V. plus haut
blement se rejoindre l'un l'autre ; ils sont séparés par un abîme *.
Mais comment devons-nous nous représenter le bon principe ?
La seule chose qui puisse faire du monde l'objet du décret divin et la fin de la création, c'est l'humanité conçue comme moralement parfaite et comme assurée d'une félicité en rapport avec sa perfection. Cet homme parfait, cet homme pleinement agréable à Dieu est en Dieu de toute éternité: il n'est point l'une quelconque de ses créatures, mais un Fils unique, la parole créatrice, le fiat par lequel ont été faites toutes choses et sans lequel rien de ce qui a été fait n'aurait été fait : en lui Dieu a aimé le monde, et c'est en lui seulement, par la conformité de nos intentions aux siennes, que nous pouvons devenir enfants de Dieu. Ainsi s'exprime en un idéal l'idée de la pure perfection morale. Notre devoir, à nous autres hommes, c'est de nous élever vers cet idéal : l'idée que cet idéal personnifie, et qui nous est fournie par notre raison, nous en donne la force. Mais comme nous ne sommes pas les auteurs de cette idée, nous ne pouvons pas comprendre comment la nature humaine est susceptible de la recevoir. Il vaut mieux dire ceci : c'est cet idéal qui est descendu du ciel jusqu'à nous et qui a revêtu la nature humaine: en raison du mal que nous avons produit, il nous est moins facile en eflet de nous représenter comme montant vers lui: mais lui a pu s'abaisser jusqu'à nous, car l'humanité n'est pas originairement mauvaise. Et cela veut dire qu'il ne s'est pas contenté de nous instruire par sa doctrine et son exemple, mais que, quoique innocent et sans péché, il a assumé nos misères, s'est exposé à toutes les tentations et s'est donné la tache de les surmonter, a enduré les pires souffrances, jusqu'à la mort la plus cruelle, pour le bien du monde, pour le bien même de ses ennemis. De la sorte il a accompli au