On peut citer Siiskind, Ammon, Tieftrunk
3. J.-W Schmid et Chr. Khr. Sclunid, Jacob, Krug, Ruhr, Wegsclieider, Oesenms, Dav. bchulz. Paulus fut le plus célèbre représentant de cette tendance.
4. V\ la réponse de Kant à Jacobi, du 3o avril 1789, Briefveclisel, 11 p. 72-70 — « On ])eut bien accorder, y disait-il entre autres choses, que si 1 hvangile n avait pas précédemment enseigné les lois morales universelles dan«; toute leur pureté, la raison jusqu'ici ne les aurait pas saisies dans une telle ner leclion ; toutefois, maintenant (ju elles sont données, on peut convaincre chacun par la seule raison de leur exactitude et de leur validité » p -4
5. y. plus haut. p. 398 sq. - Cf. Lév -Hruhl, La philosophie de Jarobi, p. 174 sq. ^ ^
ne. pouvait avoir de valeur philosophique en dehors d'une méthode qui l'eût produit. Or c'était à toute méthode que répugnaient Jacobi et ses partisans plus ou moins prochains. Ils faisaient fi du labeur de l'entendement discursif; ils en appelaient à la vision géniale, à la divination intuitive ; merveilleusement confiants dans les ressources de leur esprit propre, ils étaient comme ces riches qui regardent de haut les modestes travailleurs ; ils se bornaient à affirmer selon leur gré là où les autres s'appHquaient à démontrer selon la vérité. Contre cette insolence intellectuelle permise à la fantaisie de l'amateur qui n'est qu'amateur, mais intolérable, comme il le disait, à la pohce du royaume des sciences, Kant écrivit dans \ai Berll/usche Monaisschrift son article Sur un Ion de distinction récemment pris dans la philosopJde\ Il raillait cet étrange emploi du mot de philosophie, qui, avant d'être apphqué comme aujourd'hui à linspiration incommunicable, avait été appliqué par un abus analogue à la vie monastique des ascètes dans le désert, aux procédés occultes des alchimistes, à l'initiation mystérieuse des Lo^-es. Il dénonçait l'arbitraire des croyances imposées d'autorité par (( le |)hilosophe du sentiment qui platonise » (der platonisirende GefaldspJnlosoph . Platon se trouve être en elTet, sans l'avoir voulu, le père de ce mysticisme philosophique, de cette Schwdrmerei. Il admettait une intuition primitive des idées, maintenant obscurcie par les ténèbres de notre vie sensible, et que le philosoplie a le devoir de restaurer dans les âmes. Mais il invoquait cette intuition intellectuelle pour exphqner en quelque sorte par derrière nous la possibihié d'une connaissance synthétique a priori, non pour étendre par devant nous cette connaissance par la continuation de la prétendue lecture des Idées dans l'entendement divin. Et surtout
I . Von eincni neuerdings erhohenen \ornehmen Ton in der Philosophie, 1796. — L'article visait surtout J.-G. Schlosser, qui dans des remarques sur les prétendues lettres de IMaton avait attaqué la philosophie kantienne. — \ . éf,ralement dirigée contre Schlosser la fin d'un autre article de Kant paru peu après (179G) : VerkUndi-Nni; des nahen Abschlusses eines Tractats zum en'igen hrieden in der Philosophie, YI, p. 496-497.
îif-
il entendait ainsi fonder le droit de la raison, non le supprimer. Son plus grand défaut fut de se laisser fasciner par les propriétés des ligures, comme Pvtliagore lavait été par celles des nombres, au point d'y voir la révélation du mvslère des choses.
Nos modernes platoniciens, eux, veulent élever l'objet de leurs affirmations au delà de la raison même; ils ne s'en tiennent plus à la hiérarchie régulière des diverses espèces d'assentiment, opinion, foi, savoir; il leur faut ce qu'ils appellent un pressentiment du supra-sensible, et ils abondent en expressions figurées d'une signification indécise ou équivoque pour suggérer ce que peut être ce pressentiment. Une appréhension trop nette de l'objet les olfuscjucrait: à l'exemple du faux Platon ils veulent, non point soulever le voile d'Isis, mais le rendre un peu moins impénétrable de façon à deviner la divinité qu'il recouvre.
A l'origine de leurs tentatives illusoires et de leurs prétentions arrogantes il y a cependant un besoin certain de notre nature, celui de nous raltaclier à ce monde supra-sensible dont la conception peut seule donner à notre moralité une assiette ferme. Mais cette conception ne se détermine rigoureusement que par la loi morale, et si elle nous conduit à un mystère qui est celui de la liberté, ce n'est qu après avoir rationnellement établi la puissance pratique de cette faculté d'agir inconditionnée et en avoir aussi ration nellemenl justifié l'incompréhensibilité théorique. La philosophie critique donne donc un sens précis à ce qui n est dans la philosophie du sentiment qu'aspiration légitime, mais vague. (( La déesse voilée devant qui nous ployons, de part et d'autre, le genou est la loi morale en nous dans son inviolable majesté. Nous entendons assurément sa voix et nous comprenons fort bien son commandement: mais en l'écoutant nous ne savons pas si elle vient de l'homme, en vertu de la puissance souveraine de sa propre raison, ou si elle vient d'un autre Etre dont l'essence lui est inconnue et qui parle à l'homme par l'intermédiaire de sa raison
propre. Au fond nous ferions peut-être mieux de passer outre à cette recherche, puisqu'elle est exclusivement spéculative, et que ce qui se présente à nous (objectivement) comme le devoir à accomplir reste toujours le même, que l'on admette pour fondement l'un ou l'autre principe : avec cette différence, que la méthode didactique, qui consiste à ramener la loi morale en nous à des concepts clairs selon les préceptes de la logique, est seule proprement philosophique, tandis que l'autre procédé, qui consiste à personnifier cette loi, à faire de la raison qui commande moralement une Isis voilée (tout en ne lui attribuant d'ailleurs d'autres ])ropriétés que celles que l'on découvre par la première métliode), est une façon esthétique de se représenter absolument le même objet; on en peut assurément user, après que par la première méthode on a tiré les principes au clair, afin de lendre ces idées plus vivantes par une exposition sensible, quoique seulement analogique; mais il y aura toujours à cela quelque danger de s'égarer en des visions chimériques qui sont la mort de toute philosophie'. » L'œuvre propre de la raison, c'est donc de travailler à ce que la loi morale ne revête point l'apparence d'un oracle sujet à toutes les interprétations. Mais après tout, com^me dit Fontenelle, si M. N... veut absolument croire aux oracles, personne ne l'en peut empêcher".
Ainsi kant tachait de maintenir le sévère esprit du rationalisme critique à la fois contre les adversaires et contre les alliés compromettants qui ne trouvaient pas dans la doctrine de la loi morale et des postulats une façon suffisante de limiter le savoir afin de faire place à l'intuition du sentiment, ou qui étaient tout prêts à détourner l'idée d une foi de la raison vers Tidée d'une foi irrationnelle, alimentée par l'inspiration mystique ou par la tradition historique. Et la difficulté certes était grande pour sa philosophie de rester en garde, non seulement contre