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tout en ne donnant heu à aucune connaissance communicable. C'est dire que la foi de la raison, et non pas seulement la foi historique, comporte des mystères. Ainsi la hberté n'est pas une propriété mystérieuse, puisqu'elle est certifiée par une loi pratique inconditionnée; mais ce qui est mystérieux en elle, c'est ce qui en est la condition propre, et ce qui est la condition de la fin morale suprême à laquelle elle conduit. L'idée du souverain bien suppose en effet, avec la notion d'un bonheur proportionné à la vertu, celle d'une union nécessaire des hommes en vue du but final. C'est cette dernière notion seule que nous voulons considérer ici. Elle exprime un objet que l'homme a le devoir de poursuivre, mais qu'il ne peut atteindre par lui seul : d'où la nécessité de croire à un Maître moral du monde dont la coopération et les arrangements sont indispensables pour rendre cette fin possible, et dès lors s'ouvre l'abîme du mystère. La raison pratique reconnaît à Dieu trois attributs. Elle voit d'abord en lui le Créateur toutpuissant du ciel et de la terre, c'est-à-dire, moralement, le saint législateur, puis le conservateur du genre humain qui veille sur lui avec prévoyance et bonté, enfin le gardien des saintes lois, le juge juste. Elle ne détermine pas ainsi du reste ce que Dieu est en soi, mais uniquement ce qu'il est pour nous comme êtres moraux. Ces trois attributs répondent, seulement avec un sens moral, aux trois pouvoirs, législatif, exécutif, et judiciaire, qui dans un État libre doivent rester séparés en des sujets distincts, qui ici sont unis dans un même Être. Nous pouvons concevoir ces trois attributs comme trois personnes différentes sans porter atteinte à l'unité de Dieu, et cette dénomination d'une triple personnalité a l'avantage d'empêcher une confusion d'attributs qui ferait de Dieu une sorte de chef humain, au pouvoir despotique, ou complaisant, ou arbitraire. L'idée de la Trinité se retrouve au reste chez les anciens Perses, les Indiens, les Égyptiens, les Juifs de l'époque ultérieure; mais c'est le Christianisme seul qui la présente épurée de
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tout antliropoinorpliisme, en accord avec ce qu'elle doit être selon la raison, et c est pour cela qu'on peut dire qu'il a révélée .
Chacun de ces attributs contient un mystère en ce qu'il exprime une action de Dieu dont nous sommes pratiquement certains, mais dont nous ne pouvons comprendre le mode. En premier lieu, Dieu comme législateur fonde un royaume dont nous sommes appelés à devenir les membres ; nous sommes ses créatures, dépendantes de lui, et la fin qu'il nous assigne suppose pourtant que nous sommes libres. Comment cela.^ C'est le mystère de la vocullon. — En second lieu, Dieu comme gouverneur du monde veut que sa loi soit remplie et que les hommes soient sauvés ; mais le mal commis par les hommes est un mal radical, et la régénération seule ne pourrait les sauver si la bonté divine ne les justifiait : les hommes s approprient donc un mérite qui leur est étranger. Comment cela ? C'est le mystère de la satisfaction. — En dernier lieu. Dieu comme juge du monde décide du salut ou de la damnation des hommes ; mais la disposition nécessaire pour recevoir de lui l'assistance surérogatoire qui justifie ne peut venir des hommes naturellement portés au mal ; elle est donc 1 elTet d'une grâce dispensée selon la volonté de Dieu qui 1 accorde aux uns et la refuse aux autres ; les hommes sont donc mis par Dieu en état d'être ce qu'ils seront devant la Justice divine. Comment cela? C'est le mystère de ['élection. — Ces mystères échappent à tout efl'ort de la raison pour les comprendre ; mais pratiquement nous en savons assez. Nous sommes appelés par Dieu à une vie sainte, nous pouvons espérer le satisfaire par nos elForls, et nous devons toujours nous attendre à son juste jugement: ce sont là les vérités dont nous instruisent, et ce sont là les maximes selon les-
I. Si l'on conçoit la Trinité dans un sens purement théorique, dit ailleurs Rant, on a devant soi un concept arbitraire (pourquoi pas dix personnes aussi bien que trois ?) d'une signification indéterminée et irreprésetitable, qui ne nous intéresse eu rien, — Der Streit der FacuLtàteii, Mi, p. 350,
quelles nous portent à agir à la fois la raison, le cœur et la conscience*.
Le règne de Dieu ne peut s'établir que par la Religion, et, étant donnée la condition humaine, que sous la forme extérieure d'une Eglise. A vrai dire, il paraît contradictoire dans les termes que les hommes fondent un règne de Dieu: Dieu seul peut fonder réellement son règne. Mais comme nous ne savons pas ce que Dieu fait pour en réaliser l'idée, tandis que nous savons ce que nous avons h faire pour en devenir les membres, nous sommes obli- 2[és de nous donner à nous-mêmes l'Eglise. Que l on en rapporte à Dieu la constitution ; l'organisation et l'administration en appartiendront toujours aux hommes. L'Eglise invisible, la seule que réclame la pure Religion de la raison, n'a besoin ni d'organisation, ni d'administration ; chacun de ses membres reçoit directement de Dieu toute la loi à laquelle il doit obéir, chacun est de par sa valeur morale ministre de la Religion; — ministre, et non pas seulement fouctionnaire. Dans l'Eglise visible, fondée sur des statuts, une place doit être faite au culte ; mais il est bien entendu que le vrai culte ne peut être qu'un moyen de préparer l'avènement de la foi religieuse pure ; si au contraire le culte prétend avoir par lui-même une vertu sanctifiante, sans que l'intention morale ait aucune part aux actes qu'il commande, il n'est qu'un faux culte ^
Pour savoir comment on doit servir Dieu, il faut rappeler ce qu'est la Religion. La Religion, subjectivement considérée, est la connaissance de tous nos devoirs comme commandements divins. La Religion dans laquelle je dois savoir d'abord que telle chose est un commandement divin
1. VI, p. 236-246. — Cf. Reicke, Lose Blàtter, E 49, II, p. 18/1-187.