VIII, p
4. rSotons surtout une dissidence dans la conception de la nitthodc à appliquer : « Kousseau, dit Kant, procède syntht'tiquenient et part de l'hompic à l'état de nature : je procède analvtiquement et je pars de l'homme civilisé », VIII, p. Gi3. (^ette remarque montre bien la disposition de Kant à véritier par des procédés réguliers les intuitions de Uousseau ; elle est d'autre part conforme à la thèse soutenue dans I écrit sur V l'^videtici' fies fntnci/jcs de In ihrolo^if t.aiurelle et de Iti inorab'y d'après laquelle les tléfinilions en philosophie ne peuvent être obtenues (pi'en partant du donné et par voie dana- Ivse. tan<lis que les seules dérmilions des mathématiques sont svnlhétiques et originairement construites. Il, p 28^ sq.
rSFLUE>CE DE ROUSSEAU
de Rousseau, c'est la pensée qu'il y a une nature humaine originelle, corrompue à la fois et dissimulée par l'état actuel de la civilisation. 11 s'agit donc de découvrir et de restaurer, par delà les formes factices d'existence qui la défigurent, l'humanité primitive, ou, d'un mot plus exact, l'humanité vraie. De quelque façon qu'il faille l'entendre en l'approfondissant, c'est l'idée de la simplicité naturelle qui doit reparaître comme l'exemplaire de la vie humaine. « Il est nécessaire d'examiner comment l'art et l'élégance de l'état civilisé se produisent, et comment ils ne se trouvent jamais dans certaines contrées (dans celles, par exemple, où il n'y a pas d'animaux domestiques), afin d'apprendre à distinguer ce qui est factice, étranger à la nature, de ce qui lui appartient en propre. Si l'on parle du bonheur de l'homme sauvage, ce n'est pas pour retourner dans les forêts, c'est seulement pour voir ce que l'on a perdu d'un côté, tandis qu'on gagne de l'autre* ; et cela, afin que dans la jouissance et l'usage du luxe social on n'aille pas s'attarder de tout son être aux goûts qui en dérivent, et qui sont contraires à la nature comme à notre bonheur, afin qu'on reste avec la civilisation un homme de la nature. Voilà la considération qui sert de règle au jugement, car jamais la nature ne crée l'homme pour la vie civile : ses inclinations et ses efforts n'ont pour fin que la vie dans son état simple". » (( Que le c(eur de l'homme soit ce qu'on voudra : il s'agit seulement
1. Dans le Raisonnement snv l'aventurier Jaii Komarnicki, qui fut en Allemagne ce que fut en France V Homme des Cés'eimes, Kant distingue le cas du chevrier fanatique qui prophétise à tort et à travers, du cas du petit garçon qui l'accompagne, et dont la libre simplicité est tout à fait frappante ; il signale donc comme un fait remarquable « le petit sama^^e qui a grandi dans les bois, qui a appris à braver avec une joyeuse humeur toutes les rigueurs de la température, qui témoigne sur son visage d'une franchise peu commune, et qui n'a rien en lui de cet embarras craintif qu'augmentent la servitude ou l'attention contrainte dans une éducation plus fine ; en un mot (si l'on fait abstraction de ce que quelques hommes, en lui apprenant à demander et à aimer l'argent, ont déjà gâté en lui), c'est, à ce qu'il semble, un enfant parfait, dans le sens où peut le désirer un moraliste expérimentateur, qui serait assez équitable pour ne pas ranger les propositions <le M. Rousseau parmi les belles chimères, avant de les avoir éprouvées, y» 176'i. II, p. 209.