I. Dans Beiino Erdmanii, op. cit., p
peut être le meilleur auxiliaire de la foi, car elle dispose l'homme à admettre ce que la révélation lui enseigne. En outre elle fournit à la théologie, considérée comme science de la religion, l'instrument dont elle doit se servir; la théologie en effet doit être traitée scientifiquement, c'est-à-dire selon une méthode mathématique ou strictement logique, et Schultz, dans sa Dogmatique, se pliait entièrement à ces exigences de rigueur formelle. Ainsi, outre que la raison est capable de constituer une théologie naturelle, là même où par ses seuls moyens elle ne peut découvrir la vérité, dans les matières de la théologie révélée, elle définit souverainement les règles de l'exposition et de l'explication ; de plus, elle garde le droit d'interdire tout recours au surnaturel, là oîi les ressources de la nature suffisent. De la sorte, Schultz empêchait le piétisme de céder aux tendances mystiques qui le travaillaient; il employait également son sens de la vie pratique et son goût des pensées rationnelles à extirper ces semences de dérèglement que Lysius avait trop ménagées ; il était, au témoignage de Borowski, l'ennemi déclaré de l'exaltation visionnaire et fanatique, de la Schwcirmerei\ Il prétendait faire de la théologie une source de motifs pour la détermination de la volonté plutôt qu'un prétexte à la contemplation. S'il voyait dans la religion le principe suprême de la moralité, il affirmait avec insistance que la moralité est le seul signe certain de la vraie foi. Le Christ est venu nous délivrer du joug des lois extérieures pour ne nous enchaîner qu'à une loi tout intérieure, la loi morale, dont chaque commandement vaut par sa bonté intrinsèque'. Cette loi est d'ailleurs en elle-même pleinement conforme à la raison : si bien que, même venue de Dieu, elle n'agit pas sur nous par une contrainte extérieure.
Tel était l'esprit que Schultz faisait prévaloir sous des
Dans Benno Erdmann, op. cit., p.
Dans Hollmann, loc. cit., p. 71.
3o LV PHILOSOPHIE PRATIQUE DE KANT
formes appropriées aux multiples fonctions qu il occupait. Si sa grande autorité n'était pas sanscauserquelque ombrage, et môme sans paraître oppressive à quelques-uns, elle ne rencontra pas cependant d opposition sérieuse jusque vers 17/io. L'avènement de Frédéric le Grand, adversaire très décidé (les piétistes, parut fournir aux orthodoxes l'occasion longtemps attendue d'une revanche ; un 'prédicateur en renom, Quandt, se mit à leur tête pour demander l'expulsion de Schultz et de ses partisans ; la sottise des griefs articulés dut contribuer à Téchcc de la requête. Pourtant aux élections pour le rectorat qui suivirent, Quandt fut préféré à Schultz. Ce qui fut beaucoup plus grave que cet amoindrissement d'abord peu sensible d'influence, ce fut la lutte que Schultz eut à soutenir contre Fischer. Autorisé après bien des vicissitudes à rentrer à Kœnisberg moyennant promesse de soumission à la vérité chrétienne, Fischer n'avait pu s'empêcher, au moment qui lui avait paru propice, de rompre le pacte par la publication d'un ouvrage, 011 sous prétexte de développer le Avolffianisme, il combattait ou dénaturait des dogmes tels que celui de chute, celui de la divinité du Christ, où il énonçait des thèses très proches du spinozisme. Schultz dut provoquer les poursuites qui aboutirent à la condamnation et à linterdiction du livre. Ce faisant, il restait fidèle à sa manière de concevoir les rapports du rationalisme wolffîen et de la religion : mais sa victoire attestait plus la survivance de son crédit moral que la solidité durable de son amvrc Intellectuelle. Le rationalisme philosophique se manifestait auprès de lui non plus comme un allié, ni comme nn voisin indifTérent, mais comme un ennemi de la foi. Visiblement, il allait être engagé dans linllexible déduction de ses conséquences par un mouvement d'opinion plus fort que les censures officielles de quelques théologiens. La rentrée en scène de Fischer était bien le signe de temps nouveaux.
Toutefois, la pensée de Schultz avait marqué de fortes
LES ANTECEDENTS : PIETISME ET RATIONALISME ÔI
empreintes : parmi les esprits qu'elle avait profondément pénétrés se trouvait ce Martin Knutzen qui fut à l'Lniversité le maître préféré de Kant'. Ainsi que Schultz, Knutzen se proposait l'accord de la doctrine de Wolff et du piétisme; seulement, tandis que Schultz était surtout un théologien qui inclinait vers la philosophie, Knutzen était surtout un philosophe qui inclinait vers les prohlèmes religieux. D'une curiosité plus lil)re et d'un tempérament moins porté à l'action, il considérait également le christianisme et les A'érités morales qui en découlent comme pleinement compatibles avec les conclusions de la recherche spéculative. Sa dissertation de aeternitate muiidi impossibUi (1733), évidemment inspirée par Schultz, exprimait surtout les réserves du chrétien en un sujet sur lequel AAoKT avait inquiété les consciences; mais elle usait plus de l'argumentation philosophique que de l'argumenlation théologique. Dans sa Commentaiio philosopJiica de commercio menlls et corporis per injliixam physicam explicaiido (lySô), il abordait l'examen de cette idée leibnizienne de l'harmonie préétablie qui, mal interprétée et faiblement défendue par Wolff, avait été pourtant retournée contre lui par ses adversaires piétistes comme inconciliable avec cet enseignement de la foi par la prédication et laudition dont parle saint Paul. Malgré l'interdit qui pesait encore sur WollT et sa doctrine, malgré la puissance des raisons qui lui faisaient dans ce travail même préférer l'idée de l'influx physique à celle de l'harmonie préétablie, Knutzen ne s'en donnait pas moins pour un disciple de Wolff. Mais c'était en toute indépendance d'esprit qu'il s'attachait à la philosophie wolffienne ; l'élude très étendue qu'il avait faite des diverses sciences, la connaissance approfondie qu'il avait notamment de la physique neAvtonienne le poussaient à plus d'une dissidence, et la deuxième édition de sa Conimenlatio de commercio mentis et corporis parue en lyAS