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pour la considérer comme un devoir est une Religion révélée : la Ueligion dans laquelle je dois savoir que telle chose est un devoir pour la considérer comme un commandement divm est la Religion naturelle. Reconnaîlre que seule la Religion naturelle est moralement nécessaire, c'est être rationaliste. Quand le rationaliste nie la réalité de toute révélation surnaturelle, il est naturaliste ; il est pur rationaliste quand il en admet la possibilité, tout en prétendant que la Religion ne requiert pas nécessairement de la connaître ou de la tenir pour réelle ; enfin le supra-naturaliste soutient au contraire que la foi à la révélation est indispensable à la Religion universelle. Ainsi le pur rationaliste sachant les hmites de la pensée humaine, ne doit nier ni que la révélation soit intrinsèquement possible, ni qu'elle soit nécessaire comme moyen divin d'introduire la Reh-ion véritable. Dès lors l'opposition du rationalisme et du supranaturahsme porte moins sur la réalité de la révélation que sur la valeur qu'elle a par rapport à la Religion.
Abstraction faite de son origine, et à ne la considérer que dans son aptitude à se communiquer, la l{eh-ion est naturelle, quand il sulTit à chacun de la simple raison pour se convaincre qu'elle est vraie ; elle est savante, cniand il laut pour cela l'érudition, la connaissance des témoi-na-es historiques. Cette distinction est de la plus haute importance, carde l'origine d'une religion on ne saurait nullement conclure qu'elle peut ou non être la Religion universelle ; on ne le conclut à bon droit que de la puissance qu elle a ou non de se communiquer à tous. Une Reli-ion révélée pourrait donc en ce sens être dite naturelle dans le cas, où susceptible d'être découverte par la raison seule, elle n aurait été révélée à une certaine époque et dans un certain heu que pour en rendre la connaissance plus i)rompte et plus étendue. Elle serait objectivement naturelle, tandis qu elle serait subjectivement révélée '. Toute trace du lait
I. A. la lettre à Jacobi du 3o août 1780, Briefn>eckHpI U n p,/ rt
Der StreU der Facultàten, VII, p. 36i-363 ' ' ^' ^^' ~ ^^'
de sa révélation pourrait disparaître de la mémoire des hommes sans qu'elle perdît rien pour cela de son autorité et de sa certitude. Au contraire, une Religion qui tirerait toute sa vérité de son origine prétendue surnaturelle périrait avec les documents et les souvenirs sur lesquels elle s'appuie. Mais toute religion révélée doit contenir, au moins en partie, certains principes de la Religion naturelle ; car la révélation ne peut s'ajouter au concept de la Religion, qui est en lui-même rationnel, que par la raison. Une Rehgion révélée peut donc être considérée, d'une part comme Religion naturelle, d'autre part comme Religion savante.
Le Christianisme est la Religion dans laquelle sont primitivement unis comme il convient les éléments de l'une et l'autre sorte. Son fondateur n'en a pas créé le contenu, qui se trouve au fond de toute raison : mais il est à l'origine de la foi historique qui y a adhéré ainsi que de la première véritable Éghse destinée à donner une forme visible à l'Éghse invisible. Les vérités qu'il a annoncées, loin d'être prouvées par ce qu'il y a de divin dans sa mission, apportent au contraire leur preuve à celle-ci ; car elles sont adéquates à la pure moralité. Alors a été enseigné au monde en paroles lumineuses et décisives ce qu'est la destination de l'homme : le bien est dans la bonne volonté, dans la pureté du cœur ; le péché en pensée est déjà crime ; la haine équivaut au meurtre ; la vie morale est la porte étroite, c'est-àdire la seule voie qui conduise au salut, par opposition aux faciles et illusoires moyens qu'oflPre l'observation extérieure des rites ; elle comprend non seulement les bonnes intentions, mais les actes ; elle exclut l'inaction passive qui s'en remet à l'intluence d'en haut. Nos devoirs se résument en deux règles, l'une générale : Aime Dieu par-dessus tout, c'est-à-dire fais ton devoir sans autre mobile que la considération du devoir même ; l'autre spéciale : Aime ton prochain comme toi-même, c'est-à-dire travaille à son bien dans un esprit désintéressé de bienveillance immédiate envers lui. La rémunération future qui est promise en consé-
quence n'est pas présentée comme le principe déterminant de notre conduite, mais comme l'image édifianle de l'accomplissement du bien suprême, comme le signe de la bonté et de la sagesse divines. Ainsi le fondateur'^du Cbrisliamsme est venu prescrire aux hommes la sainteté. C'est donc là une Religion complète, susceptible de se communiquer à tous, et confirmée par rexemple de celui qui la promulgua. Sicile se réfère plus dune fois aux usa-es et aux formules du Judaïsme, dont elle venait p()urtanl''combattre la légalité extérieure, c'étail pour trouver un plus iacile accès auprès des âmes habituées à la croyance exclusivement statutaire : et c'est cette accommodalion qui fait que le sens en est aujourd'hui sur certains points mal aisé a fixer sans le secours d'une interprétation attentive et compétente; ce qui n'empêche point d'ailleurs q.iune doctrine se devine là toujours et souvent se manifeste pleinement, qui est intelligible et convaincante pour tout homme sans aucun frais d'érudition.
Pour juger mainlenant du Christianisme comme Religion savante, il faut se régler sur les principes suivants : quand une Religion expose comme nécessaires des arlicles de foi qui ne ressortissent pas à la raison comme telle, à moins d admettre la révélation comme un miracle continuellement renouvelé, elle ne peut être transmise aux temps à venir qu autant que la garde en est conliée à des savants. Si le
Christianisme est l'objet dune double foi. une foi rationnelle et une foi historique, on doit regarder la première comme hbrement adoptée, la seconde comme commandée. De là un double culte, celui qui est réclamé par la foi historique et celui qui appartient à la foi rationnelle : aucun des deux ne peut dans TËglise chrétienne, à cause du double caractère qu'elle présente, être séparé de l'autre. Mais l'essenhel est que tout ce qui touche à la foi historique ne soit (ju un moyen de favoriser l'introduction et rinlluence de la foi rationnelle. A cette condition seule, l'autorité que de par leur instruction spéciale les clercs exercent à l'égard
des laïques ignorants, se trouve être sans danger : ils sont alors les ministres d'tin vrai culte. Si au contraire dans leur enseignement ils font passer les articles de la foi positive avant les propositions fondamentales de la Religion naturelle, ou encore s'ils tentent de les faire valoir indépendamment de la science qui en examine l'authenticité historique, ils devienneni les organisateurs et les fonctionnaires du faux culle. Prétendus serviteurs de Dieu, ils ne sont au fond que des commandeurs des croyants : ils sont les continuateurs de la tradition judaïque, érigeant en élément essentiel de la Religion ce (]ui n était qu une accommodation temporaire à des habitudes trop enracinées pour être en un moment extirpées ; ils voient en chaque Chrétien un Juif dont le Messie est arrivé ; et mettant ainsi le Cbristianisme sous la dépendance du Judaïsme, ils favorisent la thèse de ceux (pii avec Mendelssohn tendent à soutenir que la répudiation du Judaïsme est inévitablement l'émancipation absolue à légard de toute foi historique, par suite de la foi chrétienne comme telle '.
L'origine de l'illusion ([ui nous fait prendre des statuts positifs pour l'essence de la Rehgion est dans l'anthropomor[)hisme. L'anthropomorphisme, quasi inévitable, mais peu dangereux (|uand il se mêle à une conception tliéoric|ue de Dieu, devient tout à fait funeste moralement quand il travestit les rapports pratiques de notre volonté à la volonté divine, ^oiis faisons Dieu à notre image, et dans ce cas nous nous persuadons que, sans nous améliorer moralement, nous pouvons mériter sa faveur ou apaiser sa justice par des hommages réitérés, des solennités pompeuses, des mortifications, par des actes qui lui témoignent d'autant plus notre soumission qu'ils consistent davantage en sacrifices que rien n'exige, ^ous conférons une dignité et une eiricacilé exceptionnelles à des exercices de dévotion sans valeur morale propre, qui ne pourraient en tout cas
être mis en œuvre que pour plier notre nature sensible à raccomplissement des fins intelligibles ou que pour écarter les obstacles qui l'en de'tournent. A l'encontre de ces tendances il faut poser ce principe, que tout ce que l'homme, indépendamment d'une vie morale, croit pouvoir faire pour se rendre agréable à Dieu est pure superstition et faux culte. Ce principe ne nous empêche pas d'admettre la nécessité d'une assistance divine pour suppléer à notre imperfection et d'en justifier l'espoir: mais la raison ignore comment et sous quelle forme peut nous venir ce secours d'en haut. Si après cela il est une ÉgHse qui prétende le savoir et l'enseigner, qui condamne même ceux qui l'ignorent, quel est donc celui qui serait de peu de foi : serait-ce celui qui resterait plein de confiance en Dieu tout en ne sachant rien de ses voies, ou celui qui désespérerait, s'il ne savait exactement comment il sera sauvé ? Au reste, ce dernier se rend bien compte que savoir quelque chose, le savoir surtout par révélation, n'est pas un mérite, et s'il tire avantage du savoir qu'il croit posséder, c'est qu'il s'imagine toujours pouvoir se concilier à peu de frais la faveur du Ciel. Dès lors, une fois admis qu'il y a en dehors de la morahté des moyens de plaire à Dieu, la porte est ouverte toute grande à la superstition, et il n'y a plus de motif pour l'arrêter en tel ou tel point ; à cet égard, il n'est pas de différence essentielle entre le culte le plus grossier et le culte le plus ralliné. Le seul moyen d'obvier dès le débuta cet envahissement du faux culte, c'est que la véritable Eglise, à côté de ses statuts positifs dont elle ne peut actuellement se dispenser, enferme un principe qui fasse de la Ueligion morale le but suprême de toutes les institutions ecclésiastiques. On dira que la moralité même peut donner lieu à de semblables illusions, en favorisant la prétention à franchir les limites de la puissance humaine : mais dans ce cas il n'y a point erreur sur l'objet poursuivi : il n'y a erreur que dans la disposition du sujet à se croire égal par sa conduite à son devoir.
Si donc une Eghse peut exiger, outre l'accomplisse-
ment de nos devoirs moraux, celui de certains actes, c'est uniquement dans la mesure où ces actes contribuent de près ou de loin à la moralité. Penser qu'indépendamment de toute fin morale des actes de ce genre peuvent nous valoir les faveurs de Dieu, c'est nous supposer en possession d'un art de produire par des moyens naturels des effets surnaturels, c'est donner dans la magie ou, pour parler plus exactement, dans le fétichisme. Est-il nécessaire d'observer qu'entre des moyens purement physiques et une Cause agissant moralement il n'y a aucune relation possible selon une loi que puisse connaître la raison ? Savoir distinguer et mettre à leur place les éléments du culte, en subordonner les éléments rituels aux éléments moraux, c'est entrer véritablement dans le siècle des lumières (die wahre Aaf/ddrung) : tandis qu'on perd la liberté des enfants de Dieu à cherchei' un mérite dans de vaines cérémonies, à s'imposer d'admettre des faits qui ne sont connus qu'historiquement et qui, étant invérifiables pour chacun, ne peuvent être crus que sur l'autorité d'un clergé. On se plie ainsi aveuglément à la domination sacerdotale, et celle-ci naturellement devient d'autant plus despotique qu'elle éprouve moins le besoin décompter avec les droits de la raison, même avec ceux de l'érudition ; elle se retrouve du reste sous les formes les plus diverses de l'organisation ecclésiastique, et elle s'exerce dès que le clergé se regarde comme le seul dépositaire et l'interprète exclusif des volontés du législateur invisible, comme le dispensateur souverain des mérites et des grâces d'en haut. Au fond, si toutes les confessions religieuses sont également louables en ce qu'elles représentent des essais humains pour réahser le royaume de Dieu sur la terre, elles encourent le même blâme quand elles prennent la forme extérieure pour la chose même, quand dans l'instruction de la jeunesse et la prédication elles mettent la morale sous la dépendance de la foi historique ; elles suscitent ainsi des sentiments de crainte ou de fausse sécurité, également éloignés de la confiance salu-
taîre qu'éprouve l'homme qui commence à bien agir clans le triomphe complet du bien. 11 ne faut point que la vertu se subordonne jamais à la piété ; car la piété ne peut être qu'une façon d'assurer à l'homme que sa bonne intention réussira par delà sa puissance propre : elle ne peut être l'objet suprême des âmes, car elle créerait alors un état de passivité morale vis-à-vis de la puissance divine, ou la crainte angoissante de ne l'avoir pas par de suffisantes expiations provoquée à intervenir favorablement. C'est dans ce vice que tombent certains chrétiens infidèles à l'esprit du Christianisme : les piétistes, par exemple, qui ne voient d'autre remède à la corruption humaine que cette piété extérieure qui consiste à attendre dans une vie de pénitence l'assistance surnaturelle: prenant le mépris d'eux-mêmes pour de riiumihté, ils entretiennent en eux des dispositions serviles et témoignent .ainsi d'un réel manque de foi dans la vertu \
i. VI, p. 267-284. — Cf. Ueicke, Lose Blàtter, E 48, II, p. i83-i84. — Dans le Conflit des Facultés Kant montre comment le mvsticisme de certaines sectes, tout en voulant s'afTrancliir de l'orthodoxisme, aboutit cependant à des conclusions toutes voisines, en sacrifiant la volonté de l'iiommc à la personne divine ; il s'occupe donc du mysticisme des piélistcs comme Spencr et et Franke, de celtii des Frères Moraves et de Zinzendorf. Ici du moins le prn blême est bien posé : la conscience, sans voiles, du mal mène à comprendre la nécessité d'une régénération radicale. Mais la solution est fausse en ce qu'elle transforme la puissance supra-sensible indispensable [tour triompher du nuil
— puissance cpii peut et doit être notre — en une [)uissancc surnaturelle agi?» sant du dehors sur nous. Pour les piétistes, l'homme ne peut pas de lui-même se convertir ; c'est une opération de la grâce qui le conduit à recoimaitrc dan> la tristesse et dans l'angoisse le mal qui est en lui ; et c'est seulement quand le déchirement du cœur en est arrivé au point extrême que se produit la crise décisive d'où sort l'homme nouveau destiné à vivre selon la volonté de Dieu ; c'est donc d'un miracle que résulte la conversion, et si, pour ne pas réduire l'homme à l'état de simple machine, les piétistes admettent que la prière peut provoquer ce miracle, ils ne voient pas que la prière elle-même dans leur système doit supposer l'opération surnaturelle (V. plus haut, p. 38, note). — Quant aux Moraves et à Zinzendorf, ils pensent que la première démarche vient de l'homme qui sent lui même sa misère et désire en être affranchi ; mais pour s'engager résolument dans la voie nouvelle et y persévérer, l'homme a besoin de la grâce divine dont l'efTet se manifeste ici, non par de terribles luttes intérieures, mais par la béatitude lénifiante d'un commerce intime avec Dieu. Les deux sectes, enfin, invoquent une expérience immédiate de l'influence divine, laquelle ne peut avoir rien de positif et donne lieu à toutes sortes d'illusions.
— VII, p. 371-375. — Cf. Reicke, Lose Blàtter, F 11. II, p. 319.
Ce n'est donc jamais du dehors que peut nous venir la décision à prendre en matière de foi; cette décision appartient uniquement à la conscience. La conscience n'a pas k être dirigée ; c'est elle plutôt qui sert de guide dans les espèces morales déhcates. A coup sûr c'est l'entendement ou la raison qui juge que telle action en général est honne ou mauvaise: mais c'est la conscience qui décide que je suis certain ou non que telle action que je vais entreprendre est honne ou mauvaise. Il n'est pas nécessaire que je sache la valeur de toutes les actions possihles ; ce que je dois savoir, c'est la valeur des actions que je me propose d'accomplir ; et tel est le postulat de la conscience : je ne dois les accomphr qu'en étant certain qu'elles sont honnes ; dans le doute, je dois m'abstenir. Il faut répudier énergiquement le principe du probabihsme, pour qui la simple présomption qu'un acte est bon autorise à l'accomphr. C'est dire en d'autres termes que les croyances dont la source est dans des faits extérieurs et des témoignages historiques ne peuvent jamais prétendre s'imposer ; celui-là même qui les professe et les estime vraiefe ne peut s'empêcher de reconnaître qu'en raison de leur origine elles admettent des chances d'erreur et une certaine incapacité de convaincre tout le monde : dès lors il n'a jamais le droit, pour chercher à les propager, de violer un devoir certain : il est môme obligé, quand il les enseigne, de les présenter telles qu'elles sont, sans chercher à obtenir un aveu d'apparence ferme, qui en dissimule hypocritement l'incertitude ; il doit éviter d'agir, même imphcitement, par rarfjiimentum a tiito, selon lequel on peut gagner tandis que l'on ne risque rien à croire plus qu'il ne paraît juste. La vraie maxime de sûreté, au contraire, c'est, sans le rejeter comme laux, de ne jamais regarder comme pleinement certain ce qui, sans s'opposer à la loi morale, n'est cependant connu que par la révélation, c'est d'estimer que tout ce qui m'est promis par là de salutaire ne me sera donné que si je commence par m'en rendre digne. C'est la seule attitude qui convienne, et (|ui soit en accord avec cette vertu éminente
de la conscience, aussi indispensable que rare, si malaist'o à conque'rir et à défendre contre toutes sollicitations : la sincérité ^
Ainsi les pratiques du culte ecclésiastique ne doivent valoir que comme expressions ou symboles des exigences, des conditions et des espérances de la vie morale. Elles se rattachent par ce qu'elles ont de spécifique à l'idée de lu grâce divine ; mais nous devons nous tenir à distance respectueuse de cette idée, et pas plus que nous ne savons comment la grâce opère, nous ne devons prétendre avoir comme sous la main les moyens de la faire opérer. Le culte de Dieu, dans sa vérité, comprend quatre devoirs, et à ces devoirs correspondent des cérémonies qui n'ont pas avec eux un lien rigoureusement nécessaire. Xous avons d'abord pour devoir de fonder en nous le bien, c'est-à-dire de faire vivre et de vivifier constamment à nouveau dans nos âmes l'intention morale : ace devoir correspond la prière privée. — Nous avons pour devoir ensuite de travailler à l'extension extérieure du bien, en nous unissant aux autres hommes dans des assemblées publiques régulières où s'expose la doctrine religieuse et où s'exprime l'aspiration de tous à devenir meilleurs : à ce devoir correspond la fréquentation de l'Eglise. — Nous avons pour devoir encore de transmettre le bien 11 la postérité, c'est-à-dire de recevoir les générations nouvelles dans l'Église : à ce devoir correspond le baptême. — Nous avons pour devoir enfin de conserver et de renouveler cette communauté spirituelle des fidèles unis dans le corps de l'Église et investis d'un droit égal à participer aux fruits du bien moral : à ce devoir correspond la communion. — Ces diverses pratiques n'ont de valeur que tout autant qu'elles restent enfermées dans le sens des devoirs auxquels elles correspondent. Dès qu'elles prétendent à une efficacité dérivée uniquement de leur réahté matérielle, elles deviennent funestes. La prière
est fétichisme du moment qu'elle est autre chose que le vœu renouvelé de nous rendre agréables à Dieu par nos intentions et nos actes, du moment qu'elle se propose d'agir sur Dieu pour la satisfaction de nos besoins, qu'elle est comme un entretien sensible avec Dieu qu'on aurait honte de voir surprendre, qu'elle assujettit à des formules prétendues sacrées la disposition intérieure qui doit se libérer de toute formule ; comprise dans son véritable esprit, l'oraison dominicale a été la suppression de la prière formelle'. — La fréquentation de l'Eglise ne doit pas être un simple acte de présence ; surtout elle ne doit pas servir à entretenir en nous des émotions passagères liées à des représentations sensibles de la Divinité ; elle ne doit pas avoir pour objet une édification indépendante de tout effort moral : le temple de Dieu ne s'édifie pas en nous de luimême, au chant de pieux cantiques accompagnés de soupirs et de désirs ardents, comme les murs de Thèbes aux accents de la lyre d'Amphion. — Quant au baptême, s'il est, par l'admission d'un membre nouveau dans l'Eglise, par rengagement moral et religieux qu'il impose au néophyte et à ses répondants, une solennité d'une haute importance, il ne saurait être un moyen direct de grâce, ni surtout avoir la vertu d'elfaccr les péchés. — Enfin la communion, accomplie en commémoration du fondateur de l'Église, a toute sa valeur dans l'alTermissement qu'elle apporte à l'union fraternelle des membres de l'Eglise et dans l'élargissement qu'elle opère de la cité de Dieu, capable de devenir ainsi la cité universelle. Elle a par là quelque chose de grand et de moralement efficace ; en attendre d'autres effets, c'est méconnaître l'esprit dans lequel elle a été instituée". En dernière analyse, toutes les illusions du faux culte ont leur principe dans la tendance à ne retenir des attributs de Dieu, sainteté, bonté, justice, que le second, et à chercher des moyens matériels pour se concilier, en dehors