‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 211 sur 345 · IV, p. 288, p · texte numérisé non relu

IV, p. 288, p

Delbos. ^^

sîème section de la Gnmdlegung se propose d'être un essai réduit de cette Critique. ^

Elle part du concept de la liberté, seul capable d opérer la liaison entre Tidéc dune volonté absolument bonne et l'idée d'une volonté dont la maxime est une loi universelle. Quest-ce donc que la liberté ?

La liberté peut dabord être défuiie négativement. La volonté étant une espèce de causalité qui appartient aux êtres vivants en tant qu'ils sont raisonnables, la liberté est la propriété qu'a cette causalité d'agir indépendamment de causes étram,'ères : tandis que la nécessité natiirellc a pour caractère d'imposer aux êtres dépourvus de raison des laçons d'agir déterminées par l'i.dluence de causes extérieures.

Mais la liberté peut aussi être définie positivement et en son essence même. Qui dit causalité dit loi. Ou bien a liberté est une liction absurde, ou bien, étant cause, elle doit agir d'après une loi ; et étant une cause indépendante de toute iniluence étrangère, elle doit agir d après une loi qui soit sa loi, d'après une loi qu'elle ait elle-même posée. Qu'est-ce à dire, sinon .pi'une volonté libre est une volonté autonome ? -Mais la proposition d'après huiuelle la volonté est à elle-même sa loi est une autre façon d exprimer le principe selon lequel la volonté doit agir uniquement par des maximes susceptibles de se convertir en lois universelles ; or c'est là précisément la formule même de l impératil cate- .rorique, de telle sorte cp.'une volonté libre et une volonté soumise à des lois morales, c'est tout un. Si donc nous pouvions saisir en elle-même la liberté de la volonté, il nous serait possible d'en l'aire sortir par simple analyse toute la moralité avec son principe. Mais nous ne le pouvons pas ; et voiPa pourquoi, en son sens positif, elle doit se borner à nous fournir le terme, grâce auquel se lient les deux notions du jugement syntliélique a priori plus baut énonce, ^ous savons en effet que pour unir deux concepts syntl.etiquement il l'aut un troisième terme : dans l'ordre de la connaissance tbéorique, c'est par l'inlultion sensible que

s'opère la liaison d'une chose comme cause avec une autre chose comme elFet. xMais la liberté par défmition échappe à l'intuition sensible, et l'intuition intellectuelle qu'il faudrait pour l'apercevoir en elle-même nous manque : ce qui fait qu'elle a besoin d'être démontrée et qu'elle ne peut l'être cependant pour soi, mais uniquement pour la fonction synihctique qu'elle doit remplir* ; ce qui fait aussi qu'elle remplira cette fonction d'une façon originale et sans produire une connaissance, puisque c'est sans intuition possible qu'elle aura à unir un sujet et un prédicat distincts. Pourquoi donc et en quel sens la liberté- peut-elle être attribuée à notre volonté? Est-ce au nom de l'expérience faite sinla nature humaine ? Mais cette prétendue expérience ne saurait fournir ce qui par son essence ne peut être justifié qu'a priori : de plus le concept de liberté persiste toujours, même quand l'expérience nous montre le contraire de ce qui, la liberté supposée, en est nécessairement représenté comme la conséquence ^ Kant n'admet donc plus, comme il l'admettait encore dans la Critique de la raison pure\ que la liberté pratique soit démontrable par l'expérience. Est-ce alors parce que la moralité implique la liberté .^^ Soit ; mais comme la moralité ne s'impose à nous que parce que nous sommes des êtres raisonnables, il reste à prouver que la liberté appartient en général aux êtres raisonnables comme tels. Cependant cette preuve qui serait extrêmement compliquée s'il fallait poser le fondement théorique de la liberté, et qui serait même impossible s'il fallait démontrer théoriquement la liberté comme réelle, peut être simplifiée en même temps que plus étroitement adaptée à notre dessein. Il sufïit d'expliquer qu'un être raisonnable doué de volonté ne peut agir que sous l'idée de la liberté et doit faire de cette idée la condition de ses actes. Or telle est bien en effet la vérité. Car le concept de cet être implique

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