‹ La philosophie pratique de KantChapitre 12 sur 361 · I. Bcnno Erdmann, op. cit., p. i-io, p · texte numérisé non relu

I. Bcnno Erdmann, op. cit., p. i-io, p

SOUS le titre de Systeina cansarum ejficientiam achevait de déterminer une notion de la causalité qui rapprochait les conceptions de Lcibnitz de celles de Newton. Pour ce qui était des questions religieuses, il les traitait en se servant de Wolff à la façon de Schultz. Sa Démonslration philosophique de la vérité de la religion chrétienne (lydo) qui vise particulièrement les déistes anglais, ïoland, ïindal, est conduite selon la méthode géométrique ; elle se développe par définitions, théorèmes et corollaires. Mais le contenu révèle encore plus que la forme le rôle important attribué à la raison. C'est en effet la raison qui est chargée d'établir la nécessité d'une révélation divine, et qui l'établit par la reconnaissance des caractères que doit présenter pour nous délivrer du péché une expiation salutaire; les moyens purement humains, repentir, amélioration de la conduite, pratiques rituelles, sont insuffisants. Ce qu'il faut, c'est un acte expiatoire qui soit adéquat à l'infini de la faute, qui relève par là la créature déchue, et dont la pensée, constamment renouvelée en l'homme, soit efficace pour le détourner du mal. La révélation enseigne, avec le mystère de la rédemption, ce cpie la raison réclame tout en étant impuissante à le concevoir. Ce n'est pas là seulement le fonds dogmatique du christianisme que Knutzen tente ainsi de justifier, c'en est aussi la signification morale, sous la forme spéciale dont le piétisme 1 allectait. La réalité du péché, la nécessité d'une régénération sont deux affn-mations essentielles à l'intelligence et à la direction de la vie. Mais, comme Schultz, Knutzen réprouve ces élans aveugles d'imagination et ces raffinements maladifs de conscience auxquels trop souvent le piétisme se livrait; il condamne aussi énergi(|uement ces pratiques de mortification qui empêchent lliomme de servir Dieu et ses semblables ; il ne veut pas de contemplation quiétiste qui détourne d'agir.

Schultz et Knutzen témoignaient donc de la possibilité d'unir k\s doux grandes dispositions entre lesquelles s étaient ailleurs de plus en plus partages les esprits: d'un

LES A^iTECEDE^'TS : PIETISME ET IIATIONALISME oô

cùté une foi religieuse susceptible de se convertir très directement en foi pratique et de s'exprimer j)ar les actes de moralité les plus purs au regard même du jugement humain : d'autre part, une acceptation sincère des droits de la raison appelée en garantie, non seulement des disciplines scientifiques, mais encore, dans une large mesure, de ce qui, dans les vérités révélées, dépasse notre entendement. A coup sûr, leur éclectisme discernait mal les principes (|ui pouvaient servir à marquer à la fois les limites respectives et l'accord des connaissances théoriques et des alTirma lions religieuses ou morales ; mais il enveloppait au moins un problème de portée considérable, dont le sens, s'il n'est pas entièrement dérivé d'eux, se rattache pour une bonne part à leur action, et dont le clair énoncé devait résoudre en la dépassant, non en la réduisant, l'opposition du piétisme et du rationalisme.

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