Cf. Ueber Philosophie ùberhaiipt, VI, p
non qu il peut être, dans ce qu'il a de pur, sous la dépendance d un concept ; de toute foçon il ne peut y avoir de règle objective du goût pour délcrnii.ier ce qui est beau • il n y a pas de fin matérielle à lacpiellc le beau se ramène '.' Au point de vue de la modalité, est beau ce qui est reconnu sans concept comme l'objet dune satisfaclion nécessaire. Il y a un rapport nainrel cnirc le genre d'universahle et le genre de nécessité propres au jugement de goùl Le jugement de goût na ni l'universalilé théorique objective du jugement de connaissance, ni luniversalilé pratique objective du jugement moral: il a celle universalité subjective qui se Iradmt par la propriété qu'a le sentiment esthétique de devoir se communiquer. La nécessité qui correspond à celte sorte (luniversalilé n'est ni théorique ni pratique, d aucune façon, objective: elle est exemplaire. C est la nécessité de l'assenlimenl de tous à un jugement considéré comme Icxemple dune règle impossible 'à fourmr. Cette nécess.lé resterait hypothétique, si nous ne pouvions pas alTirmer quil y a un principe subjectif qui détermine par le sentimenl seul et non par des concepis, d'une manière néanmoins universellement valable, ce qui plaît ou deplait. Ce principe doit exister, du moment que lunivcrsahte du jugement de goùl n'esl pas une illusion, et KanI le nomme sens commun (Gcmeinsinn ■ il est la faculté de se modeler sur le jugement de goùl comme si ce jugement avait la valeur d'un principe objectif, sans que cepcndani il y trouve plus qu'un exemple ^
l.V CRITIQUE DE I.V FACULTE DE JUGER
L analyse du sublime s'adjoint naturellement à l'analyse du beau, bien que le sublime dépende moins d'une finalité de b nature que d'une disposition de notre esprit Le
beau et le sublime ont ceci de commun qu'ils plaisent par eux-mêmes, qu'ils ont leur source dans un jugement esthétique de réflexion, non dans une simple sensation ou dans un jugement logique déterminant. Mais ce qui caractérise le beau, c'est que la forme de l'objet est limitée, tandis que le sublime agit par l'absence de forme ou de limite. Le beau nous provoque à une contemplation calme, dans laquelle nos facultés jouent de concert, d'un jeu simple et libre ; le sublime ne va pas sans une tension de notre esprit, trop occupé en quelque sorte pour pouvoir se contenter de jouer, et s'il produit, lui aussi, un accord en nous, c'est un accord plus compliqué et plus indirect. Le sublime, c'est ce qui est absolument grand. On peut entendre par grandeur, soit la grandeur de l'étendue, soit la grandeur de la force : d'où la division du sublime en sublime mathématique, qui se rapporte à notre faculté de connaître, et en sublime dynamique, qui se rapporte à notre faculté de désirer. Le sublime mathématique a pour mesure notre capacité d'intuition, le sublime dynamique, notre pouvoir de résistance. Mais cette mesure est esthétique, non logique. Quand nous prétendons mesurer scientifiquement une grandeur de la nature, nous la comparons avec d'autres grandeurs, c'est-à-dire que, prenant pour unité une certaine grandeur, nous évaluons par rapport à celle-ci la grandeur donnée. Une telle évaluation des grandeurs est toujours relative. Que l'on modifie la grandeur prise pour unité: le petit peut devenir grand, le grand peut devenir petit. Ainsi pour notre entendement ou pour notre jugement déterminant, rien ne peut être absolument grand. Mais il est, disions-nous, une autre mesure de la grandeur ou plutôt des choses grandes, mesure tout esthétique, qui réside dans notre puissance subjective d imaginer et qui ne comporte qu'un jugement réfléchissant. Au lieu de procéder par une énumération discursive des parties, d'ajouter ou de soustraire à l'infini, elle se fait en quelque sorte à vue d'œll, de façon à représenter la grandeur de la chose,
LA PnrLOSOPHTE I»R\T[OrE DE K \NT
LA CRTTIOUE DE LA FACULTÉ DE JUGER
non par une notion, mais par uno image ; elle pose en outre un maximum, qui, s'il est dépassé par l'objet, en fait à cet égard (pielque chose d'incomparable. Le sublime est donc ce qui est et reste supérieur à la mesure fournie subjeclivemont par notre faculté d'imaginer, ou en comparaison de quoi toute autre chose est petite '.
Le sublime implique ainsi une disproportion entre notre faculté d'imaginer et l'objet ; mais cette disproportion a ailleurs son principe profond. L'objet qui nous paraît absolument graFid, c'est l'objet que nous prétendons nous représenter comme un tout se suilîsant à soi-même. Dès lors il est évident que cet objet n'est pas un objet des sens, ou encore que l'objel sensible ne nous est qu'une occasion de nous faire à nous-mêmes un objet conforme aux exigences de la raison. La disproportion est donc réellement en nous entre la raison qui pose l'idée d'une absolue totalité et l'imagination qui s'enbrce, sans pouvoir jamais y pleinement réussir, de donner une traduction sensible à cette idée. Devant l'objet subhme nous avons le sentimeni de notre infinie petitesse, nous éprouvons à quel point, comme êtres sensibles, nous sommes peu de chose : mais cette cofiscience de notre infirmité ne s'éveille précisément que par la présence et l'action d'une faculté supra-sensible, la raison. La nature est sublime dans ceux de ses phénomènes dont l'intuition enveloppe l'idée de son infinité ; or cette idée, ne pouvant ni être réahsée dans les données des sens. ni être jamais complètement représentée par l'imagination, ne peut être que l'idée d'un subslralum supra-sensible qui sert de fondement à la fois à la nature et à notre faculté de penser. Donc, de même que le jugement esthétique en matière de beau rapporte le libre jeu de rimagination à des concepts d'ailleurs indéterminés de l'entendement, il le rapporte en matière de sublime à des idées de la laison également indéterminées". Ainsi s'explique d'abord que devant
un objet sublime nous éprouvions un sentiment de peme causé par l'impuissance de riniaginalion à égaler jamais la raison, et un sentiment de plaisir causé pai' la puissance qu a la raison de susciter vers elle l'activité de l'imagination. Ainsi s'explicpie en outre que la véritable sublimité doive être cherchée finalement dans lesprit de celui qui la juge telle, non dans l'objet de la nature qui occasionne le jugement. Crest le sujet, pourrait-on dire, qui se découvre sublime par la faculté qu'il se reconnaît comme être raisonnable, plus spécialement comme être moral, de dommer riminensllé et la puissance des choses extérieures, pour lesquelles sa sensibilité et son imagination n'ont plus de mesure. Par là se révèle l'étroite affinité qui rattache le sentiment du sublime et le sentiment moral. En effet, la conscience de notre incapacité de réaliser comme il le faudrait une idée (pii est pour nous une loi, c'est précisément ce (pi'on nomme le respect : le sentiment du subUmc dans la nature, c'est donc au fond le respect que nous avons pour notre propre destination, pour l'idée de l'humanité que nous trouvons dans l'intimité de nous-mêmes: seulement, par une sorte de a subre[)tion ;>. nous reportons à des objets delà natur(% pour nous la représenter par eux, celte conscience intérieure de la supériorité de nos facultés rationnelles praticpies sur le plus grand pouvoir de notre sensibilité '.
Cette conscience s'éveille plus directement dans le sublime dynamique que dans le subhme malhémalupie : car alors plus nous sentons limpc^ssibilité où nous sommes de résister, connue êlivs de la nature, à la puissance écrasante ou à la violence déchaînée des choses, i)lus nous
éprouvons qu'il y a dans notre personne une autre existence, celle de rhumanité, qui pour l'accomplissement de sa loi propre reste inébranlable à ces fbrces et à ces menaces extérieures '. Voilà pourquoi sont sublimes toutes les