Cf. Ritschl. Ibid., I. p
la loi, non celui qu'elles ont avec nos autres facultés', et par 011 elles expriment l'intégrité de notre vie.
Telle qu'elle était, et autant par la diversité des tendances qu'elle essayait d'accorder que parla détermination rigide du principe qui en fondait l'accord, cette philosophie religieuse de Kant devait se heurter à des oppositions de nature très différente. D'un coté l'idée qui en était le point de départ et qui en conditionnait tout le développement, 1 idée du mal radical, ne pouvait que choquer vivement Vhfunaiiisme optimiste de ])oètes tels que Gœtheetllerder '. D'un autre cO)lé le fait d'identifier la lieligion naturelle avec l'essentiel des dogmes chrétiens moralement interprétés, d'attribuer ainsi au Christianisme historique en quelque mesure une juste valeur et une inlluencc utile ne pou\ait (jiie soulever contre Kant les écrivains de r^lw^yt/fV/'w/^//, qui virent là, en effet, un retour à la superstition et à la barbarie seo-
1. Cf. O. Pfleiderer, Ceschichle der Reli^ionsphilosophic s'oni Spinoza his au I' (lie Cei^^emvart, 3^' éd., i8()3, [>. i8().
2. Gœthc qui était alors tout plein de la beauté antique et de la conceplion eslliétiqueilu monde, qui s'avouait païen décidé, écrivait à Ilcrdcr le 7 juin I7<j > : « Rant, après avoir employé une longue vie d'iiomme à décrasser son maiiti un philosophique de maints préjugés, l'a ignominieusement sali de la tache «hi mal radical afin que les Chrétiens aussi se sentent engagés à en baiser le bord. )) Cœthes Brief'e, éd. Ed. von der Hellen (Cotta'sche Bibliolhek), III, p. 11G-117. — V. également la lettre à Jacobi, du mémo temps, III, p. i!.). — V. Vorlander, Cwt/tes Verhàllniss zu Kanl, Kantstudien, I, p. 90-97. — llerder, qui avait fondé son interprétation du Christianisme sur la foi dans la bonté de la nature humaine, qui déclarait à la fin de ses f.ettres sur lliuiminité qu'il ne pouvait tirer aucun bon parti de riiy|tothèse d'une puissance du mal dans la volonté humaine fut naturellement tout offusqué de la Religion de Kant; il en combattit et en railla le « roman » chrislologique et la « diaboliade philosophique » (V. Hayni, Ilerdnr, II, p. ()54-l)5()) 11 s'éleva également contre la thèse de l'autonomie de la Faculté de philosophie, soutcir.iç dans le Conflit des Facultés (/hid., p. G8;^-(»84). — Schiller, lui aussi, avouait que l'idée du mal radical révoltait son sentiment; cependant il ne voyait pas trop quels argumiMils v opposer. Il trouvait d'ailleurs dans l'ouvrage de kuit a l'exégèse la plus pénétrante de l'idée chrétienne de la lieligion par des raisons philosophi(|ues » ; il en ap[)rouvait. avec la tendance et la méthode, la th«»c essentielle qui reconnaissait à la foi de la Religion positive «me valeur simpKment subjective, mais pour longtemps indispensable (Lettre à Korner, du y8 février 1793, liriofc, éd. Jonas, III, p. 287-989. — V. aussi la lettre à Fischenich, du 20 mars, où il dit que le très important ouvrage de Kant n'est rien de moins « qu'une déduction de la nécessité d'une Religion positive ot d'une Eglise par des raisons philosophiques, et une explication — plus platonicienne, il est vrai, qu'exégétique — du Christianisme ». Ibid.y p. 3o5-3o6;.
lastique du moyen âge '. Les orthodoxes, eux, saisirent surtout de l'ouvrage et combattirent vivement ce qu'avait de négatif à leur endroit le rationalisme kantien, c'est-àdire la subordination du dogme à la loi pratique, l'interprétation purement morale de l'Ecriture, la réduction au minimum des articles de foi, ramoindrissement du rôle de la révélation ". Par ailleurs cependant la philosophie religieuse de Kant, non seulement était acceptée avec enthousiasme par des disciples '\ mais commençait à exercer sur la théologie une influence qui fut étendue et durable '. Elle se substitua un peu partout à la philosophie de Leibniz et de Wollf dans la tache de définir les conditions intellectuelles à laquelle la théologie devait s'adapter ou se soumettre : par son concept de la lieligion morale, par sa distinction du sensible et du supra-sensible, elle fournissait aux esprits en quête d'accommodation des moyens nouveaux classez souples pour concilier le rationalisme avec le supranaturalisme, et c'est sous cette forme qu'elle se fit agréer non seulement d'un grand nombre de théologiens protestants, mais encore de certains théologiens catholiques '. A
1. V. en particulier le compte rendu de la 2'^' édition de la lieligion dans la Noui'plle bibliothèque allemande uni\'vrseLle de Nicolaï.
2. V. la lettre qu'écrivait de Erlangcn Ammon à Kant, 8 mars 1794» etdans laquelle il signalait les adversaires que rencontrait l'interprétation morale de l'Ecriture. « Ils soutiennent que cette façon de chercher un sens moral n'est pas autre chose que le procédé, depuis longtemps tourné en dérision, des Pères de TEglise, en particulier d'Origène, qu'avec celte sorte d'exégèse toute certitude dogmatique s en va (en quoi ils pourraient bien n'avoir pas tout à fait tort) et qu'une nouvelle barbarie sera le dernier terme de cette interprétation (/^/ve/wec/isel, II, p. 474)- — Parmi les orthodoxes, ceux qui combattaient Kant avec le plus de mesure étaient des théologiens de Tiibingen, comme Storr, dont Kant, dans la Préface de la 2« éd. de sa Religion, ciie avec estime les Annotntiones (juœdam theologicx,el i.-F. Hatl, qui avait déjà critiqué Kant dans divers ouvrages et qui lui adressait directement des objections courtoises, non sans valeur (V. Rriefwechsel, II, p. 44"> ; III» p- 379-881).
3. \. la lettre de KieseAveter, du i5 juin 1798 (^Brief\\'e'chsel, II, p. 421), celle de Biester, du i3 juillet 1798 (p. 4'i3), celle de Ilippel, du 5 décembre 1793 (p. 4i^^)» celle de Maria de llerbert, du commencement de 1794 (p- 466).
4. V. Rosenkranz, (ieschickte der Kanl'schen Philosophie, p. 323-337. — J.-Ed. Erdmann, Wissenschaftliche Darstellung der Geschichte der neuern Philosophie, III, i, p. 268-276. — Ed. Zeller, Geschichte der deutschen Philosophie, p. 4 18-422.
5. Parmi ces théologiens catholiques il faut citer Reuss à Wûrzburg (V. sa
dire vrai, en se répandant, elle ne pouvait guère maintenir tel quel l'équilibre qu'elle avait taché de fixer. Si chez certains elle fut employée à accorder la Religion de la raison avec la Keligion positive', et souvent par une justificalion plus dogmatique du princi[)e et du lôle de cette dernière ^ chez d'autres, elle lut reprise et développée dans le sens d'un rationalisme de plus en plus strict qui semblait ramener la pensée de Kant à celle de YAufldiinuuj \
A la vérité, Kant avait toujours rappelé que si c'est la raison pratique qui prononce sur les problèmes moraux cl religieux, c'est toujours bien la raison. Il avait délbndn énergiquement son système contre toute conlusion avec les doctrines qui opposant, elles aussi, la foi à la connaissance la faisaient dépendre d'une révélation irrationnelle ou d'une inspiration du sentiment. Les concordances que Jacobi avait cru découvrir entre la philosophie kantienne et la sienne étaient plus pour inquiéter Kant que les dill'érences encore cependant très fortes qu'il avait découvertes'. En réahté. tout séparait Kant de Jacobi', car l'accord sur certaines intentions et certaines conclusions
lettre à Kant, du 21 avril 1797. liriefa:, \\\, ,,. ,58), Koller à Hoidelberf- et surtout Hernies a Bonn. ^
1. Staiidlin, le théologien de Gottingue, avec qui kant avait été en correspondance, comme nous l'avons vu, sur ces questions, et à qui il dédia le Conflit des facultés montra une particulière activité à défendre fidMement sou» diverses formes l'esprit du kantisme.