LES LEÇ(J>S SI R LA METAPHYSIQUE
pratique; c'est assez de se rappeler que les impératifs pratiques'n'auraient pas de sens si l'iiomme n'était pas libre. Le concept de la liberté est, non pas spéculativement sans doute, mais pratiquement sufTisant. L'incapacité d'apercevoir comment il peut se réaliser est simplement la marque des bornes de notre entendement : la religion et la morale
restent en sûreté '.
Nous avons ici la première trace de l'état d'esprit dans lequel kant, parvenu à l'idée d'une philosophie à la ibis rationaliste et critique, a abordé à nouveau le problème de la liberté. Ce problème, il paraît l'avoir délaissé, tout au moins sous sa forme spéculative, pendant tout le temps qu'il a réagi contre la doctrine Avolflienne, qu'il a subi l'attrait de la morale anglaise, qu'il a été sous la première iniluencede Rousseau. La tendance nouvelle de sa pensée exi*^e qu'il le reprenne, four ainsi dire, en termes de raison pure. Cependant la solution qu'il énonce participe à la fois, avec les restrictions nécessaires et selon les transformations acoomphes , des conceptions rationalistes auxquelles il avait été d'abord initié, et des conceptions pratiques ultérieures qui représentaient les vérités morales comme objets d'alFirmations immédiatement certaines. 11 peut compléter le rationahsme en le rectifiant : pas plus que la ditFérence de l'intelligible et du sensible n'est une dillérence de degré, pas plus le rapport de la liberté transcendantale à la simple spontanéité ne doit se ramener à une gradation continue; la hberté transcendantale ne peut être que ce qu'exige la pureté de son concept, c'est-à-dire inconditionnée. La notion, qui s'impose alors de plus en plus à l'esprit de Kant, des Hmites de l'entendement humain, permet d'allirmer cette liberté sans que nous ayons l'in-
I. P. 208-210. Cf. Bcnno Erdmann. Reflexionen Kanls, II, 11° i520, p, ',38. — Celte lm|)ubsancc de noire enlendomeiit à apercevoir la possibilité de la liberté est plus fortement marquée encore dans queUpies-unes dos Réflexions que Benrm Erdmann place dans celle période, v. n""* i5ii, i52i. i525, 1527, p. 43'*, 'i39. \\o.
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tuition qu'il faudrait pour la saisir ^ D'ailleurs c'est plutôt le manque de cette intuition que le conflit de la Hberté transcendantale avec la nécessité mécanique, que Kant invoque pour expUquer les doutes possibles. Trouvant dans l'expérience de la hberté pratique une sauvegarde sufiisante pour les intérêts de la morale, il ne s'est représenté probablement ce conllit comme un conflit de la raison avec elle-même que le jour où il entrevoyait le moyen de le surmonter, le jour par conséquent où il commençait à deviner une distinction à étabhr entre les antinomies mathématiques et les antinomies dynamiques ^ Pour l'instant, il ne pose pas le problème de la liberté, dans sa Cosmologie, comme une antinomie, alors qu'il tend déjà assez visiblement à poser de la sorte les problèmes qui seront le fond de la première, de la seconde et de la quatrième antinomie dans la Critique de la Raison pure \ Il ne paraît pas songer cpie la solution qui consiste à admettre, avec la série infinie des causes'dans le monde, une cause première par delà la série', pourrait également justifier à la fois, autrement que par rapport à Dieu, la nécessité naturelle des événements et la spontanéité inconditionnée de la hberté. 11 se borne à aflirmer que la nécessité aveugle contredit les lois de l'entendement et de la raison; la nécessité est, comme le hasard, en opposition avec la nature et la lifjerté qui sont deux principes bien fondés d'explication \ C'est donc sous un autre aspect que ressort à ce moment, sur le problème de la liberté, la pensée de Kant; elle travaille à définir, en
1. Les Leçons sur la Métaphysique témoignent combien difTicilement Kant a renoncé à la détermination des choses en soi; mais elles sont très nettes sur ceci, cpio nous n'avons pas d'inliiilion intellectuelle. V. p. 99; v. surtout p. 101 -102 la critique des conceptions mystiques d'un monde intelligible, qui supposent, comme chez Leibniz, une intuition intellectuelle des êtres pensants.
2. V. l'ébauche des formules qui serviront à établir celle distinction dans quelques luies des Réflexions, 11, n^^* i.mr), 1007, i5o8, p. 433.
3. l>. 84-87. — Cf. Adickes, Kants S.stematik als syslembildender l'dctor, p. t)4-68, 105-109.