I. Cf. l^as ist Aiifldaning, IV, p. i65-i
9. VI, p. 391-339. — On trouvera rappelées plus loin, dans l expose de la Doctrine du droit i)ublic selon la Métaphysique des mœurs, certaines des thèses et des indications fournies ici par Kant.
En matière de droit des gens, ce qui lend à mettre la pratique en dehors la théorie, c'est par exemple une thèse comme celle de Mendelssohn {Jérusalem, 2' section, p. 44- 47), d'après laquelle la marche de Thumanite' n'est qu'une simple oscillation, tout pas qu'elle fait en avant étant suivi d'un égal recul qui la remet au même point. Dans l'ensemhle de l'espèce humaine il y aurait donc toujours un même degré de vertu et de vice, de religion et d'irréligion, de bonheur et de misère, sans qu'aucune amélioration certaine soit jamais à espérer. Tlièse décourageante autant qu'inexacte. Si l'on peut dire que l'homme vertueux, aux prises avec le malheur et la tentation et ne cédant ni à l'un ni à l'autre, est un spectacle digne de Dieu, ce serait un spectacle indigne, non 'seulement de Dieu, mais du plus simple honnête homme, que celui de l'humanité ne montant quelque peu vers la vertu que pour retomber plus lourdement dans le vice. Puisqu'il y a un progrès de la culture, pourquoi n'y aurait-il pas un progrès moral .^ Que ce progressât souventinterrompu, sansdoute : maisil n'estjamais arrêté. Il reste toujours la maxime obligatoire de notre conduite, ce dont on ne peut point par conséquent airirmerl'impossibihté. Et non seulement il n'est pas inq)ossible, mais encore il est trop étroitement lié à l'existence d'une disposition au bien dans la nature humaine pour que la réahté n'en doive pas être supposée. Donc, bien que prise en pitié par les hommes d'État qui n'y voient qu'une chimère puérile et pédantesque mise au jour par l'école, bien que contredite en fait par ce besoin de conquête qui pousse les hommes les uns contre les autres, par ces armements continuels qui troublent même la paix momentanée avec des cauchemars de guerre, l'idée d'une cité universelle de tous les peuples n'en a pas moins la puissance d'une règle obhgatoire, d'autant plus capable de se réahser dans\ pratique qu'elle sera davantage reconnue comme une vérité : et elle a aussi pour elle le concours providentiel delà nature qui aboutit toujours à faire prévaloir surles finspar-
LA THÉORIE ET LA PRATIQUE ÔqB
ticulières des hommes la fin morale de l'humanité. (( Car c'est précisément l'antagonisme de ces inclinations dont résulte le mal ([ui procure à la raison un hbre jeu, grâce auquel elle les subjugue toutes, en même temps qu'à la place du mal. qui se détruit lui-même, elle fait triompher le bien, qui se soutient de lui-même à l'avenir dès qu'une fois
il existe \ »
Ainsi, à aucun point de vue, on ne peut soutenir que ce qui est bon en théorie ne vaut rien pour la pratique. Dune façon générale, quand une théorie n'est pas praticable, ce n'est point parce qu'elle est théorie, c'est parce qu'elle ne Test pas assez, parce qu'elle ne fait pas entrer en h^me de compte tous les éléments du problème à résoudre ; c'est ce qu'on avoue du reste volontiers quand il s'agit des sciences proprement dites et de la technique qui leur correspond. Au contraire, quand il s'agit de la conception philosophique du devoir, on invoque contre elle toutes les sentences d'une prétendue sagesse qui ne veut connaître que l'expérience ; au nom d'observations empiriques, on vient faire la loi à la théorie qui a cependant en elle sa raison d'être et qui possède dans son concept fondamental sa iiarantie de réalisation : car ce ne serait pas un devoir de se proposer un acte, si cet acte n était pas possible a accomplir, entièrement ou par approximations graduelles ^
Cette foi énergique dans l'efficacité pratique de la pure raison, dans la subordination obligatoire et même finalement inévitable des intérêts aux idées inspirait un peu plus tard à Kant, sur un thème qui lui était cher, son traité De la paix éternelle'. Cet a Essai philosophique » parut en 1796
1. VI, p. 340, p. 34o-346. — Cf. Zum ewigen Frieden, VI, p. ^27 sq.