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tous la conviction optimiste de ra|)htudc naturelle de 1 homme à la vertu : par l'adliésion qu il donne aux morales anglaises du sentiment, il commence à exprimer, sous une forme cpiil estimera plus tard inférieure et même inexacte, sa foi dans l'autonomie de la conscience ; il en appelle des conslructions des philosophes, théori(juement mal fondées et pratiquement inutiles, aux révélations de la nature intérieure ; en ce sens d ailleurs il est encore puissamment incité par la lecture de Rousseau ', dont l'inlluence sur lui, manifeste par des allusions de son Prof/ninime, se coinhine dès à présent avec celle des moralistes anglais '.
Celte inspiration nouvelle le libère pour un temps des manières de penser et aussi des manières d'écrire purement didactiques ; le besoin qu'il éprouve de dégager d'une niéta-
non le crilicjuo de la raison humaino, mais uniquement le moraliste et l'essayiste. Benrio Erdmann emj>runte ses principales preu^esaux renseignements laisses par llerder sur ses ann«''es de KdMiij^^sberg ; engage par KanI dans la lecture de llume et de Rousseau, llerder avait en ellet considéré dans Hume, non l'einjtiriste. mais le ce philosophe de la société humaine». K(ud und Iluinc mit I/62, Archiv fur (ieschichte der IMiilosophic, I, p. 62-67. ^- la lettre de Kant à llerder du 9 mai 1767 ÇBrirfivcchsel, I, p. 70) et la réponse de llerder, de novembre 1767 {/hid., p. 78), cpii rendent [«lausihle la thèse défendue par Benno Erdmann dans cet article.
1. Ln autre écrivain français, dont Kant a dû à ce moment goûter et peut-être essayer d'imiter la manière, c'est Montaigne. Les l'J.ssais étaient un de ses ouvrages de prédilection. V. Keicke, Kanluina, p. i5, p. ^f). Il mettait cepentlant llume bien au-dessus de Montaigne. V. la lettre à llerder, citée plus haut.
2. A ces deux sortes d'influences réunies paraissent se rapporter des réllexions comme celles-ci : « L'entendement sain est empirique et pratique, l'cntendemont subtil est spéculatif, va au-dessus de l'expérience et hors d'elle. » Benno Erdmann, lipfle.xioiwn zur .inf/irofioloi^ir, no^il, p. iio. — « L'enlendernent sain consiste dans les lois cmpii i(p>es de cause à elFet, la saine raison dans les lois rationnelles universelles de la moralité, mais m concrelo. Demandez donc à un homme sans instruction ce qu'est la justice ; — mais il sait ce qui est juste. L'entendement sain est praticjuo : parce qu'il comprend Tapjïlication des règles aux cas. L'entendement cultivé par la science dévie, lorsqu'il conclut de l'universel et de l'indéterminé in ahstracto au déterminé, l'entendement conunun aussi, quand il rend universelles ses règles particulières. L'entendement sain est plus indispensable que la science et ne peut s'acquérir par elle. » Ihid., n'^ 2i5, p. iio.
physique incomplète et arbitraire la signification réelle et idéale de la vie humaine développe en lui à un degré remarquable le sens de l'observation morale. C'est le moment où il a été le plus indépendant des formules d'école, des formules qu'il avait reçues comme de celles qu'il devait à son tour s'imposer à lui-même. Il se plaît à montrer la diversité des aspects sous lesquels l'humanité se présente, à relever les variétés de caractères selon l'âge, le sexe, la nation : en traits larges et brillants il esquisse une sorte de psychologie des peuples ' : tout cela dans une langue volontairement assouplie, où se révèle cependant au naturel un heureux mélange de finesse et de bonhomie. Telles sont ses Observations sur le seniimenl du beau et du sublime, ])arues un peu avant le Programme de ses leçons: toutefois dans leur grande liberté d'allure, elles portent la marque très visible de la préoccupation qu'il avait d'aboutir par une autre voie que la spéculation abstraite à la définition des principes propres de la moralité. Les sentiments moraux y sont, il est vrai, rapprochés des sentiments esthétiques ; c'est que ceux-ci sont élevés à la hauteur des sentiments moraux. Et surtout une distinction importante est faite entre les sentiments moraux qui méritent strictement ce nom et les sentiments moraux (pii n'ont ce titre que comme auxiliaires d'une vertu imparfaite ou comme substituts d'une vertu manquante : de telle sorte que dans son effort même pour atteindre a la compréhension la plus souple età certains égards lapins conciliante de la nature humaine, Kant veut réserver les droits de la pure morale à n'être pas confondue avec ce qui l'imite ou ce qui prétend la remplacer.
C'est ainsi ([u'il y a des qualités aimables et belles qui. à cause de leur harmonie avec la vertu, sont justement qualifiées de nobles, et i[\n cependant ne sauraient être mises au nombre des sentiments vertueux. (( On ne peut certame-
I, BeohachluNgen iiher das Gefiihl des Sclionen und Erhabenen, 1764, quatrième section, II, p, 267 sq.
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LA PHILOSOPHIE PIWTIOIE HE K A> T
meut pas appeler vertueuse la disposition dame, qui est la source de ces actions auxquelles sans doute la vertu tendrait aussi, mais d'après un |)rincipe (pii ne s'accorde qu'accidentellement avec elle, et qui peut aussi, par sa nature, en contredire souvent les règles universelles. Une certaine tendresse de co'ur. qui se convertit aisément en un chaud senlimenl de pitit\ est belle et aimable: car il y a là la preuve d'une bienveillante participation au sort des autres hommes, à laquelle conduisent également les principes de la vertu. Mais cette passion de bonne nature n'en est pas moins laible et toujours aveugle. Supposez en elTet que cette impression vous pousse à secourir de votre argent un malheureux, mais que nous soyez débiteur d'un autre et que vous vous mettiez par là hors d'état de remplir le strict devoir de la justice, évidemment l'action ne peut provenir une inlenlion >ertueuse, car une intention de ce genre ne saurait vous pousser à sacrifier une obligation plus haute à un entraînement aveugle. Si au contraire la bienveillance universelle à l'égard de l'espèce humaine est devenue en vous un principe auquel vous subordonnez toujours vos actions, alors l'amour pour le malheureux subsiste encore, mais seulement il est, d'un point de vue supérieur, remis à sa place exacte dans l'ensemble de vos devoirs. La bienveillance universelle est un principe de sympathie pour le mal d autrui, mais c'est aussi en même temps un principe de justice, qui vous commande maintenant de ne pas accomplir 1 acte en question. Or, dès que ce sentiment a été élevé à l'universalité qui lui convient, il est sublime, mais plus froid. Car il n'est pas possible que notre cœur se gonfle de tendresse par intérêt pour tout homme et s'abîme dans la tristesse à chaque malheur d'aulrui ; autrement l'homme vertueux ne cesserait, comme Heraclite, de fondre en larmes par compassion, et cependant toute celte bonté de cœur ne saurait faire de lui qu'un désœuvré sensible '. »