‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 184 sur 345 · Bemerkungen verniiacliten fnlialts (Reclam), p. i3o · texte numérisé non relu

Bemerkungen verniiacliten fnlialts (Reclam), p. i3o

ment la trace du séjour qu'il y a fait \ » On connaît surabondamment son épigramme : (( Scrupule de conscience : Je sers volontiers mes amis ; mais hélas ! je le fais avec inclination, et ainsi je me sens souvent tourmenté de la pensée, que je ne suis pas vertueux. — Décision : Il n'y a pas d'autre parti à prendre ; tu dois chercher à en faire fi et à accompUr alors avec répugnance ce que le devoir t'ordonne-. » Cependant cette répugnance, qui est présentée

1. Briefyechsel zwisc/ien Schiller and Goethe in den Jahren 1794 his i8o5, 2« éd., i856, Stuttgart et A.ugsburg, t. II, p. 166-1G7. — V. aussi la lettre du 2 août 1799. H, p. 229. — V., pour contraste, le portrait de Kant par Herder, cite plus haut, p. 48, note.

2 Ge>aisse.\'sskrupel

r.ern dicn'icli den Freunden, doch thue' ich es leider mit Neigung, Und so wurmt es mir oft, dass ich nicht tugendhaft bia.

Entscheidung Da ist kein andercr Raih, du musst suchen, sie zu verachten, Und mit Abscheu alsdaim ihun, Avie die Ptlicht dir gebeut.

Il ne faudrait pas croire du reste que sur ce sujet même il y eût entre Kant et Schiller une radicale divergence d'idées. D'une façon générale, Schiller a moins voulu tempérer, comme on le dit d'ordinaire, le rigorisme kantien, que le compléter. A maintes reprises n*ous trouvons dans ses lettres des déclarations très nettes sur la nécessité méthodique et la valeur fondamentale du rigorisme tel (jue Kant l'a conçu V. notamment la lettre à Korner du 18 février 1793, où, faisant profession de kantisme, il tient par-dessus tout à distinguer la moralité et la beauté (Op. cit., II. p. 17-24). Parmi les lettres à Gœthe, v. principalement celle du 38 octobre 179A : « La philosophie kantienne, sur les points essentiels, ne pratique aucune indulgence, et elle a un caractère trop rigoriste pour qu'il y ait avec elle des accommodements possibles. Mais cela lui fait honneur à mes yeux, car cela montre combien peu elle peut supporter l'arbitraire. Aussi une telle philosophie ne veut-elle pas non plus qu'on la paye de révérences », I, p. 25. — V. aussi la lettre du 2 mars 1798, II, p. 56-57. — Mémo dans son écrit Sur la Grâce et la Dignité, où il montre en quoi la morale kantienne ne le satisfait pas pleinement, il juge le rigorisme bien fondé en principe. Le contentement sensible, dit-il, est la justification que l'on donne d'habitude à l'action raisonnable. « Si la morale a enfin cessé de parler ce langage, c'est à l'immortel auteur de la Critique qu'on le doit ; c'est à lui (prapparliont la gloire d'avoir restauré la saine raison en l'anVanchissant de la raison philosophante... Pour être pleinement certain que l'inclination n'intervient pas dans la détermination, il vaut mieux l'apercevoir en lutte qu'en accord avec la loi de la raison ; car il peut trop aisément arriver que sa sollicitation seule lui assure sa puis'^ance sur notre volonté. Comme en efifet dans l'action morale l'essentiel est, non pas la légalité dos actes, mais uniquement la conformité des intentions à la loi, on n'attribue justement aucune valeur à cette considération, que dans le premier cas il est habituellement plus avantageux que l'inclination se trouve du côté du devoir. Une chose paraît donc bien certaine, c'est que l'assentiment de la sensibilité, même s'il ne rend pas suspecte la conformité de la volonté au devoir, n'est pourtant pas en état de

ici connue inséparable de la soumission au devoir, serait elle-même un mobile sensible; ce sont les mobiles sensibles de toute sorte que Kant a prétendu exclure de la moralité. Il n'en reste pas moins (juc, malgré cette inexacti-

la garantir... Jusqu'à présent, je crois être en parfait accord avec les rigoristes de la morale ; mais j'espère par cela même ne pas être rangé parmi les latitudinaires, ^i ces prétentions de la sensibilité, qui, dans le champ de la raison pure et pour ce qui est de la législation morale, ont été pleinement récusées, j'essaie encore de les admettre dans le champ des phénomènes et pour ce qui est de l'exécution réelle du devoir moral. » Schiller explique donc que l'homme, n'avanl pas seulement à accomplir des actions morales particulières, mais à devenir dans tout lui-même un être moral, doit travailler à unir le devoir et le plaisir, à se rendre joyeuse l'obéissance à la raison. Il ajoute : « Dans la philosophie morale de Kant, l'idée du devoir est exposée avec une dureté qui éloigne d'elle, en les ellarouchant, toutes les Grâces, et peut aisément induire une intelligence faible à chercher la perfection morale dans la voie d'un ascétisme ténébreux et monacal. » Schiller allirme encore ([ue « sur le fonds même des clioses, après les arguments apportés par Kant, il ne peut plus y avoir de discussion parmi les tètes pensantes qui veulent être convaincues ». Si une pensée essentiellement juste s'est laissé aller à des exagérations et à des impropriétés de langage, cela a tenu sans doute au temps où Kant est apparu et aux a(hersaires qu'il avait à combattre. « D'une partit devait être révolté d'un grossier niatérialisme dans les principes moraux, que l'indi^^ne complaisance des philosophes avait mis comme un oreiller sous le caractère amolli de l'époque. De l'autre, il devait a\oir son attention éveillée par un principe non moins suspect, ce principe de la perfection, qui, pour réaliser l'idée de la perfection universelle, ne se mettait guère en peine sur le choix des moyens, il se porta donc du côté où le danger était le plus clair et la réforme la plus urgente... Il n'avait pas à instruire l'ignorance, mais à rectifier l'aberration. C'était une secousse qu'il fallait pour opérer la cure, non des paroles caressantes et persuasives... Il l'ut le Dracon de .son teùips, parce qu'il ne l'estima [ù digne, ni susceptible d'avoir encore un Solon... w Sr/iill(>ts Werke (Kùrschner), XH, i Oioxberger), p. 8(j sq. — C'est à ces réllexionscl à ces réserves (pie répondit Kant dans une note de la ^'' édition de la Religion : « M. le [*'• Schiller, dans son traité écrit de main de maître sur la gntce et la annuité, désapprouve cette façon de représenter l'obligation en morale, comme impliquant en elle une disposition d'âme borme pour un chartreux : mais puisque nous sommes d'accord sur les principes importants, je ne peux même sur ce point admettre qu'il y ait entre nous dissentiment; il s'agit seulement de nous bien entendre l'un l'autre. — Je l'axone volontiers : au concept du devoir, en raison précisément de sa dignité, je ne peux ajouter aucune grâce. Car ce concept enferme une contrainte inconditionnée, avec laquelle la grâce est en o|.position directe. La majesté de la loi (comme celle du Sinaï) inspire une vénération (non la crainte qui repousse, ni non plus l'attrait qui engage à la familiarité): |)ar où est éveillé un respect (|ui est comme celui du serviteur envers son maître, mais celui-ci dans le cas présent étant en nous-mêmes, un sentiment d^ la sublimité de notre destination propre, lequel nous ravit plus que toute beauté. — Mais la vertu, c'est à-dire l'intention solidement établie de remplir exactement son devoir, est bienfaisante encore dans ses conséquences, au delà de tout ce que peut produire dans le monde

FONDEMENTS DE LA METVPHYSTOIE DES MŒJRS

tude, l'épigramme de Schiller a été la citation favorite de tous ceux qui ont combattu le rigorisme kantien*.

Kant d'ailleurs est en effet « rigoriste » : il ne faut pas essayer de lui épargner un qualificatif qu'il considérait

la nature ou l'art ; et l'image splendide de l'humanité, exposée sous cette forme-là, permet fort bien l'accompagnement des grâces, de ces grâces qui, quand il ne s'agit encore que du devoir, se tiennent à une distance respectueuse. Mais si l'on prend garde à la gracieuseté des effets que la vertu, si elle trouvait accès partout, propagerait dans le monde, alors la raison moralement dirigée met la sensibilité enjeu, au moyen de l'imagination... — Demandet-on maintenant de quelle espèce est le caractère esthétique et pour ainsi dire le tempérament de la \'ertu, s'il est fier, par suite f creux, ou bien anxieusement déprimé et abattu : il est à peine nécessaire de répondre. Cette dernière disposition de l'âme, disposition servile, ne peut jamais exister sans une haine cachée de la loi, et le cœur joyeux dans Vaccomplissement de son devoir (non la façon de le reconnaître selon son gré) est une marque de la sincérité de l'intention vertueuse », \I, p. 117-118, note. Y. plus abondamment développées les réilexions dont est sortie cette note : La se BUitter, C i, I, p. 132- 128. « Des personnes, y remarque Kant, qui sont aussi pleinement d'accord que possible sur le fond des choses, en viennent souvent à se contredire, parce qu'elles ne s'entendent pas sur les mots » p. 126. En dehors des passages que nous avons déjà cités, et qui témoignent bien que Schiller admettait, au moins pour la détermination du principe moral, le rigorisme kantien, on peut signaler : Voni Erhahenen (Éd. Kùrschner, \II, p. I25-I96); Ueber das Pathetische {Ibid., p. lOi-iOa); dans les Lettres sur l'éducation esthétique adressées au prince de Schlesvvig-IIolsteln-Augustenburg, et qui sont pleines de l'inspiration kantienne, la <o'^ lettre, du 3 décembre 1793 (XIÏ, 2, p. 118 sq) ; dans les Lettres sur l'éducation esthétique de l'homme, la i'*^ lettre (XIF, i, p. 218), la i3*' lettre (p. 250, note). — Quant à l'épigramme même, elle pourrait bien avoir été dirigée moins contre Kant que contre ces kantiens dont la fidélité servile et le zèle intempestif avaient plus d'une fois provoque l'irritation de Schiller. — Cf. Kuno Fischer, Schiller als Philosopha 2« éd., 1892, II, p. 92-98 (20 '1-270), surtout \orlander, Ethischer Bigorismus und sittliche Srhônheit, Philosophische Monatsheftc, XXX, p. 225-280, p 371- ^o5, p. 534577, et Kurd Lassvvitz, Kant und Schiller, dans Wirldichkeiten, 1900, p. 34i-358

I. V. notamment Hegel (Philosophie des Bechts, Werke, VIII, p. 162) et Scho|)enhauer (Die (irundlage der Moral, éd. Grisebach, III, p 5i4-5i5). « Théorie qui révolte le vrai sens moral, dit ce dernier, apothéose de l'insensibilité, directement opposée à la morale chrétienne, qui au-dessus de tout met l'amour, et sans lui ne trouve de j)rix à rien [i'« aux Corinth., i3, 3]. Idée de pédant sans délicatesse qui moralise... Pour moi, j'ose dire que le bienfaiteur dont il nous a fait le portrait, cet homme sans cœur, impassible en face des misères d'autrui, ce qui lui ouvre la main (s'il n'a pas encore d'arrière-pensée), c est une peur servile de quelque dieu : et qu'il appelle son fétiche « impératif catégorique » ou Fitzliputzli (sic), il n'importe. Car qu'est-ce qui pourrait donc toucher un cœur dur comme celui-là, sinon la peur? » Tout en repoussant le rigorisme, Schopenhauer d'ailleurs félicite Kant d'avoir exclu l'eudémonisme : «Kant a dans l'Ethique le grand mérite de l'avoir purifiée de tout eudémonisme » (Ihid., p. 497). — V. aussi Die Welt als Wille und Vorstellun^, Ed. Grisebach, I, p. 660-608, p. 001

33o LA PHILOSOPHIE PRATIQUE DE KA>T

comme un éloge': mais à rusago du mot s'associent d'ordinaire certaines idées qui ne traduisent pas 1res justement ou qui même dénaturent le sens de la pensée kantienne.

N'oublions pas d'abord quel est le problème que Kant veut résoudre : il s'agit, pour lui, d'élablir le fondement de la morale. Or la morale peut-elle être fondée sur les inclinations, plus précisément, sur l'idée qui représente le plus grand contentement possible de toutes les inclinations luimaiiies, sur l'idée de bonbeur? Etant, comme nous l'aNons vu. une science pure, une métapliysicpu^ des inonnsa complètement isolée- », elle ne peut (pie procéder par d(*s déterminalions strictes, exclusives de tout ce (jui n'est pas compatible avec ces conditions': dès lors, au point de vue métliodologique autant ([u'au [)oiut de vue pratique, l idée du bonbcur ne saurait, en quehjue mesure que ce soit, définir ou constituer le principe du devoir. Kant est l'ennemi résolu de la conception wolfienne qui admettait l;i possibilité et même la léalité d'une barmonie directe entre la faculté inférieure et la faculté supérieure de désirer'*: il afTirme, lui, l'iiétérogénéité radicale de la sensibilité et de la raison.

C'est qu'en clfet l'idée du bonbeur. quand on l'examine, ne saurait être une idée rationncdle pure, capable de servir de principe. Il y a contradiction entie la matière et la forme de cette idée. Par sa forme, elle pose un tout absolu.

1. Die Religion, VI, p. ii6. Kanl ap|)cllc rigoristes, en les oj)posant atix latitudinuires, ceux qui refusent (radinettre au point de vue moral un milieu entre être l>on et être mauvais, soit dans les actes, soit dans les caractères humains. « On nomme communément ceux (jui adoptent cette sévère manière de penser (dun nom (pii est censé contenir en lui un blâme, mais qui en réalité est un élo<re) des rigoristes. »

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