I/jid., 1, p. 5o
3. /fjïd., II, p. 39. — Il ne me paraît pas établi par Benno Erdmann que Kant ait eu l'intention de faire précéder la Critique du goût d'une Grundiegung, comme il l'avait fait pour la Critique de la raison pratique (p. xix de V Introduction de Benno Erdmann à son édition). Ni l'expression dont Kant s'est servi dans la lettre à Schiitz plus haut citée, ni l'indication tirée du catalogue pour la foire de Leipzig de 1787 (V. la lettre de Bering à Kant du 28 mai 1787, Brie/lvec/isel, 1, p. 465) ne sont des preuves décisives. V., par contre, la lettre de Kant à Jacob de la fin de 1787 {Rrief^veclisel, I. p. ^71) et la lettre du libraire liartknoch à Kant du 6 janvier 1788 {Ibid., I, p. ^oO- — Cf. Michaelis, op. cit., p. 6.
publication de l'ouvrage subit encore un retard, causé sans doute celui-ci par la préparation de l'écrit contre Eberhard ; elle n'eut lieu que vers les Pâques de 1790'. Quant aux retards successifs qu'elle avait précédemment subis, ils ne tenaient pas seulement au surcroît d'occupations que donnèrent alors à Kant le rectorat de l'I niversité et le décanat de la Faculté de pbilosopbie', ou à la plus grande difficulté de travailler que lui faisaient subir les premières atteintes de la vieillesse '. mais surtout à un elfort nouveau de méditation et d'organisation systématique, dont le cliangement de titie fut l'indice, — et dont il faut taclier de découvrir le sens.
Sans doute le premier et important acquis, dans l'essai de constitution d'une Critique du goùl, avait été pour Kant la solution clairement pressentie du pioblème qui l'avait si longtemps fait hésiter : la beauté .est-elle sinqilement subjective, ou bien a-t-ellc quelque chose d'objectif.'^ '^^j^^ les Ohservafions sur le setiti/nenf (lu beau cl du suftlinir, qui séparaient le goût de la cormaissance pour le ramener à un sentiment de plaisir ou de peine, oscillaient, selon la juste remarque de Ilamann \ entre la conception d'une b(^auté subjective et celle d'une beauté objective. Kant ne manque certes plus de dire que le goiit ne dépend point de lois démontrables a priori, ([ue l'esthétique n'est pas une doctrine, mais une critique ; par endroits il pousse même cette tendance au point de soutenir que les règles du goût sont d'origine purement empirique, qu'elles sont inconstantes et
1, V. sur celte publication la correspondance de K;int avec son libraire De \a Ciârdc (/iriefWechspt, II, pp 8S, 96, 119, i22-i2ii, laO, i39-i33, i4oi4i, lia-i'i"») et avec son disci[)lc Kiesewetor qui s'était cbargé do la correction des é[»reuvcs (//v/W., pp. io(i, 121, 12I, i30, i5i, iT)")).
2, V. la lettre à Reinhold, déjà citée, du 7 mars 1788 {Brie/\vcc/isel, I, p. 5o5).
3. V. la lettre à lieinhold du 19 mai 1789 (/iriefuechsel, II, p. fi'), la lettre à Marcus Herz du 26 mai 1789 {/ùid., p. '19), la Préface delà Critif^uc de la faculté de juger (V, p. 176).
4. Dans son compte rendu de l'ouvrage {Koenigsherger gel. und pol. Zeilungen, 1764. p. loi).
LA CRITIQUE DE LA FACULTE DE JUGER
variables selon les hommes'. Cependant il incline d'ordinaire et de plus en plus à admettre que le goût, quelle qu'en soit l'origine, a une certaine fixité et une certaine généralité; il explique volontiers ces caractères en remarquant que le goût ne peut se développer que dans la société, qu'il est essentiellement communicablc, qu'il lie les hommes par une sympathie spéciale" : et comme il ne croit pouvoir encore réclamer pour le goût qu'une universalité comparative et non une universalité stricte ^ il insiste d'autant plus sur les conditions sociales qui font que, malgré sa relation directe à 1 expérience, le goût peut légitimement prétendre faire accepter de tous ses décisions ; il montre le rôle de ce « sens commun », de ce (( sens universel ». de ce (( sens social » qui dans le goût franchit les limites du sens propre, du sens exclusivement individuel \ Ce qui l'empêche encore d'admettre ([uil y ait des principes a priori du goût, c'est que d'une part il ne conçoit pas que de pareils principes ne