‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 210 sur 345 · I. IV, p · texte numérisé non relu

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font reposer le bonheur, soit sur la sensibilité physique, sort sur le sentiment moral ; les seconds, qui se rapportent au concept de perfection, regardent la perfection, soit comme produite par notre volonté, soit comme existant en soi et comme déterminant, sous le nom de la volonté de Dieu, les lois de la volonté humaine * .

De ces quatre systèmes celui qu'il faut rejeter avant tous les autres, c'est le système du bonheur personnel : non seulement parce qu'il est en contradiction évidente avec le jugement moral, mais encore parce que, réduisant le bien 'à un calcul bien fait, il détruit toute distinction spécifique entre les mobiles de la vertu et ceux du vice. Le système du sentiment moral, supérieur au précédent en ce qu'il fait •lia vertu l'honneur de lui attribuer immédiatement la salislaction qu'elle nous donne et le respect qu'elle nous inspire, n'en est pas moins, logiquement, de la même espèce que lui, en ce qu'il détermine la volonté par un intérêt empirique, par la promesse d'un surcroît de contentement. Contre ce système qu'il avait autrefois si volontiers accepté des Anglais, surtout de llutcheson. kant renouvelle les objections de son rationalisme ; il n'y a, selon lui. qu une détaillance de la pensée qui puisse expliquer cet appel au sentiment, et il n'y a qu'une méconnaissance de la nature essentiellement variable et relative du sentiment qui puisse expliquer le choix d'une pareille mesure du bien et du mal. Ouant à la doctrine de la perfection, elle a le grand défaut d^^lre indéterminée et de rester par là ouverte à des notions

principes subjectifs se divisent à leur tour en principes externes qui sont d'abord l'éducation (Montaigne), puis la constitution civile (Mandeville), et en principes internes, qui sont, d'abord le sentiment pby.ique (Lpicure), puis le sentiment moral (Hutclieson) ; les principes objectifs se divisent aussi en principes internes, qui se ramènent à la perfection (WollT et »%«l^!^^^"^) ^.\.;" principes exteries, qui se ramènent à la volonté de Dieu (Crusius et dners tlicologiens moralistes). Y. p. 43. - V. la critique de ce tableau dans Schleiermacher, Kritik der bisherigen Sittenlehre, p. ô-].

impures ou altérées. La perfection qu'acquiert riiomme, c'est l'aptitude pour toutes sortes de Uns, qui ne sont pas toujours des fins morales. Sous sa forme théologique, la doctrine de la perfection, quand elle fait dériver la moralité de la volonté Infiniment parfaite de Dieu, étant donné que nous n'avons aucune intuition de la perfection divme, ne peut la déterminer que par nos propres concepts, notamment nos concepts moraux, et alors elle tourne dans un cercle : ou bien elle la définit par des attributs qui n'ayant aucun rapport avec la moralité, pouvant même être en opposition avec elle, ne sauraient en constituer la raison. Sous sa forme ontologique, la doctrine de la perfection est à coup sur préférable; mais elle n'a guère de critère précis pour discerner dans le réel le maximum de ce qui nous convient, et elle finit toujours par supposer tacitement cette moralité qu'elle doit expliquer. Dune façon générale, la doctrine de la perfection a sans doute le mérite de ne pas laisser à la sensibilité le soin de décider en matière morale ; il n'en reste pas moins qu'elle est un système d'hétéronomie, et que tous les systèmes d'iiétéronomie, qu'ils fassent ou non intervenir la raison, ont ce commun caractère de se fonder sur un rapport des objets à un état particulier du sujet, qui ne peut être connu que par l'expérience et qui ne peut s'exprimer par une loi apodictique telle que doit être la loi morale. La volonté absolument bonne, celle dont le principe est un impératif catégorique, doit rester indéterminée à l'égard de tous les objets, et ne contenir que la forme du vouloir en général : c'est par là qu'elle peut être autonome'.

Avec la découverte de l'idée d'autonomie, notre analyse est arrivée au point extrême où elle pouvait parvenir dans l'éclaircissement du devoir, si toutefois le devoir est une

I. IV, p. 289-293. — V. Kritik d. pr. Verniinft, V, p. /|2-^5.

vérité; mais en même temps elle a touché au concept qui nous permettra de convertir cette dernière condition en certitude, et d'aborder le problème essentiel : comment un impératif catégorique est-il possible.^ Seulement, pour résoudre ce problème, un changement de méthode est indispensable ; ce qu'il faut maintenant, c'est démontrer la possibilité d'un usage synthétique de la raison pure pratique. En effet les jugements par lesquels s'énonce l'impératif catégorique sont des jugements synthétiques a priori, qui lient, sans que l'attribut soit contenu dans le sujet, à l'idée d'une volonté alfectée par des désirs sensibles l'idée de la volonté pure d'un être raisonnable, ou encore à l'idée de la volonté bonne l'idée d'une législation universelle'. Or des jugements pratiques de ce genre étendent le champ de la philosophie Iranscendantale, qui jusqu'alors n'avait paru connaître, en fait de jugements synthétiques a jor/ori, que des jugements théoriques', et puisque ces jugements prétendent eux aussi à la réahté objective, c'est de la Critique seule également qu'ils peuvent recevoir leur justification finale ^ La troi-

1. kant, dans la Gnuidlegimg, indique sous ces deux formes différentes la synthèse qu'opère le principe moral (IV, p. 268, p. 288, p. 398, p. 290, p. 3o2). La première de ces deux formes concerne plutôt l'être^ raisonnable fini, en qui la raisonne détermine pas immédiatement la volonté et doit par suite revêtir le caractère d'un impératif; la seconde concerne tout être raisonnable en général et le considère par suite sous l'aspect de l'autonomie. Dans la Crilif/ue de la raison pratique, la seconde forme est la seule qui soit indiquée, et cela se comprend, puisque c est celle qui est la plus intimement unie à l'idée d'une raison pure pratique en général (V, p. 66). Dans la Doctrine de la i'ertu, la synthèse est indiquée encore d'une autre façon: par opposition au principe du droit qui est simplement analytique, car il ne porte que sur les conditions extérieures sous lesquelles une volonté libre peut poursuivre ses fins sans déterminer ces fins mêmes, le principe moral est synthétique, car il lie à cette volonté des fins qu'il détermine comme des devoirs (Vil, p. 200-201). — Cf. Fr. Rauh, Essai sur le fondement metanlirsinue de la morale, p. 104 sq.

2. Il faut se rappeler que la Critique de la raison pure ne voulait pas encore comprendre dans la philosophie Iranscendantale le principe de la moralité (V. plus haut, p. 234). D'autre part, même les Prolégomènes semblent encore n'admettre des jugements synthétiques a priori que dans 1 ordre de la connaissance, et ne laissent pas soupçonner qu'il y ait des jugements pratiques de cette sorte. — Cf. Vaihinger, Commentar, 1, p. 364-365.

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