CRITIQUE HE L A>GIE>NE METAPHYSIQUE
Tout va-t-il donc être aboli de la métaphysique ancienne, pour la plus grande certitude des prescriptions morales et des convictions qui en dépendent immédiatement.^ C'est bien là d'abord ce que semblent annoncer, sur un ton léger et ironique qui voudrait rappeler la manière de Voltaire, les Rêves d\m visionnaire éclaircis par les rêves de la
par Starke: elles ont pu être faites par Otto Schlapp, avec le concours bienveillant de M. le Prof. 0. Kûlpe, de Wiirzburg, chargé de préparer la publication des diverses Leçons d'Anthropologie dans l'édition de l'Académie de Rcrlin. V. Otto Schlapp, Kants Lehre voni Génie und die Enlstehung der « Kritik der Urtheilskraft », p. 8 sq. Sur ce point donc, il n'y aurait rien à redire à la date proposée par IIofTding. Mais d'après une communication que je dois à l'extrême obligeance de M. le Prof. Kûlpe, il existe dans l'un des manuscrits encore inédits de Leçons sur l'Anthropologie, jirofessées en 1775-177G, et rédigées par un certain Charles-Ferdinand Nicolaï (V. O. Schlapp, Ihid., p. i3-i4), un chapitre intitulé : Du caractère de l'humanité en général, dans lequel Kant conçoit, sous l'influence avouée de Rousseau, une organisation sociale de 1 humanité qui supprimerait les vices de la civilisation actuelle, et qui préparerait par la contrainte légale le triomphe de la moralité. Je reproduis, en le traduisant, le résumé du chapitre qu'a bien voulu m'envoyer M. le Prof. Kiilpe : le chapitre débute ainsi : « Ceci est une partie importante, sur laquelle bien des auteurs déjà se sont hasardés à écrire; le principal d'entre eux est Rousseau. » Partant de là, Kant montre d'abord quelle place appartient à l'homme dans la série animale: c'est un animal habile, disgracieux, intraitable, méchant. Ces propriétés servent à disséminer l'homme sur toute la terre et à fonder un droit uni à la force. Entre la destination animale et la destination humaine il y a opposition. Le i)roblème le plus important de Rousseau est celui-ci : quel est l'état vrai de l'homme.!^ est-ce l'état de nature ? estce l'état de société civile? Ses inclinations semblent se rattacher au premier. Ceci nous donne lieu de rechercher comment l'état de société civile doit être organisé pour que le conflit avec l'état de nature soit supprimé. L'homme à 1 état de nature est plus heureux et plus pur que l'homme civilisé dans un sens seulement négatif. Il n'a pas la misère, il n'a pas le vice, sans être pourtant hcu-
comme membre de la société, à devenir parfaitement heureux et bon Cet état ne sera atteint que lorsque tous les hommes, toute la société seront pénétrés de la même culture. Provisoirement ce qui règne [)armi nous, c'est la contrainte du droit et des convenances extérieures ; il manque encore la contrainte morale qui fait que tout homme redoute le jugement moral d'autrui, et la contrainte do la conscience personnelle, par laquelle il juge et agit selon la loi morale. C'est seulement quand cet idéal est atteint que le royaume de Dieu est institué sur terre, car la conscience est le « vicaire de la Divinité ». Des moyens impor-
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LA riIlI.OSOrTllF PRATIQIE m: KANT
CRITIQrE DE L ANCIENNE METAPHYSIQUE
métaphysique'. On (lirait que Kant conclut par une négation rexamcn qu'il a poursuivi depuis 1760. Loni que la métaphysique puisse légitimement prétendre à une extension de notre savoir au delà de l'expérience, elle devrait élre plutôt la science des limites de la raison humaine'. Ainsi comprise, elle ne manquerait pas de nous apprendre que ce qui échappe invincihlement à notre connaissance est aussi ce qui est imitile pour régler notre conduite et fonder les croyances indispensables à la vie morale. Cette pensée est admirablement exprimée à la fin de l'ouvrage : « Parmi les innombrables problèmes qui s'offrent d'euxmêmes, choisir ceux dont la solution intéresse l'homme, c'est là le mérite de la sagesse. Lorsque la science a achevé le cours de sa révolution, elle arrive naturellement au point dune modeste défiance, et, irritée contre elle-même, elle dit : Que de ehoses eepemhinl que je ne connais pas! Mais la raison nu^rie par l'expérience, et devenue sagesse, dit d'une june sereine par la bouche de Socrate, au miheu des marchandises d'un jour de Ibire : Que de choses cependant dont je nai nul Ijcsoin!... Pour choisir raisonnablement, il faut auparavant connaître l'inutile, et jusqu^à l'impossible : mais finalement la science parvient à la détermination des limites qui lui sont fixées par la nature de la raison humaine : et toutes les tentatives sans fondement qui peuvent d'ailleurs n'avoir en elles-mêmes d'autre tort que celui de se trouver hors de la portée de l'homme, vont se perdre dans les lindjcs de la vanité. Alors la métaphysique même devient ce dont elle est encore aujourd'hui pas mal éloignée, et ce qu'on devrait au moins attendre d'elle, la compagne de la sagesse. Tant que subsiste en ellet l'opinion, qu'il est possible de parvenir à des
lants pour ce but sont réducation. l'établissement d'un sénat universel des peuples chargé d'arranger tous lesdillércnds, afin (p.e le développement interne vers la perfection puisse se poursuivre sans trouble et sans arrêt
I. Tvàunie eûtes l.eisterseliers erlduterl durcli Trdume der metaphy-
sik, 1766.
connaissances si lointaines, vainement la sage simplicité crie que de si grands efforts sont inutiles \ » L'inévitable conclusion de la pensée philosophique, dès qu'elle juge ses procédés propres d'investigation, dès qu'elle s'efforce de connaître, non pas seulement les objets, mais leur rapport à l'entendement humain, c'est de marquer plus étroitement les limites dans lesquelles elle doit se mouvoir. Comment la raison pourrait-elle dépasser l'expérience, alors qu'incapable de rien définir autrement que par le principe d'identité ou de contradiction, elle ne peut expliquer, par exemple, comment une chose donnée peut être cause d'une autre " .^ Qu'elle ne se plaigne pas au reste de ces invincibles ignorances, sans dommage pour les intérêts moraux qui sont les plus nobles mobiles de sa curiosité. (( De même que, d'une part, on apprend à voir, j^ar une recherche un peu plus profonde, que la connaissance évidente et philosophique, dans le cas dont il s'agit, est impossible, de même aussi, d'autre part, on sera forcé d'avouer, avec une âme tranquille et libre de préjugés, qu'elle est inutile et sans nécessité. La Amanite de la science excuse volontiers son genre d'occupation sous prétexte d'importance, et l'on prétend communément en ces matières que la connaissance rationnelle de la nature spirituelle de l'ame est tout à fait indispensable pour assurer la conviction de l'existence après la mort, que cette conviction l'est à son tour pour fournir le mobile d'une vie vertueuse. Mais la véritable sagesse est la compagne de la simplicité, et comme chez elle le cœur commande à l'entendement, elle rend d'ordinaire inutiles tous les appareils du savoir appris, et ses fins n'exigent pas de ces moyens qui ne peuvent être jamais à la portée de tous les hommes. Comment ! N'est-il donc bon d'être vertueux que parce qu'il y a un autre monde? Ou n'est-il pas vrai plutôt que les actions