt (Lv'ik, 11. a, i- éd.. 1890. |). 422/135) un parallèle entre ces deui conceptions de la pliilosophie ilè l'histoire. Les idées générales de A\ undl en particulier son i.lée de la lo//.ssce/e. devaient assez naturellement 1 incliner a une préférence pour Herder. liien que llerd.r ait abusé dos analogies spécieuses et des combinaisons de concepts logiquement insoutenables, bien (pi il ail trop concédé à la loi en des fins transcendantes, il a eu le luérilc d'avoir le premier une conception génétique de l'histoire, de n'avoir fait entrer en ligne de compte que des forces immanentes à riiumanilé, et d'avoir assigné comme lin •3 l'évolution humaine le développement du contenu tout entier des puissances de l'esprit Kant avait beau jeu pour signaler les faiblesses de Herder ; mais sa propre conception est tout à fait partielle et exclusive : au lieu de considérer la culture humaine dans son ensemble, elle la subordonne à un idéal politique, et à un idéal politique purement imlividualistc, malgré les aiiparences : car la société n'est pour Kant. comme pour Rousseau, que l'œuvre des libertés qui se reconnaissent et se limitent réciproquement.

appliquait au problème des origines les conceptions mêmes qu il avait appliquées au problème de la fin de l'histoire Seulement, remarquait-il, si, pour déterminer la fin de l'histoire, il est possible et indispensable de s'appuver sur les documents et sur les faits, il n'en est pas de mèmJ quand il s'agit d'en déterminer les origines. A défaut d'un récit exact, que peut-on .'' O.ser des conjectures qui vaudront surtout si elles se donnent comme telles, et si elles se développent en suivant le fil conducteur de la raison unie ù l'expérience. I.es Conjectures sur le commencemenl de l'histoire de niumaiiilé' sont une inlerprélalion de la Genèse suggérée peut-être par celle que Herder avaitprésentée dans le X' livre de ses Idées cl écrite certaincmentpour s'opposer à clic. Elles tentent dexphquer rationnellement ce moment de crise radicale où l'homme a rompu avec la nature et inauguré son histoire. Sans prendre Ibommc au degré le plus rudimentaire où l'on peut le supposer, on peut°se le représenter d abord comme capable de se tenir debout, de marcher, de parler, et, dans une certaine mesure, de penser mais encore guidé dans l'exercice de ces diverses opérations par le seul instinct. Ilobéit alors à la voix de la nature ci il s en trouve bien. Mais la force secrète de sa raison I agite, et 1 incline à rechercher pour la satisfaction de ses penchants d autres objets que ceux que lui avaient indiqués SCS besoins. Ainsi se produisit la tentation, d'où résulta la chute. Car la raison ne peut intervenir dans la satisfaction des instincts qu'en les contrariant : excitée par l'imagination, elle crée des désirs artificiels, d'autant plus impérieux, qu'ils détournent vers des objets infiniment variés et accrus l'impulsion des objets naturels. Ainsi lliomme a voulu ciioisir sa nouniture, au lieu de s'en tenir à la règle inslmctive qui lui permettait certains aliments et lui en niterdisait d'autres. Ainsi il a soustrait l'appétit sexuel à sa loi première de périodicité et d'uniformité, en apprenant à

I. ^^^liihmasslicher Anfangder Menschengeschichte, 1786, IV,p. 3io-33G.

i.,v pim.osorniE pratique de kayt

aiourneret à se faire refuser ce que son penchant réclamait ; par là d'ailleurs il reconnut indirectement la liberté réciproque des sexes; du désir physique H fut conduit a l'amour, par l'amour, de l'impression de l'agréaldeau goût de la beauté, d'abord dans l'espèce humaine, puis dans la nature ; avec le sentiment de la pudeur, il se prépara des jouissances plus libres et plus vives, en même temps qu il témoi-nait d'un empire sur lui-même et d'une déhcatesse intime qui annonçaient en lui un être fait pour la véritable vie sociale et pour la moralité. Ainsi il devint encore un être préoccupé de l'avenir, appliquant sa réflexion a le deviner et à lordormer, éclairé par sa prévoyance même sur la nécessité et lincerlilude de son eilort. n'apercevant pour terme du labeiu- auquel il est contraint et de l'inquiétude (,ui lagile que la mort, — la mort, sort commun des animaux, mais objet delVroi pour l'homme seul, qui seul la sait d'avance inévitable. Enfin, lorsqu'U s'est servi des animaux pour sa nourriture et ses besoins, il a montré par la qu'il n'était plus de leur société, qu'il élail une fin de la nature, et il a pressenti également que, dans la société nouvelle qu'il formait, aucun de ses semblables ne devait servir d'insirumcnl, el que tous devaient êlre traités comme des fins en soi. « Ainsi il était préparé de loin aux limitations que la raison devait un jour imposer à sa volonté dans son rapport avec ses semblables : préparation beaucoup plus nécessaire à l'établissement de la société que la sympathie et l'amour'. » N oilà comment s'achève lairranchissement de la raison, cpii n'est plus au service des désirs, mais qui en fondant l'égalité de tous les êtres raisonnables apparaît comme un principe par lui-même suffisant .

Vainement l'homme, au milieu des chagrins de la vie, se retourne vers le paradis perdu, c'est-à-dire vers 1 état primitif de simplicité, d'ignorance et de paix; l'inexorable

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