‹ La philosophie pratique de KantChapitre 103 sur 361 · III, p. 588; p. 6i3; p · texte numérisé non relu

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nomic qui en découle, nous :sommesau civur de la Dialectique, et nous louchons en même temj3s aux pensées génératrices de la philosophie pratique de Kant. Le système des idées cosmologiques, qui était présenté d'abord comme une partie du système des idées transcendantales, semble au contraire par son importance et son extension absorber ce dernier, puisqu'il prend à son compte des problèmes qui, comme celui de la simplicité de la substance et de l'existence d'un être nécessaire, résultent aussi bien de l'idée psychologique et de l'idée théologique. C'est ici qu'est vraiment engagé le procès de toute la métaphysique dogmatique. Mais c est ici que se découvre le mieux également le rapport qui existe dans l'esprit de Kant entre certaines conceptions métaphysiques fondamentales et les principes de la morale : il s'agit surtout de voir dans quelle mesure ces conceptions subsistent telles que le rationalisme antérieur les avait élaborées, dans quelle mesure elles sont proportionnées à l'usage pratique quelles comportent.

Tout d'abord, ce u est pas précisément la conception d'un monde comme chose en soi qui engendre les antinomies, car l'existence des choses en soi sera invoquée comme la solution de deux d'entre elles. Mais les antinomies pioviennent de ce que, dans les raisonnements sur le monde, tour à tour nous nous représentons comme une connaissance', ce qui est jugé par la raison nécessaire en soi, et comme nécessaire en soi ce qui est une connaissance déterminée parl'cntendement. En d'autres termes, nousdonnons à la catégorie, considérée dans son application immanente, la valeur d'une idée, et nous détournons 1 idée, considérée dans sa pureté transcendantale. vers des modes de savoir pareils à ceux que fournit la calégorie. Le monde a-t-il un

I. " Aussi ii'avez-\oiis (|ir,'i [m-cmuIic soin i\r \.iiis mclirc d'acc-onl a\cc vous-mêmes et d'cvilcr ram|iliil)iili<' (jiii ciunirlil votre iiK'e en iiiic prétendue représentation d'un objet em[)iri(|uiiiiiiit doiiiK'. el par suite aussi susceptible d'être connu d'après d.">s lois de rexpêrienee. » III. n. .î'io.

l.V CRITIQUE DlC \\ RAISON PlKE lOi^

commencement dans le temps et une limite dans l'espace ; ou bien est-il infini dans l'espace et dans le temps ? Toute substance composée est-elle composée de parties simples : ou bien n'existe-t-il que le composé? Existe-t-il pour l'explication des phénomènes, outre les causes naturelles, une causalité libre ; ou bien tout dans le monde arrive-t-il uniquement selon les causes naturelles ? Y a-t-ildans le monde, soit comme sa partie, soit comme sa cause, un être nécessaire; ou bien n"existe-t-il nulle part, ni dans le monde ni hors du monde, un être qui en soit la cause? Pour chaque ordre de questions, la thèse et l'antithèse se peuvent également soutenir, du moment que l'on ne distingue pas entre les fonctions respectives de l'entendement et de la raison.

Admettons que le conflit créé par l'opposition des arguments ne puisse avoir de terme. Dans cet embarras, il est du moins possible de rechercher ce qui peut, en dehors de la vérité, nous décider h prendre parti en un sens plutôt qu'en un autre. Les thèses et les antithèses peuvent plus ou moins convenir à certaines dispositions ou à certaines exigences de nos facultés, et, abstraites de leur forme dialectique, maïquer des directions de l'esprit, comparables à d'autres points de vue'. C'est ainsi que les partisans des antithèses, empiristes ou épicuriens, trouvent dans la position qu'ils ont choisie un avantage surtout spéculatif; ils laissent l'entendement opérer dans le domaine de l'expérience sans restreindre sa tache, ici incontestablement féconde, sans luiimposer la poursuite a aine des objets qu'imagine la raison idéalisante. S'ils se bornaient à rabattre par là la présomptueuse curiosité de la raison, à l'avertir que ce qu'elle prend pour un savoir n'est qu une suite d'affirmations soutenues dans un intérêt moral, non seulement ils échapperaient à toute censure, mais ils rendraient le plus grand des services, en laissant le champ libre, pour ce qui est de la pratique, aux suppositions intellectuelles et à la

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croyance. Malheiireusemenl ils font d'ordinaire les dogmatistes ; ils nient la possibilité de tout ce qui dépasse l'intuition sensible ; ils se laissent aller à une intempérance d'esprit qui porte aux intérêts pratiques de la raison un préjudice irréparable. De leur côté, les partisans des thèses, dogmatiques ou platoniciens, ont, dans la position qu'ils ont choisie, l'avantage de satisfaire à cette tendance de la raison qui exige une explication achevée, et réclame l'inconditionné pour fonder la série des conditions ; ils sont ainsi d'accord avec 1 intelligence populaire, incapable de supporter l'inquiétude d'une recherche sans commencement ni fin, naturellement accommodée à la notion de principes arrêtés et de causes premières. Mais l'avantage qu'ils ont surtout, et dont ne participent pas leurs adversaires, c'est de satisfaire à un intérêt pratique, vivement ressenti par tout homme de jugement sain. « Que le monde ait un commencement, que mon moi pensant soit d'une nature simple et par suite incorruptible, qu'il soit en même temps hbre dans ses actions volontaires et élevé au-dessus de la contrainte de la nature, qu'enfin l'ordre entier des choses qui constitue le monde dérive d un être premier, à qui il emprunte son unité et son enchaînement en vue de fins, ce sont là autant de pierres angulaires de la morale et de la religion '. » C'est par là que devant la conscience humaine l'équilibre des thèses et des antithèses est rompu. « Si un homme pouvait s'affranchir de tout intérêt, et, indifférent à l'égard de toutes les conséquences, ne faire entrer en ligne de compte les alTirmations de la raison que d'après la valeur de leurs principes, cet homme-là, à supposer qu'il ne connût pas d'autre moyen, pour sortir d'embarras, que d'adopter l'une ou l'autre des doctrines en présence, serait dans un état d'oscillation perpétuel. Aujourd'hui il se trouverait convaincu que la volonté humaine est libre ; demain, s'il considérait la chaîne indissoluble de la nature, il tiendrait pour certain

que la liberté n'est qu'une illusion de son moi, que tout est nature uniquement. Mais s il venait à la pratique et à l'aclion, ce jeu de la raison simplement spéculative s'évanouirait comme les fantômes d'un rêve, et il choisirait ses principes seulement d'après l'intérêt pratique ' . »

En invoquant pour les thèses, antérieurement à l'examen critique des antinomies, des titres de créance fournis surtout par l'intérêt pratique, Kant témoigne à quel point les principes de la morale lui paraissaient liés au sort du rationalisme métaphysique. Car le fond de l'augmentation en faveur des thèses est emprunté à des déterminations didées par la raison, telles qu'elles s'opéraient dans l'école de Leibniz et de Wolff, affectées seulement en outre d'une application empirique spéciale qui alors les met en opposition directe avec les antithèses ; et la solution des antinomies consiste pour une part à supprimer cette affectation spéciale comme illégitime, de façon à laisser subsister en un certain sens la valeur des affirmations rationnelles. Kant du reste a découvert lui-même son procédé quand il a dit qu à l'inverse des antithèses qui ne développent qu'une maxime, la maxime du pur empirisme, les thèses s'appuient, non seulement sur le mode d'explication empirique des phénomènes, mais sur des -principes intellectuels, qu'elles révèlent une dualité de maximes". La vérité est que les thèses dérivent essentiellement des principes intellectuels, si bien qu'elles seront finalement sauvegardées par celte dérivation même ; qu'elles ne deviennent la contrepartie des antithèses que parce que Kant suppose ces principes engagés dans une connaissance, et dans une connaissance qui selon lui ne peut se réaliser que par l'intuition sensible : qu'en vertu de l'impossibilité de tout savoir rationnel pur, ces principes sont contraints provisoirement, pour devenir des termes d'antinomie, à se déterminer dans

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