I. VI, p. 435-43G
PI
c'est-à-dire un homme d'Élat qui adopte des maximes de prudence politique de façon à les mettre d'accord avec la morale, non un moraliste politique, c'est-à-dire quelqu'un qui se forge^ une morale accommodée aux intérêts de l'homme d'Etat. Le poHlique moral soutient que s'il se rencontre des vices, soit dans la constitution de l'État, soit dans les rapports extérieurs des États entre eux, les chefs doivent y porter remède conformément au droit naturel tel qu'il découle de la raison, dussent-ils en souifrir dans certains de leurs avantages. Il ne prétend pas pour cela qu'on doive détruire le régime actuel avant d'avoir positivement un meilleur régime à y substituer ; il tient compte de la nécessité, morale autant que politique, de maintenir l'ordre, qui est pour tout État la cause de sa prospérité intérieure el la garantie de sa sécurité extérieure ; il admet du reste que si une révolution violente a amené par des voies injustes une forme meilleure de gouvernement, on ne doitnéanmoins jamais tenter de faire rétrograder le peuple vers d'anciennes formes. Il se peut qu'il y ait une façon despotique d'appliquer la morale à la politique ; mais l'expérience remet irrésistiblement dans la bonne voie ceux qui la pratiquent. Les politiques morahsants. eux, sous prétexte d'une familiarité plus grande avec les hommes et d'un maniement plus étendu des affaires humaines, s'ellorcent de perpétuer les imperfections et les injustices de tout régime existant ; ils introduisent des maximes de savoir-faire incompatibles avec le droit : h\w et spera. — Sijecisli, ncga. — Divide et impera. — Le mensonge est à la base de leur sagesse ; par suite le secret est leur grande ressource. Il faut leur opposer résolument ce principe, à la fois moral etjuridique, qui doit régler toutes les relations extérieures : Toutes les actions relatives au droit d'autrui, dont la maxime ne peut supporter la publicité, sont injustes.
Ainsi l'opposition de la morale et de la pohlique n'existe que subjectivement ; la morale doit faire la loi à la pohtique, d'autant que ses principes sont très certains, tandis que les
connaissances techniques sur lesquelles s'appuie la poUtique ne sont jamais assez larges ni assez précises pour permettre des conclusions sûres \
Dans ces essais Kant reprenait des idées ou élaborait des formules qui devaient trouver place dans sa Métaphysique des mœurs. Celle-ci était encore à écrire. Mais l'essentiel en était contenu dans les ouvrages qui étaient censés la préparer, et la vigueur d'esprit qu'il eût fallu pour rendre originale l'exécution méthodique du plan tracé d'avance manquait maintenant, l'extrême vieillesse venue. Les Premiers Principes métaphysiques de la doctrine du droit et les Premiers Principes métaphysiques de la doctrine de la vertu-, parus successivement en 1797, loin d'offrir une déduction systématique rigoureuse, ne sont guère qu'un effort souvent pénible et stérile de simple arrangement schématique : la pensée y apparaît figée dans les définitions et propositions autrefois établies ; elle n'a ni largeur ni souplesse, ni toujours lucidité =\
L'idée d'une Métaphysique des mœurs, ainsi que le rappelle Kant \ suppose et manifeste que la loi morale ne peut être dérivée de l'expérience, qu'elle ne peut être fondée qu'a priori. Il arrive que la science de la nature, bien qu'elle