IV, p
Lorsque Kant entreprit l'œuvre qui devait aboutir à la Critique de la faculté dejucjcr, il ne la conçut pas d'aborfl dans tout le sens impliqué par le titre '. Il voulait aborder par écrit un ordre d'études qui depuis longtemps était dans son programme et s'occuper d'établir sans retard, ainsi qu'il l'écrivait en juin 1787 à Cliristian (loltfried Schiitz, «. le fondement de la (Critique du goût" ». Un peu plus tard, dans une lettre à Ueinliold du 18 décembre 1787, il indiquait le succès de ses recliercbes et (juelle voie l'y avait conduit : parti de la division systématique de l'anie en trois facultés, la faculté de connaître, la iaculté de désirer, le sentiment du plaisir et de la peine, il avait présumé que cette dernière faculté inqiliquait comme les deux autres des principes a priori : il avait ainsi découvert ce que pendant longtemps il avait jugé impossible': il reconnaissait
1. Cf. Stadier, hauts Teleoloffie, p. 27 sq. (Sta<ller s'est trompé en considérant V Ueber Pliilosopliic idjerliaiipt comme un écrit postérieur à la Critifiup de la faculté de ju^er, p. 28). — De Henno Erdmann et de Vorlander, les introductions qu'ils ont mises en tète de leurs éditions de la Kiitih der Urtheilskraft. — Micliaelis, Ziir /uilste/iuu^^ %'on Kants A'riii/,- dei Urtheilskraft, 1892. — Otto Schlapp, 0/7. cit.
2. Iiriej\\pchsel, I, p. '1O7 — V. les lettres à Marcus llerz. du 7 juin 177 1 et du 21 février 1772, dons lesquelles Kant annonçait qu'il était à même de publier bientôt, parmi d'autres clioses, une doctrine du goût. Jhid., p. 117, p. 12^. — V. plus haut, p. 157.
3. Cf. Kriti/, der reinen Vernunft, III, p. 50-57, note. Ilartenstein marque incomplètement les modifications apportées par kant à cette note dans la 3« édition. Je traduis d'abord d'après le texte de la i""». (V. éd. Kelirbach, p. !ny 5o) : « Les Allemands sont les seuls qui se servent aujourd'hui du mot cstliétiffue pour désigner ce que d'autres appellent la Critique du goût. H y a au fond de cela une espérance avortée, celle que concevait l'excellent analyste Baumgarten, de soumettre le jugement critique du beau à dos principes de la raison et d'en élever les règles à la hauteur d'une .'^cience. Mais c'est peine perdue. En elFet, de telles règles ou de tels critères sont uniquement empiriques dans leurs sources et ne peuvent par conséquent jamais servir de lois a priori auxquelles notre jugement de goût devrait nécessairement se conformer ; c'est bien plutôt le goût qui fournit la véritable pierre de touche de l'exactitude de ces règles. Il est donc à propos de laisser de nouveau tomber ce dernier usage du mot et de réserver le terme à cette doctrine qui est une véritable science ; par où l'on se rapprocherait du langage et de la pensée des anciens
LA CRITIOUE DE L\ FACULTÉ DE JUGER 5iq
désormais trois parties de la philosophie, la philosophie théorique, la téléologie et la philosophie pratique, chacune ayant ses principes a priori dont il est possible et nécessaire de déterminer le sens et le champ d'application, la téléologie étant seulement plus pauvre que les autres en principes de ce genre ; il espérait que le manuscrit de sa Critique du goût serait terminé vers Pâques (1788) \ A la vérité, si Kant avait aperçu à ce moment comment le plaisir esthétique peut être lié a priori li des représentations, il n'avait pas encore rapporté à ViJrtheilskraft la téléologie dans laquelle il faisait entrer la Critique du goût, et il n'était pas par suite à même de voir parfaitement comment la Geschmachslehre pourrait s'insérer dans la philosophie critique. En mars 1788, dans une lettre à Reinhold, il donnait encore à son ouvrage ce même titre de Critique du fjoùt ~ : c'est seulement dans une nouvelle lettre à Reinhold, du 19 mai 1789, qu'il parlait de sa Critique de la faculté de juger, dont la Critique du goût n'était plus qu'une partie ; il y annonçait en même temps que son ouvrage paraîtrait pour la foire de la Saint-Michel de la même année ^ La
dans leur célèbre division de la connaissance en aiaOrjTà /.al vor,Ta. » Dans k seconde édition, Kant dit : « De telles règles ou de tels critères sont uniquement empiriques dans leurs sources principales et ne peuvent servir de lois a priori. » 11 modifie et complète la dernière phrase : « Il est donc à propos ou bien de laisser de nouveau tomber ce dernier usage du mot, etc., ou bien dans cet usage du mot de subir le même partage que la philosophie spéculative et de prendre le mot esthétique partie dans le sens transcendantal, partie dans le sens psychologique. » Les corrections de la 2« édition paraissent au moins atténuer laffirmation de l'impossibiUlé de principes a priori en matière de goût, et môme réserver la possibilité de principes de ce genre.