‹ La philosophie pratique de KantChapitre 106 sur 361 · I. III. p. 3i · texte numérisé non relu

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r.V CRITIQUE DE I.A RAISON PIRE Siy

qu'avail déjà soutenu la métaphysique rationaliste, et aussi que la liberté fonde le réel en son principe, tandis que la nécessité le fonde en ses dérivations. Cette solution n'était grosse de l'antinomie développée par Kant que parce que la liberté et la nécessité étaient des concepts objectivés sans critique sous la forme d'une connaissance, et que le rapport en était établi in abstracto en dehors de leurs usages, uniquement selon le degré du savoir concomitant. Et ainsi, pour s'unir, la liberté et la nécessité ne pouvaient que se contredire. Car les phénomènes, auxquels s'appliquait plus spécialement la nécessité externe, étaient pris pour des choses en soi à l'état de manifestation confuse : comment donc , hors d'un incompréhensible syncrétisme, la nécessité pouvait-elle s'accorder avec la liberté.^

Entre la nécessité et la liberté l'accord n'est j)Ossible que grâce à la doctrine par laquelle Kant a définitivement justifié la vieille distinction du monde intelligible et du inonde sensible. Du monde sensible il y a une réalité empirique certaine, fondée sur cette double condition, que les phénomènes sont donnés en intuition sous les formes n priori de la sensibilité et qu'ils sont enchaînés selon des lois imposées par les catégories de l'entendement : mais comme les formes de la sensibilité ainsi que les catégories de l'entendement expriment la nature du sujet, il se trouve que les pliénomènes ne sont que des représentations ; étant tels, ils reposent sur l'existence des choses en soi. Il serait donc faux de prétendre réduire l'existence du monde à sa réalité empirique, puisque ce serait porter à l'absolu notre entendement et notre sensibilité. En outre, c'est le sens strict de la causalité, d'établir des rapports dynamiques du conditionné à la condition, sans être tenue de représenter ces rapports dans l'intuition sensible, dès qu'elle ne vise pas à une connaissance ; comme alors elle ne conclut à des objets que pour leur existence, elle peut poser la condition hors de la série des termes conditionnés. Ainsi,

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giûce au caractère jDhénoménal, désormais pleinement garanti, du monde sensible, grâce au caractère essentiellement synthétique en lui-même du concept de causalité, capable de soulTrir l'hétérogénéité la plus extrême du conditionné et de la condition qu'il lie, le monde a à la fois une réalité empirique et une réalité transcendantale, et les choses en soi qui constituent sa réalité transcendantale peuvent être considérées comme les causes de sa réalité empirique ^

Rien n'empêche donc d'identifier la liberté avec la causalité des choses en soi. La liberté, en effet, au sens cosmologique, c'est (( la faculté de commencer de soi-même un état dont la causalité n'est pas subordonnée à son tour, suivant la loi de la nature, à une autre cause qui la détermine quant au temps. La liberté est, dans cette signification, une idée transcendantale pure qui d'abord ne contient rien d'emprunté à l'expérience, et dont, en second lieu, l'objet ne peut être donné d'une façon déterminée dans aucune expérience^ ». C'est, en d'autres termes, « l'idée d'une spontanéité qui pourrait commencer d'ellemême à agir, sans qu'une autre cause ait dû la précéder pour la déterminer à l'action selon la loi de l'enchaînement causal^ ». Sur cette liberté transcendantale est fondée la liberté pratique, ou indépendance de notre volonté à l'égard de toute contrainte des mobiles de la sensibilité. A vrai dire, cette liberté pratique, telle que nous la révèle l'expérience psychologique, a un contenu plus compliqué et plus divers que celui qui est exprimé par l'idée de la liberté transcendantale ; et de plus, elle est directement

1. III, \). 3G9-370, p. 373-373. — Cainl, qui dans son livre The crilical philosaphy of Iniiiuiiiuel Kant, expose et critique le kantisme d'un point de vue hégélien, note à ce propos (II, p. 64) que la pensée pure chez Kant, hors de l'intuition sensible, est analytique, que par conséquent un tel usage du concept de causalité est contradictoire. Âlais il semble bien que pour Kant les concepts peuvent avoir un sens synthétique qui n a besoin de l'intuition sensible que pour se convertir en connaissance.

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