‹ La philosophie pratique de KantChapitre 105 sur 361 · III, 1). 356 sq · texte numérisé non relu

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transcendantal de la réalité. Le rationalisme métaphysique, qui reste l'inspirateur des thèses, est reconnu dans sa vérité totale et essentielle : sans doute la relation du monde intelligible au monde sensible est autrement exprimée ici que dans les doctrines traditionnelles ; la pensée criticiste intervient, selon laquelle cette relation doit être mise à la portée de la raison finie qui est la nôtre, et qui ne saurait être, ni intuitive, ni créatrice: mais l'identité, ailleurs plus ou moins latente, de la chose en soi et de la causalité rationnelle pure se découvre ici avec évidence.

C'est en parfait accord avec les tendances et les exigences du rationalisme moderne que le problème de la liberté est énoncé maintenant coTiime un problème cosmologique ; dès le jour où la science a aperçu ou réclamé l'universelle solidarité des choses, il n'a pas été possible de poser et de résoudre le problème de la liberté en fonction des simples données de la conscience ; il a fallu se mettre en quête d'une espèce de liberté qui fût apte comme la nécessité, et concurremment avec elle, à être constitutive du tout cosmique ; de là, au détriment très visible des formes spécifiquement humaines de la liberté, du libre arbitre notamment, la conception d'une liberté en quelque sorte universelle, capable de se réaliser, à des degrés divers, en tous les êtres. En tous les êtres se rencontrent ainsi et se combinent les effets de deux sortes de causalité : de la causalité externe, qui met les états de chaque être sous la dépendance des autres états de 1 univers; de la causalité interne, qui pose chaque être par une opération spontanée dans sa nature propre, qui le tait tel et non pas tel. La principale difhculté devait consister dès lors à définir les rapports de la causalité interne et de la causalité externe en observant sciupulousemenl leur signification respective : on les distinguait en les rapportant à deux mondes dilTérents, le monde des substances ou des essences d'un côté, le monde des apparences ou des phénomènes de l'autre : on les rapprocbait en admettant que la causalité externe exprime la

causalité interne, comme des apparences bien liées, des phénomènes bien fondés expriment des êtres en soi. Enfin les déterminations morales étaient ajoutées par une relation analytique plus ou moins implicite à la reconnaissance rationnelle de la causalité interne, de la causalité libre. Tel est, si l'on peut dire, le fonds que le rationalisme moderne offrait à Kant sur le problème de la liberté : la solution que lui-même en propose consiste moins à exclure les concepts traditionnellement usités qu"à les approfondir, les épurer, et réformer le genre de relation établi entre eux Sur quoi se fonde la distinction des deux mondes, le monde de la causalité externe et de la nécessité, le monde de la causalité interne et de la liberté? De quelle manière peut-on concevoir l'expression des êtres en soi dans et par les phénomènes.^ Comment les déterminations morales se réfèrentelles à la liberté ?

Tout d'abord, selon l'antithèse de la troisième antinomie, la nécessité des lois naturelles ne peut souffrir aucune exception : comme c'est elle qui fonde l'objectivité des événements, si elle venait à se laisser interrompre en quelque endroit, tout moyen nous manquerait de distinguer le rêve de la réalité. Or la liberté implique une dérogation absolue à la nécessité des lois naturelles : elle est en effet un pouvoir de commencer inconditionnellement une action, c està-dire de produire un état qui , étant dynamiquement premier, n'ait aucun rapport de causalité avec l'état antécédent de la même cause ; donc la liberté s'oppose à la nécessité, comme l'irrégularité sans loi à la régularité de la loi; elle rend impossible l'unité de l'expérience ; elle ne nous affranchit de la contrainte de la nature qu'en nous privant du fil conducteur qui guide sûrement notre pensée. Dira-ton qu'on ne peut comprendre cette dérivation de phénomènes se poursuivant à l'infini sans se rattacher à aucun terme originaire ? Mais la nature a bien d'autres énigmes que celle-là : comprendrait-on mieux le changement, c'està-dire une succession perpétuelle d'être et de non être, si

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l'expérience n'en attestait 1 existence? Une pareille raison ne saurait nous arrêter quand il s'agit de garantir l'universalité des lois et la réalité empirique des faits.

Cependant c'est cette raison qui a été invoquée par la thèse pour prouver l'existence de la liberté. Il est impossible de remonter la série des causes sans supposer une cause douée d'une spontanéité absolue. Causalité signifie en efl'et détermination complète. Or la causalité des lois naturelles ne fournil qu'une détermination incomplète, parce que toute cause reconnue à ce titre doit s'expliquer par une cause antécédente, celle-ci par une autre cause antécédente, sans que jamais l'explication puisse pleinement suffire. Il reste donc de l'indéterminé dans la série des conditions qui devrait être et qui ne peut pas être inconditionnellement déterminante: et un ordre de choses qui apparaît indéterminé à son origine même n'est plus pour la pensée qu'une simple possibilité. Ainsi il faut admettre une cause capable de produire quelque chose sans dépendre, pour celte production, d'autres causes antérieures. Dira-t-on que le mode d'opération d'une telle cause reste incompréhensible et mystérieux.^ Mais on est mal venu à en requérir la claire inteUigence, quand on admet la causalité naturelle sans être mieux capable d'expliquer comment elle peut unir par un lien nécessaire des termes hétérogènes. C'est assez que la raison démontre l'existence de la liberté ; et elle la démontre avec une insistance dont témoignent à leur façon tous ces philosophes qui, pour rendre compte du mouvement du monde, se sont crus obligés d'affirmer un premier moteur ' .

Ainsi sans la nécessité le monde ne serait qu'imaginaire: sans la liberté il ne serait que possible. Le problème de la nécessité et de la liberté, c'est le problème de la réalité du monde. Pour que le monde soit réel, il faut qu'il soit également constitué par la nécessité et pai- la liberté. C'est ce

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