I. Vltl, p. G
2. Dans ses Conjectures sur le commencement de l histoire de l'humanité (178G), Kanténoncera l'idée qui, selon lui, concilie les droits delà nature avec ceux de la culture, et qui permet du même coup de comprendre les aspects opposés de la pensée de Rousseau. C'est quand on considère la civilisation dans son rapport avec la félicité et la moralité instinctive de l'individu, qu'elle apparaît inférieure à l'étal de nature ; mais c'est par rapport à l'espèce humaine et à son progrès indéfini que la civilisation doit être considérée, et alors, bien qu'elle soit faite pour une grande part des misères physiques et morales des individus, bien qu'elle ne soit possible que par cette inégalité dont se plaint Rousseau, elle n'en est pas moins justifiée par l'œuvre d'ensemble qu'elle réalise graduellement au sein de l'espèce; à ce point de vue, elle est supérieure à l'état de nature. « De cette façon on peut mettre d'accord entre elles et avec la raison les assertions souvent mal comprises et en apparence contradictoires de l'illustre J.-J. Rousseau. Dans ses écrits sur VJn/luence des sciences et sur V Inégalité des hommes, il montre très justement l'inévitable conflit de la culture avec la nature du genre humain, considéré comme espèce animale, dans laquelle chaque individu devrait accomplir pleinement sa destinée ; mais dans son Emile, sonCoutrat social et d'autres écrits, il cherche en retour à résoudre le ditficile problème que voici : comment la culture doit se poursuivre pour développer les dispositions de l'humanité, en tant qu'espèce morale, dans le sens de leur destination, de telle sorte que l'humanité, comme espèce morale, ne soit plus en opposition avec l'humanité, commes espèce naturelle ». Muthmasslicher Anfang der MenschengeschichteAW , p. 822. Cf.
Idée zu einer allgemeinen Geschichte, IV, p. i5o. — B. Érdmann, Reflexionen Kants zur kritischen Philosophie, I, n» 659, p. 207. — Dans y Anthropologie au point de \'ue pratique (1798), après avoir redit que la sombre peinture faite par Rousseau de la condition des hommes hors de l'état de nature n'est pas une invitation à retourner dans les forêts, Kant ajoute : « Les trois ouvrages de Rousseau sur le dommage qu'ont causé : i" l'abandon par notre espèce de l'état de nature pour l'état de culture, par l'alfaiblissement de notre puissance ; 2» la cis'ilisation, par l'inégalité et l'oppression réciproque ; 3'^ la prétendue nioralisation, par une éducation contre nature et une formation vicieuse de la pensée ; — ces trois écrits, dis je, qui représentaient l'état de nature comme un état d'innocence (où le gardien de la porte de cette espèce de paradis, avec son glaive de feu, empêche de retourner), ne devaient servir <iue de fil conducteur à son Contrat social, à son Emile et à son Vicaire savoyard, pour sortir de ce labyrinthe de maux où notre espèce s'est engagée par sa propre faute. — Au fond Rousseau n'entendait pas que Ihomme dut opérer un retour, mais, du point de vue où il se trouve maintenant, regarder