V .p. 2li
LA PIIlLOSOniIE PRVTIQir DE KANT
LA CRITIQUE DE LA FACULTÉ DE JUGER
se distingue de roiiiéal)le. qui ne vaut (jue pour cliacun : bien (|u'un eerlain accord |)uisse régner entre les hommes sur les o])jets d'agrément et qu'au contraire le plus conqilet désaccord apparaisse souvent en matière de goût, il n'en reste pas moins que le jugement de goût n'est ce (|u"il est que par sa prétention à un asscFitiment universel, dépendant ne perd-il pas par cette prétention même son caiactère. qui est de ne pas être logique comme les jugements sur le vrai et le bien, mais esthéticpie .'* Heujanpions d'abord (jue cette prétention ne s'exprime pas en formules rationnelles et qu'elle ne se (iiit pas valoir par la contrainte d'une démonstration. Etpour(|uoi n'y aurait-il pas une universalité esthéti(pie, à ce point distincte de l'universalité logi(|ue. que les jugements du goût, parliculiers selon la logicjue, puissent être traités d'universels selon restliéli(|ue, parce qu'ils s'étendent en droit à tous les êtres capables de juger.'^ Les jugements de goût supposent en elTet dans le sentiment de satisfaction qui les accompagne un don de se communiquer. Quel est donc le rapport du jug{unent de goùtà ce sentimcfit ? Ne fait-il (pie le suivre pour lui conférer après coup cette puissance d'être partagé !> Mais alors il ferait œuvre contradictoire en doimant aune inq)ression d'origine particulière une portée (jui ne lui revient pas. Le précède-t-il au contraire, et en constitue-l-il la légitime prétention à l'assentiment universel? Mais alors n'est-ce pas une connaissance (pi'il produit, au lieu d'un état esthétique? La solution de ce problème est «la clé de la critique du goût »; elle consiste à admettre qu'il y a un autre rapport de l'imagination et de l'entendement (jue celui (pii donne lieu à des connaissances lliéori(jues, que ces deux facultés constitutives du jugement peuvent concourir entre elles autrement que par leur relation à un objet, (|u'elles peuvent, comme facultés d'un sujet, s'exercer de concert dans un libre jeu et réaliser dans une souple harmonie l'unité du divers ; cet état d'accord peut donc être, non compris, mais senti, et c'est p(jur ce sentiment que le jugement de goût
réclame la propriété de devoir être universellement partagé'.
Au point de vue de la relation, est beau ce qui est la forme de la finalité d'un objet, sans qu'il y ail pour cela concept de fin. Le beau plaît, et ainsi il implique la finalité de la chose représentée par rapport ànous-même. Mais celte finalité, nous ne la saisissons pas au moyen d'un concept qui en fasse soit un principe pour la faculté de connaître. s(iit une règle pour la faculté de désirer: elle nous apparaît immédiatement en elle-même, et sans être rapportée à une cause intenllonnêllo : elle est donc simplement formelle. Elle est en dernière analyse la condition dont dépend le maintien de riiarmonie subjective entre nos facultés de représentation ; mais celte condition nous est seulement sensible par le plaisir qu'elle fait naître, croître ou durer. Le beau ne saurait se ramènera la connaissance plus ou moins confuse, ni de celte finalité externe qu'est l'utilité, ni de celle finalité interne qu'est la perfection ; dans les deux cas, il se dénature à afTecter le caractère d'une connaissance ; dans le premier cas en outre, il est à tort conçu comme asservi à un intérêt ; dans le second cas en outre, il est rapporté à tort à la représentation pour le contenu de son objet, non pour sa forme seule : celte dernière erreur est surtout celle de Baumgarten et des théories dogmati- (jucs'. La salislaction que nous cause le beau n'est donc ni intellectuelle, ni empirique. Sans doute il arrive que nous jugeons beaux des ol)jels dont nous nous formons un concept déterminé, de telle sorte que le type normal ou la destination normale de ces objets interviennent inévitablement dans nos jugements, el Ion peut en conséquence discerner, à C(jté de la beauté libre piilchritado vagaj une beauté VidhérGniG piitchr il ado adhaerens: mais ceci prouve simplement que le jugement de goût n'est pas toujours pur,