‹ La philosophie pratique de KantChapitre 123 sur 361 · I. Jhid · texte numérisé non relu

I. Jhid

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rieurement nous les reconnaissons obligatoires. Au surplus aucune théologie, moins celle-ci que toute autre, ne doit, sous peine de corrompre la sainteté de la loi morale, servir de prétexte à 1 exaltation mystique et aux spéculations transcendantes '.

Quel nom convient donc aux affirmations requises par la loi morale, qui définisse bien à la fois la conviction ferme dont elles sont l'objet et la signification exclusivement pratique qui leur est propre ^ ? Ce qui les caractérise, c'est qu'elles reposent sur des preuves objectives insuffisantes et sur des motifs subjectifs suffisants. Elles sont plus qu'une opinion, moins qu'un savoir. Mais cette façon de les estimer est relative encore à la connaissance théorique et à son idéal de certitude dogmatique ; or c'est seulement leur insuffisance objective qui est théorique ; leur suffisance subjective est jjratique : c'est le nom de foi ou de croyance qui leur convient.

La foi peut être plus ou moins ferme ; la pierre de touche ordinaire pour en mesurer la fermeté est le pari. Bien des gens affirment avec une assurance qui semble exclure toute crainte d'erreur. Un pari les embarrasse. A la rigueur, pour telle assertion, pourraient-ils risquer un ducat: si dix ducats étaient en jeu, ils soupçonneraient qu'ils peuvent se tromper. « Représentons-nous par la pensée que nous avons à parier le bonheur de toute la vie, alors notre jugement triomphant s'éclipse tout à fait, nous devenons extrêmement craintifs, et nous commençons à découvrir que notre foi ne va pas si loin ', »

La foi diffère, à un autre point de vue, selon le genre d'activité pratique auquel elle est liée. S'agit-il simplement d'habileté ? La foi qui sert de fondement à l'emploi réel de moyens pour certaines actions est contingente, en ce sens que la fm n'a rien de nécessaire. Une autre espèce de

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foi est la loi doctrinale qui introduit dans nos jugements théoriques quelque chose d'analogue aux jugements pratiques ; elle ajoute à l'utilité qu'ont certaines idées pour l'achèvement de la connaissance l'affirmation de la réalité de leur ohjet ; mais elle reste toujours ébranlée par les incertitudes de la spéculation. 11 en est tout autrement de la foi inorale : une nécessité est d'abord posée, c'est que je dois obéir à la loi morale ; or, suivant mes lumières, iln'ya qu'une condition qui mette en accord cette fin nécessaire avec toutes les autres fins, c'est qu'il y ait un Dieu et une vie future. Si donc la loi morale est la maxime de ma conduite, je croirai en Dieu etenla vie future, sous peine de me contredire. « La conviction n'est pas ici une certitude /or/?'^«e, mais une certitude morale; et puisqu'elle repose surdes principes subjectifs (sur la disposition morale), je ne dois même pas dire : // est moralement certain qu'd y a un Dieu, mais je suis moralement certain, etc.. C'est-à-dire que la foi en un Dieu et en un autre monde est Icllement unie à ma disposition morale, que je ne crains pas plus le risque de perdre celte foi que je ne crains de pouvoir jamais être dépouillé de cette disposition'. » Si l'on objecte que cette foi rationnelle est beaucoup trop relative à des dispositions morales, il faut admettre alors qu'il y a des hommes auxquels tout intérêt moral est étranger: or c'est un fait, que l'esprit humain prend intérêt à la moralité. En outre l'homme moralement le plus indilférent ne peut s'empêcher au fond de redouter ce qu'il nie, à savoir Dieu et la vie future ; et il est impuissant, du reste, à convertir par la raison ses négations en certitudes. Dira-t-on enfin qu'en prétendant s'ouvrir des perspectives par delà l'expérience, la raison ne fait que répéter deux articles de foi familiers au sens commun !> Mais veut-on que les affirmations qui intéressent tous les hommes dépassent le sens commun et ne puissent être découvertes que par les philosophes P i\ 'est-ce pas la mçil-

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