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PKEMIERES COCEPTIONS MOUALES
de toute perfection... Les scènes changeantes de la nature ne peuvent troubler la tranquille félicité d'un esprit qui s'est une fois élevé à une telle hauteur^ ».
Ces idées de Kant reparaissent à nouveau parmi les conjectures et les rêves qui remplissent la troisième partie de son livre, intitulée : Des Habllunts des Astres. Rien n'est plus faux, selon kant, qu'une conceptioji téléologique qui subordonne la marche de l'univers aux fins particulières de l'homme. Aussi bien que l'homme, l'insecte pourrait juger que son existence et celle de son espèce mesurent la valeur de tout. Or, parce que la nature produit tous les êtres avec une égale nécessité, aucune classe d'êtres n'a le droit de se mettre à part ; en ce qui nous concerne, il est insensé d'attendre que l'ordre des forces naturelles iléchisse devant la considération de telle ou telle fin, dont l'accomplissement, selon nos vues bornées, donnerait plus de beauté ou de perfection aux choses. Que pourrait signifier au surplus, même s'il était authentiquement établi, tel défaut de l'univers? N'est-ce pas la propriété de l'Infini d'être une grandeur qui ne saurait être diminuée par la soustraction d'aucune partie finie ' ?
L'homme est hé au Tout dans sa pensée et dans son action. Quelque disproportion qu'il paraisse y avoir entre la faculté de penser et les mouvements de la matière, il n'en est pas moins certain que l'homme tire ses représentations et ses concepts des impressions que l'univers suscite en lui par l'intermédiaire de son corps. Or ce corps qui enveloppe l'esprit est d'une matière plus ou moins grossière : d'une façon générale, les corps des habitants des diverses planètes sont faits d'une matière d'autant plus subtile et légère que ces planètes sont j)lus éloignées du soleil ; on conçoit donc, pour l'homme, que l'imperfection de son organisme le condamne à la servitude des idées confuses et des passions. Au fait, il semble que la destinée de la plu-
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[)art des hommes consiste à satisfain» les plus élémentaires besoins de leur existence, à croître sur place, comme les plantes, à propager leur espèce, à vieillir et à mourir : leur puissance de penser reste opprimée sous les penchants qu'elle devrait gouverner. La Aiculté de lier des concepts abstraits, d'opposer au tumulte des passions la force des représentations claires reste ainsi chez beaucoup sans vigueur : si elle se manifeste chez quel([ues-uns, ce n est que tard et par intermittence : la lumière de la raison n'est dans 1 humanité que comme ces rayons voilés ou brisés par l'épaisseur des nuages '.
Tout au moins la perspective souriante nous est ouverte d'un développement supérieur de la pensée dans d'autres mondes, et notre situation d enfants de la terre nous permet d*en juger par comparaison. S'il y a au-dessous de nous des êtres dont les plus privilégiés sont ce qu est un lloltenlot par rapport à un Newton, nous pouvons concevoir au-dessus de nous de ces êtres bienheureux qui sont a Newton , suivant l expression de Pope, ce que Newton est à un singe. Et ce qui les élève si haut, ce sont ces vues distinctes de la pure intelligence, qui deviennent spontanément des mobiles d'action, d'une force et d une vivacité bien supérieures à tous les attraits sensibles. (( Avec combien plus de magnificence la Divinité qui se peint dans toutes les créatures ne se reflète-t elle pas dans ces natures pensantes qui reçoivent paisiblement son image comme une mer que n'agitent point les orages des passions"! » Qui sait d'ailleurs si ces globes célestes ne sont pas comme les degrés matériels que doit franchir l'ame immortelle dans l'infinité de sa vie à venir ? N'y a-t-il pas une affinité entre le spectacle qu'ils nous olTrent. le prestige qu'ils exercent sur notre curiosité, et la conscience de la destinée de l'esprit, dépassant peu à peu tout ce (jui est fini, s assurant par une plus intime union avec Dieu la perpétuité de son exis-