‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 21 sur 345 · LA PERSONNALITE DE KANT · texte numérisé non relu

LA PERSONNALITE DE KANT

travail pouvait l'aiTaclier aux pensées tristes qui l'occupaient alors. Son petit cercle d'amis et d'invités étant sa plus chère habitude, il voulait s'épargner la douleur de le voir se restreindre par la mort, et il avait la précaution d'y introduire de nouvelles recrues. Il ne croyait pas d'ailleurs indispensable de composer sa société particulière d'esprits tournés vers les mêmes spéculations que lui; il pratiqua une autre amitié que Tamitié purement intellectuelle du (( sage )) qui ne peut se lier qu'avec son pareil : plus ([ue les philosophes en général, il croyait aux lumières de 1 esprit naturel et du bon sens, surtout pour juger des événements quotidiens et des choses de la vie'. Il avait donc choisi ses amis parmi d honorables bourgeois de la ville, hommes d'alTaires, fonctionnaires publics, négociants. Il les conviait fréquemment à des repas, combinés aulanl que possible selon cette maxime, que le nombre des invités ne doit pas être au-dessous du nombre des Grâces ni au-dessus de celui des Cluses. Il se plaisait à l'extn'me variété des sujets d'entretien, à lacpK^lle la meiveilleuse richesse de ses connaissances lui permettait de faire face. Il tenait à ce que la conversation lut à la fois animée et courtoise, ne pouvant soullVir les moments de calme plat ni les expositions doctorales, mais prisant fort l'aménité des manières, et s'accommodant mal de cette promptihide à disputer et à contredire qui est un commencemeni d'oll'ense. S il ne détestait pas une [)ointe de satire, c'était sans amertume et sans malice ". Il aimait mieux voir en tout le bien (pie le mal : il ne manquait jamais dans le fond à cette bienveillance (juil jugeait due à tout homme. Il se défendait énergiquement d avoir jamais voulu causer à autrui (pielcjue peine ou quelque dommage, (c Messieurs, disait-il nn jour, selon ce que rap-

porte Wasianski, je ne crains pas la mort, je saurai mourn\ Je vous assure devant Dieu que si je sentais celte nuit que je vais mourir, je lèverais les mains jointes et je dirais : Dieu soit loué! Mais si un mauvais démon se plantait sur moi et me souflloit à l'oreille : Tu as rendu un homme malheureux, oh ! alors ce serait tout autre chose'. »

Ces vertus de pohtesse, de bienveillance et d'équité relevaient d'une disposition plus intime, qui était le respect et même, une ibis le mot épuré de toute signification (( pathologique », l'amour de l'humanité. Il s'inclinait devant la dignité qu'il y a en tout homme, de n'importe quelle condition : il attachait un prix à toutes les aptitudes et à toutes les perfections humaines ; mais il réservait sa suprême estime pour la volonté de bien faire. (>e sentiment, si profond en lui, le ramenait des régions de la pensée abstraite au cœur même de la vie'. Il lui fixait également, si l'on peut dire, son attitude à l'égard de lui-même, en lui rappelant à quelles conditions se justifie la valeur éminente de l'homme. La haine du mensonge, par-dessus tout, bien entendu, du mensonge délibéré et conscient, mais la défiance également très attentive à l'égard de ces formes insisinuantes du mensonge qui sont les illusions, les préjugés, les aiïirmations téméraires : le devoir de sincérité poussé jusqu'à l'établissement du compte le plus exact dans l'évaluation des motifs d'aiïirmer et d'agir ; la conquête et la possession de soi étabhes sur la défaite des incUnations sensibles : voilà par où il essayait de soutenir son droit à être considéré comme une personne ^ On sait qu'il se redisait volontiers les vers de Juvénal " :

Sainmiim crcde nefas aniniam pr;ri'errc pudori Et propler vltain vivcndi perdcre causas.

I. Borowski, p 19.- i'S\. — Jaclimann, p. ~'^()'i — Schubert, p. 192. — Wasianski. p. 293-3<)().

3. V\ald. fiedà'c/ifnissredr ouf Knrit, In Heicke, Kanliarifi, p. i^ii^- — Schubert, p. 178, p. 182. — Cf. I). Minden. /)cr llumov haut s un Verkelir iincl in seinen Schriflen.

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