‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 5 sur 345 · LES AXTÉCÉDENTS : PIÉTISME ET RATIONALISME · texte numérisé non relu

LES AXTÉCÉDENTS : PIÉTISME ET RATIONALISME

tères de l'époque l'aspiration vivace de certaines ames de tous les temps à une religiou plus intime et d'apparence plus pure? Etait-elle ou non compatible avec la coustitulion de l'Eglise luthérienne? Avait-elleété précédée de tentatives essentkllement pareilles au sein de l'Eglise réformée? Il n'importe ici. Quelque dilliculté qu'il y ait à marquer les ori-ines réelles et à définir l'extension exacte du mouvement piétiste, c'est bien de Spener qu'il reçut dans l'Eglise luthérienne sa puissance de propagation en môme temps que sa direction précise. Spener ne met pas en doute la doctrine de FEghse luthérienne; U respecte le dogme fondamental de la justilicatlon par la foi; seulement c'est dans la volonté, non dans l'entendement, qu'd découvre la source de la religion, et ainsi il est conduit à n'admettre comme foi véritable que celle dont les œuvres, sans en être la condition, portent cependant témoignage '. Le christianisme est dans son fond tendance à la piété, amour de Dieu ; d perd toute vertu efficace a n'être pris que comme un objet d'enseignement extérieur et de connaissance: d demande à (Mre réahsé dans une expérience et une vie personnelles. Ce n'est donc plus à la polémique, ni à la dog-

I Voici ce que disait Leibniz au sujet de Spener et du problème de la justification, dans une lettre au Landgrave Ernest, 1O80 : a Monsieur Spener estait de mes amis partlcviliers lorsque j'étais dans le voisinage de Iranclort, mais depuis que j'en suis parti, le commerce de lettres que nous avions ensemble a été interrompu. Cependant V. A. S. a, eu raison de 1 estimer , je croY même qu elle se serait accordée avec luy en matière de jus ilication. si on estait entré dans le détail, .le me suis entretenu autres fois des heures entières Mir ce chapitre avec feu Monsieur Pierre de A\ alenburg, Sullraga.n de Mavence, et il nous parut qu'il n'y avait gueres de dillérence qui se rapporte à la practique. Je sçais bien qu'il n en a dans la théorie, mais a cet égard les sentiments de quelques catholiques me semblent plus raisonnables que ceux de quelques Protestants. Car la charité met plus tost un homme en estai de lace que la for, excepté ce qui est nécessaire au salut, necessitate med.i ; nn erreur de fov, ou hérésie ne damne peut estrc que parce qu elle blesse la charité et l'union. En elTet ceux qui demandent la foy non seulemeit daus la c/e.///ce, qui est un acte d'entendement, mais encor in fiducia M^^V^st un acte de volonté, font à mon avis un mélange de a foy e de la chante, car cette conliance bien prise est le véritable amour de Dieu. G est pourquoy je ne m'étonne pas, s'ils disent qu'une telle foy est justifiante » Chr. von l\omme , l.eihniz und Landt^raf Ernst ^'on llessen-Hheinjels, 1 vol., 1^17, t. I. p. 277-278.

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matique que doit appartenir le rôle principal. Spener estimait qu'il ne fallait pas prodiguer les accusations d'hérésie; il ne partageait pas la sévérité de ses coreligionnaires pour Jacob IVplnnc et les autres inysll(jues : il mettait si peu les réformés hors de la vraie foi qu'il se sentait plutôt porté, lui et ses disciples, à s'unir avec eux. 11 avait une science théologique sufTisante pour que sa critique de la théologie ordinaire Jie fut pas soupçonnée d'incompétence : mais il croyait que le développement de la vie intérieure relève d'une autre compétence que celle qui s'acquiert par la lecture des livres savants : il recommandait avant tout la lecture des livres saints, l'étude directe de la l^ihle : d'où la création de ce's> Collcf/ia philohihlica destinés d'abord à bien marquer la suprématie de l'Ecriture sur les livres symboliques que l'Kghse luthérienne avait mis au même rang, ensuite a rapprocher autant que possible les lidèles et les théologiens d'école. A toute construction théologique Spener préférait l'édilication d un christianisme agissant, étranger au Y complications artiiicielles de doctrines, d'im christianisme dont chacun pouvait légitimement s'instituer le docteur, du seul droit de sa piété. Il pensait ([uo hi réforme de Luther, en ce qui concerne les mceurs et la vie, était restée incomplète, que l'idéal était de conformer 1 Eglise au modèle de la primitive conmiunauté chrétienne. Mais caractère calme et avisé autant qu esprit ardent, il sentait le danger de prêter à sa tentative l'apparence d une révolution : il voulait moins toucher à l'Eglise luthérienne que créer en elle des fovers de foi dont la lumière et la chaleur ranimeraientgraduellement les parties languissantes du grand corps. En fondant les Coller/ia pieldlis, qui étaient comme de petites églises dans l b]glise, il portait avec beaucoup de mesure une atteinte grave à 1 autorité des théologiens enseignants, contre lesquels il restaurait le principe luthérien du sacerdoce universel. Dans ces collèges se réunissaient, sans distinction d aire, de savoir, de condition sociale, des personnes animées d'une même ferveur, pour se commu-

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nique, leurs expériences religieuses, se porter les unes les autres , par la prière . par des entretiens spirituels , par des commentaires de la Bible, à la sanctliicallondelcurs âmes Ainsi le pouvoir de prononcer les j^aroles de vie n était plus un pnvxlc-e et ne résultait plus dune Investiture extérieure ; d Lenait à quiconque avait senti la régénération s opérer en lui. La fonction de l'enseignement religieux devait surtout s'accomplir en toute simplicité, avecunefamdiaritecordiale,

dépouillée de tout apparat. Spener essayait par la de réaliser ce qui avait été le vœu de Callxte : « Qu a a façon dont Socratc avait lait descendre la philosophie du ciel sur la terre, la théologie fC.t, ellcaussl, ramenée des spéculations et des subtlHtés inutiles pour montrer dans les docU-mes nécessaires au salut la voie de l'esprit et de la sanctification • . » 11 ne séparait pas d'ailleurs en 1 homme la renovavation morale de la rénovation rcHgieuse : en même temps qu'il affirmait l'égalité de la loi morale pour tous, d en étendait l'autorité à bon nombre d'actes que 1 Eglise considérait comme indifférents : Il condamnait le théâtre la danse la musique, les réunions mondaines: il interprétait es obligations pratiques dans un sens rigoriste, afin d égaler 1 une l l'autre l'intériorité de la fol et la pureté du cœur. En rel,\chant les hens qu'avait la croyance rehgieuse avec la théologie dogmatique, il consolidait d'autantoud renouait ceux qui la rattachaient à l'activité morale: il fournissait pour restimatlon de la conduite des critères plus directs, plus proches de ceux auxquels a recours, lorsqu elle juge en toute spontanéité et en toute Indépendance la conscience commune : sous la garantie delà fol et de la loi chrétiennes, il développait le sentiment de la pcrsonnahle : .nais il prévenait d'aitre part le pur individualisme en inatxTre morale et rehgieuse par le soin (|u'il mettait à faire de la notion du péché une pensée toujours présente, à rappeler constam-

I. EMeitiing zu den Acien des Tlwrncr Heligion.iogspnichs, dans liicdermaiin. op. cil . II. y- 3i0.

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matique qiio doit apparlonir le r(Me principal. Spener estimait qu'il ne fallait pas prodiguer les accusations d'hérésie; il ne partageait pas la sévérité de ses coreligionnaires pour Jacob Hœlnne et les autres mystiques : il mettait si peu les réformés hors de la vraie foi qu'il se sentait plutôt porté, lui et ses disciples, à s'unir avec euv. Il avait une science théologique suffisante pour que sa critique de la théologie ordinaire ne fût pas soupçonnée d'incompétence : mais il croyait que le développement de la vie intérieure relève dune autre compétence que celle qui s'acquiert par la lecture des livres savants : il recommandait avant tout la lecture des livres saints, l'étude directe de la l^ihle : d'où la création de ces Collcf/la jj/tilo/ji/jUca destmés d abord à bien marquer la suprématie de l'Ecriture sur les livres symboliques que l'Eglise luthérienne avait mis au même rang, ensuite à rapprocher autant que possible les lldèles et les théologiens d'école. A toute construction théologique Spener préférait 1 édilication d un christianisme agissant, étranger au\ conq)lications artdicielles de doctrines, d un chiislianisme dont chacun pouvait légitimement s'instituer le docteur, du seul droit de sa piété. Il pensait ([ue la réforme de Luther, en ce qui concerne les mieurs et la vie, était restée incomplète, que l'idéal était de conformer 1 Eglise au modèle de la primitive comnmnauté chrétierme. Mais caractère calme et avisé autant qu'esprit ardent, il sentait le danger de prêter à sa tentative ra[)parence d'une révolution : il voulait moins toucher à l'Eglise luthérienne que créer en elle des fovers de foi dont la lumière et la chaleur ranimeraientgraduellement les parties languissantesdu grand corps. En fondant les Coller/lff pirfnfis, qui étaient comme de petites églises dans l'Eglise, il portait avec beaucou|) de mesure une atteinte grave à l'autorité des théologiens enseignants, contre les(juels il restaurait le principe luthérien du sacerdoce universel. Dans ces collèges se réunissaient, sans distinction d âge. de savoir, de condition sociale, des personnes animées d'une même ferveur, pour se commu-

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niqucr leurs expériences religieuses, se porter les unes les autres, par la prière, parties entretiens spirituels, par des commentaires de la Bible, à la sancliHcatio.i de leurs âmes Amsi le pouvoir de prononcer les paroles de vie n'était plus un privilège et ne résultait plus dune investiture extérieure ; il revenait à quiconque avait senti la régénération s opérer en lui La fonction de renseignement religieux devait surtout s'accomplir en toute sim,>licité, avec une familiarité cordiale, dépouillée de tout apparat. Spenercssayait par la de réaliser ce qui avait été le vœu de Calixte : « Qu à la façon dont Socratc avait fait descendre la philosophie du ciel sur la terre, la théologie fî.t, elle aussi, ramenée des spéculations et des subtihtés inutiles pour montrer dans les doctrines nécessaires au salut la voie de l'esprit et de la sanctification'. )) Il ne séparait pas d'ailleurs en l'homme la renovavation morale de la rénovation rchgicuse: en même temps qu'il affirmait l'égahtéde la loi morale pour tous, il en étendait laulorilé à bon nombre d'actes que l'Eglise considérait comme indifférents : il condamnait le théâtre, la danse la musique, les réunions mondaines: il interprétait es obligations pratiques dans un sens rigoriste, afin d égaler l une l l'autre l'intériorité de la foi et la pureté du cœur. En relâchant les liens qu'avait la croyance rehgieuse avec la théologie dogmatique, il consolidait d'autanlou il renouait ceux qui la rattachaient à l'activité morale: il fournissait pour restimation de la conduite des critères plus directs, plus proches de ceux auxquels a recours, l<M-squ elle juge en loute spontanéité et en toute indépendance, la conscience commune : sous la garantie delà foi et de la loi chrétiennes, il développait le sentiment de la personnalité : mais il prévenait d'autre part le pur individuahsme en matière morale et religieuse parle soin qu'il mettait à faire de la notion du péché une pensée toujours présente, à rappeler constam-

I. FAnlcituitfi zu den Âcleii des Thorner Ih'ligion.iffespiûchs, dans liiedormann. op. cil , II, \>. SiO.

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ment rurgence de la lutte à soutenir contre le mal. Il tentait (le toutes ses forces à réaliser une plus complète immédiation du christianisme et de la vie.

Cette réforme de Spener, malgré la prudence avec laquelle elle était entreprise, ne pouvait que se lieurler à des résistances violentes, en raison même de son succès. Les orthodoxes ne manquèrent pas d'invoquer contre elle, avec mainte hérésie, le danger de dissolution qu'elle présentait pour l'Eglise. Cependant le piétisme donnait en divers endroits des signes de robuste vitalité. A Leipzig en particulier, trois théologiens, Francke, Anton et Schade avaient fait de leur société d'études bildiques un puissant instrument de propagande piétiste. Les orthodoxes, comme suprême ressource, réussirent à les faire expulser, et avec eux le philosophe Christian Thomasius, qui par esprit de tolérance et pour faire face à de conmiuns adversaires, les avait énergiquement soutenus. Mais le gouvernement prussien, qui croyait pouvoir conq)ter sur le [)iétisme dans son effort pour unir les deuv Eglises, leur offrit un asile: bien mieux, quand fut fondée en iGf)'! Université de Halle, il prit l'avis de Spener pour la constitution de la Faculté de théologie et pour le choix des professeurs, llalledevint ainsi le grand centre de l'activité du piétisme, son champ d'application pour toutes les réformes conçues selon son esprit, spécialement pour les réformes pédagogiques. Au reste, en s'y implantant, la pensée de Spener ne fut pas sans s'y altérer ; elle tendit à y apparaître plus exclusive, plus concentrée vers un objet unique : il s'agit, non de travailler à la science, mais d'éveiller la conscience ; un grand détachement se produit de plus en plus à l'égard de la culture intellectuelle ; au nom du caractère praticpie que doit revêtir la théologie, on en vient à faire de la puissance d'échfication la mesure de toutes les disciplines. En même temps se développe pour l'éducation de la piété un méthodisme de plus en plus rigide. Avec de hautes vertus, Francke n'a que des capacités scientifiques et di.dectiques assez restreintes,

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