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4. Il ne saurait être question ici, bien entendu, que de la psychologie empirique, la psychologie rationnelle étant impossible à constituer comme science.

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toute intrusion de données psychologiques ou anthropologiques dans la philosophie morale pure ' ; en cela il ne fail

— Psychologie empirique et anthropologie sont souvent prises par Kant l'une pour l'autre ; elles ont pour ohjet commun, en efifet, la connaissance de la nature humaine. Elles se dislingucnt pourtant à certains égards ; la psychologie est une « anthropologie du sens intime » (Kritik der Urtheilskraft, V. p. 475), tandis que l'anthropologie proprement dite emploie non seulement le sens intime, mais aussi les sens externes {Antlirojiologie in pragmatischer Hinsichf, Vil, p. li']^ ; Fovtschrilte der Metaphysik, VlII. p. 570; cl. Heinze, Kaids Varies 11 ngen, p i55 (63ô]) ; de plus, la psychologie est une science théorique, tandis que l'anthropologie est susceptible d'être en outre une science pratique, c'est-à-dire pragmatique et morale, et a été considérée surtout par Kant comme telle. Cf. Kritik der reinen Vernunft, 2^' édit., III, p. 13x4.

Sur la question des rapports de la psychologie et de la morale chez Kant, V. Hegler, Die Psychologie in Kants Ethik, 1891, particulièrement le chapitre i*"-, p. 5-45.

I. Cette exclusion de la psychologie, quand il s'agit d'établir les fondements de la morale, est également prononcée à maintes reprises dans les ouvrages ultérieurs de Kant. — « La détermination particulière des devoirs, comme devoirs des hommes, en vue de leur division, n'est possible que quand le sujet de cette détermination (l'homme) a été connu selon la nature qu'il a réellement, dans la mesure du moins où cela est nécessaire relativement au devoir en général ; mais celte détermination n'appartient pas à une Critique de la raison pratique en général, qui n'a qu'à faire connaître complètement les principes de la possibilité, de l'étendue et des limites de celte dernière faculté, sans référence spéciale à la nature humaine. » Kritik der praktischen Vernunft, V, p. 8 ; V. p. 9, note. — Cf. Kritik der Urtheilskraft^ V, p. i84, note. — Même la Métaphysique des mœurs, qui, ayant pour objet cette déteigninalion particulière des devoirs, est obligée de considérer plus directement la nature humaine, s'oppose à toute usurpation des données psychologiques sur les concepts purement rationnels qui doivent fonder la morale. V. notamment tout le chapitre sur V Idée et la nécessité d'une Métaphysique des mœurs ; en voici quelques passages, particulièrement significatifs : « Les lois morales n'ont force de lois que tout autant qu'elles peuvent être saisies comme fondées a priori et comme nécessaires. Il y a plus, les concepts et les jugements sur nous mêmes et sur notre conduite ne signifient absolument rien de moral, quand ils contiennent ce qu'il n est possible d'apprendre que de l'expérience ; et si d'aventure on se laisse induire à convertir en des principes moraux quelque chose qui a été puisé à cette dernière source, on court le risque de tomber dans les erreurs les plus grossières et les plus funestes » VII, p. 12. « La connaissance des lois morales n'est pas tirée de l'observation de l'homme par lui-même et de l'animalité en lui » p. i3. « De même que dans une Métaphysique de la nature il doit y avoir aussi des principes de l'application de ces principes suprêmes universels d'une nature en général à des objets de l'expérience, de même il ne se peut qu'une Métaphysique des mœurs en soit dépourvue ; et nous devrons [)rendre souvent pour objet la nature particulière de l'homme, qui n'est connue que par l'expérience, pour montrer en elle les conséquences qui résultent des principes moraux universels: sans que cependant ceux-ci perdent rien de leur pureté, ou que leur origine a priori soit ainsi rendue douteuse. Ce qui revient à dire qu'une Métaphysique des mœurs ne peut être fondée sur l'anthropologie, mais qu'elle peut cepen-

FONDEMENTS DE LA METAPHYSIQUE DES MCEURS 3o5

d'ailleurs que reproduire ses conceptions essentielles sur l'indépendance de toute connaissance ou de toute recherche a priori à l'égard de la psychologie'. Diverses causes ont

dant s'y appliquer. — Le pendant d'une Métaphysique de mœurs, comme second membre de la division de la philosophie pratique en général, serait l'anthropologie morale, qui contiendrait seulement les conditions subjectives, tant contraires que favorables, de l'accomplissement, dans la nature humaine, des lois posées par la première partie de cette philosophie, la production, l'extension et l'affermissement des principes moraux (dans l'éducation de l'école et l'instruction populaire) ainsi que d'autres doctrines et préceptes de ce genre, s'appuyant sur l'expérience. Cette anthropologie est indispensable ; mais elle ne doit pas précéder la métaphysique, ni être mêlée avec elle », p. ll^. « U Anthropologie, qui dérive de connaissances d'expérience, ne peut porter aucun préjudice à Y Aiithrnponomie, établie par la raison qui institue une législation inconditionnée », VII, p. 209.

I . En tout ordre de recherches et de connaissances Kant s'est proposé avant tout de séparer, comme il le dit, l'empirique du rationnel. Voilà pourquoi dès qu'une science doit à ses yeux se constituer a priori, elle doit du même coup s'opposer à toute intrusion de la psychologie C'est ainsi que la logique générale se divise pour lui en logique pure et en logique appliquée : « dans la première nous faisons abstraction de toutes les conditions empiriques sous lesquelles s'exerce notre entendement... Une logique générale, en même temps que pure, n'a donc affaire qu'à des principes a priori... Une logique générale est dite appliquée, lorsqu elle a pour objet les règles de l'usage de l'entendement sous les conditions subjectives empiriques dont nous instruit la psychologie... La logique générale, comme logique pure, n'a pas de principes empiriques; par conséquent elle ne tire rien (comme on se le persuade parfois) de la psychologie, qui n'a ainsi absolument aucune influence sur le canon de l'entendement .. Quant à ce que j'appelle la logique appliquée..., elle est une représentation de l'entendement et des règles de son usage nécessaire in concrète, à savoir sous les conditions contingentes du sujet qui peuvent contrarier et favoriser cet usage, et qui dans leur ensemble ne sont données qu'empiriquement... Il y a entre la logique générale et pure d'une part, et la logique générale appliquée de l'autre le même rapport qu'entre la morale pure, qui contient uniquement les lois morales nécessaires d'une volonté libre en général, et la doctrine de la vertu proprement dite, qui considère ces lois dans leur rapport aux obstacles que leur opposent les sentiments, les inclinations et les penchants auxquels l'homme est plus ou moins soumis. Celle-ci ne peut jamais fournir une science véritable et démontrée, parce que, tout comme la logique appliquée, elle a besoin de principes empiriques et psychologiques », Kritik der reinen Verniinft. III, p. 83-84- (Remarquons que plus tard Kant considérera la doctrine de la vertu, la Tugendlelire, comme appartenant à la Métaphysique des mœurs et comme fondée à ce titre sur des principes a priori ; mais il aura aussi établi de plus en plus nettement qu'une métaphysique doit, pour comprendre telle ou telle espèce d'objets, et qu'elle peul, sans compromettre son caractère a priori, rapporter ses principes purs à l'explication d'un concept empirique. — Meta/>liysische Anfaiigsgrimde der Nnlarwissenschaft, IV, p. 3.59-360.) — Cf. Kritik der reinen Vernunfl, 2« éd., Vorrede, III, p. i3-i4. — Logik : « Certains logiciens supposent, à vrai dire, dans la logique des principes psychologit/ues. Mais introduire de tels principes dans la logique est aussi absurde que tirer la morale de la vie », VIII, p. i4, p. 18. Delbos. 20

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contribué à produire le mélange, si facilement admis, de l'anthropologie et de la philosophie morale pure : d'abord, un certain souci d'accommoder 1" exposé de la philosophie morale à l'intelligence commune ; ensuite l'idée, très spécieuse en ellet, que des lois faites pour régler la vie de l'homme doivent nécessairement tenir compte de ce qu'est l'homme. Mais sur le rôle que joue l'inteUigence commune dans la constitution d'une philosophie morale, cohime sur les caractères que doit présenter la vulgarisation d'une telle philosophie, il y a des équivoques à dissiper. Certes il est juste de supposer que tout homme, mêmelephis vulgaire, doit être capable de connaître ce qu"il est obhgé de faire, et il faut même constater qu'en matière morale l'inteUigence commune fait preuve d'une sûreté et d'une pénétration merveilleuses. Mais rintclligence commune, qui a en elle

— Sur la conception d'une logique pure, selon cet esprit, v. Husserl, Logische Untèrsuchungen (1900-1901), et spécialement la première partie, Proleguinena zur reinen Lo'^ik.

D'un autre côté, par la nature des problèmes qu'elle doit résoudre comme par celle de la méthode qu'elle emploie, la Critique est pleinement indépendante de la psycliologie. L'explication de la possibilité des jugements synthétiques a firluri n'est pas une explication génétique, portant sur les origines en quelque sorte historiques de ces jugements, mais une explication Iranscendantale, destinée à en justifier l'objectivité et à en circonscrire les usages légitimes. Gomme il est dit dans les Prolégomènes, « il s'agit ici, non de l'origine de l'expérience, mais de ce qui est contenu en elle. De ces deux problèmes, le premier ressortit à la psychologie empirique ; encore même ne pourrait-il jamais recevoir d'elle tout le développement convenable sans le second qui ressortit à la critique de la connaissance et en particulier à la critique de l'entendement », IV, p. 52. La séparation de la Critique et de la psychologie, en dépit de quelques équivoques d'expression ou de quelques incertitudes, est absolument requise par l'esprit du kantisme (V. Em. Boutroux, La méthode de Kanl, dans ses leçons de la Sorbonne sur la philosophie de Kant, publiées par la Revue des Cours et Conférences, iSg/i-uSgS, S-^ année, i"" série,.p. 29b- 3o3. — H. Cohen, Kanlfi Théorie der Erfahrung, 3« éd., p. 72 sq., p. 294- 299; Logik der reinen Erkenntniss, 1902, p. 5io. — A. Riehl, Der philosoi>hische Kriticisnius, L p- 289, p. 294-3ii. — H. Cohen et Richl combattent la tentative de Pries pour fonder psychologiquement la critique de la raison ; la légitimité de cette tentative, au point de vue même de Kant, est soutenue dans Ueberweg-Heinzc, Grundriss der Geschichte der Philosophie, if éd., 1901, IH, I, p. 384-385, note. — V. également, en conformité avec lès thèses de Cohen, Vorlânder, dans son édition de la Critique delà raison pure: Introduction, p. xvii, p. xxxii-xxxiii). — D'une façon générale, tout ce qui rentre dans la philosophie transcendantale, — et sous ce terme au sens élargi il arrive à Kaut de comprendre, avec la Critique proprement dite,

tout ce qu'il faut pour juger du bien et du mal, n'est pas compétente pour discerner d'elle-même le principe de ses jugements ; elle mêle spontanément ce principe aux cas particuliers, et par là, outre qu'elle est impuissante à le comprendre in ahstracto comme il est nécessaire, elle est constamment exposée, sous l'influence des inclinations sensibles, à le fausser. Elle est donc l'objet indispensable et immédiat de la philosophie morale ; elle n'est pas celte philosophie même. Quant à lui rendre cette philosophie accessible, c'est assurément une fort louable tentative, mais qui doit venir à son heure, c'est-à-dire lorsque les concepts fondamentaux de cette philosophie ont été déterminés avec une entière rigueur. L'esprit de vulgarisation, légitime quand la science est faite, ne saurait pénétrer dans l'œuvre même de

la totalité du système de la raison pure, — doit être expliqué uniquement a priori, sans recours à la psychologie. Après les jugements d'expérience, ce sont les jugements moraux, puis ce sont enfin les jugements esthétiques euxmêmes qui rentrent dans la philosophie transcendantale. Le jugement de goût, comme l'appelle kant, suppose un principe subjectif, qui détermine, non par des concepts, mais par le sentiment, et pourtant d'une manière universellement valable, ce qui plaît ou déplaît. Ce principe, Kant le nomme un sens commun (ein (îemeinsinn). Or, du moment qu'il exprime la propriété qu'a un sentiment de pouvoir et de devoir être universellement partagé, il ne saurait se tonder, pour être admis, « sur des observations psychologiques », Krilik der Uitheilskraft, Y, p. a^S. « Dans la nécessité à laquelle prétendent les jugements esthétiques il se trouve un moment important pour la Critique de la faculté de juger. Car elle fait reconnaître précisément en eux un principe a priori, et elle les enlève à la psychologie empirique dans laquelle sans cela ils devraient rester ensevelis parmi les sentiments du plaisir et de la tristesse (n'ayant pour se distinguer que l'insignifiante épithète de sentiments j)lits délicats), afin de les ranger, eux, et, au moyen d'eux, la faculté de juger dans la classe de ces jugements qui s'appuient sur des principes a priori et de les faire rentrer, comme tels, dans la philosophie transcendantale. » Ihifl ., p. 2-4. V. également l'opposition que Kant établit entre une explication transcendantale des jugements esthétiques, comme est la sienne, et une explication purement psychologique, comme est celle de Burke, qui fournit seulement une matière aux recherches de l'anthropologie empirique. Ilnd., p. 286- 287. — V. aussi Ueher Philosophie uberhaiipt, VI, p. 395-896. — Cf. Hermann Cohen, Kants Hegrûndung der j^sthetili, 1889, p. 147-149, p. 211. — Ainsi, en même temps que Kant a étendu l'objet de la philosophie transcendantale, il a voulu affranchir les explications qui en relevaient de la juridiction de la psychologie.

Sur la question des rapports de la psychologie et de la philosophie dans Kant, et sur les controverses qu'elle a soulevées, v. Bona Meyer, Kants Psychologie, 1870.

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la science ; ou il ne réussit alors qu'à favoriser, soit ce fastidieux éclectisme qui use "indistinctement de toutes les ressources de la raison et de l'expérience pour former des semlilants de preuve, soit cette paresse de la pensée que l'assurance d'être aisément comprise dispense de tout eflort vers la profondeur ^

Il est pareillement juste de prétendre que, pour être appliquée à l'homme, la morale requiert une certaine connaissance de la nature humaine. Mais ici encore il s'agit de ne pas intervertir l'ordre régulier des démarches de l'esprit ; il s'agit de comprendre qu'avant d'être appliquée la morale doit être fondée, et que les déterminations psychologi(|ues qui en manifestent l'application possible in concrelo ne sauraient en établir le fondement. Encore même faut-il observer que l'application doit se faire ici, non pas par une accommodation des lois nécessaires de toute volonté raisonnable aux conditions contingentes de la volonté

I. IV, p. 238, p. 201-253, p. 257-258. — Kant, à maintes reprises, a directement ou indirectement examiné la question de savoir dans quelle mesure une philoso[)hie peut être populaire. Dans un discours en latin qu'il avait écrit en 1770 à l'occasion de sa « promotion », et dont Borowski déclare avoir encore le manuscrit sous les yeux, il avait traité « de la façon plus aisée et de la façon plus profonde d'exposer la pliilosopliie », Darstellung des Lehens Iinmanuel Kaiil's, p. 82. — Quand il écrivit les Observations sur le sentiment du beau et du sublime, il essaya visiblement de se dégager du style d'école (V. plus haut, p. 107). Mais l'on sait avec quelle insouciance de la forme et de la clarté extérieure il a écrit ses principaux ouvrages. Il ne mettait pas d'ailleurs l'obscurité qu'on lui reprochait sur le seul compte de sa négligence ; il afErmait, non sans vivacité, que la précision et la profondeur des idées exigent souvent le sacrifice de l'élégance et de la « popularité » ; il posait catégoriquement en principe (ju'avanl de se rendre accessible au monde, une science doit être constituée avec une exactitude toute scolastiquc. Il laissait à d'autres le soin, s'il y avait lieu, de vulgariser son œuvre, non sans exprimer parfois le désir de la vulgariser lui-même ; il paraît avoir senti et regretté de plus en plus le dommage que causait à son inllucnce philosophique sa façon ordinaire d'écrire. — Les auteurs que Kant cite comme modèles de philosophes populaires sont, dans l'antiquité, Cicéron, parmi les modernes, Shaftesbury, Mendelssohn, Garve. — V. Prolegoniena, Vorrede, IV, p. 9-13. — Kritik der reinen Vernunft, 2" éd., Vorrede, III, p. 27, p. 3i-32. — Melaphysik der Sitten, Vorrede, VII, p. 4. — Logik, VIII, p. 19, p. 46-48, p. i42. — Lettres à Alarcus lier/., de janvier 1779, Briefwechsel, I, p. 280, à Mendelssohn, du i() août 1783, I, p. 323, à Kastner, de mai 1790, II, p. /jia, à Bouterwek, du 7 mai 1793, II, p. 417.

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humaine, mais par une sorte de subsomption de la nature liumaine sous les règles qui gouvernent toute nature raisonnable. Dans le système complet de la philosophie morale, il y a une place pour l'anthropologie ; il faut seulement que cette place soit marquée avec exactitude. De même que la physique empirique ne vient qu'après la Métaphysique de la nature, l'anthropologie pratique ne doit venir qu après la Métaphysique des mœurs'.

I. IV, p. 236, p. 207, p. 258, note, p. 260. — Il n'est pas très aisé, à cause des variations de la pensée de Kant et des incertitudes de sa terminologie, de marquer exactement l'objet et le rôle de l'anthropologie, dans ses rapports avec la philosophie théorique et avec la philosophie pratique. On peut, je crois, avec Emil \vno\dl (Kritische Excurse iin Gebiete der Kant- Forscliiiiif;, p. 3;t3-356), partir de ce fait, que Kant a conçu de bonne heure l'anthropologie complète comme divisée en 3 grandes espèces : 1" l'anthropologie théorique, qui se confond pour une part avec la psychologie empirique (v. plus haut, p. 3o4, note), et qui a pour objet de rechercher ce que l'homme est naturellement ; 2° l'anthropologie pragmatiqiie, qui étudie les dispositions naturelles de l'homme selon l'usage qu'il en peut faire sous la seule règle de son intérêt bien compris et de son bonheur ; 3" enfin l'anthropologie morale, qui étudie ces mêmes dispositions dans leur rapport avec la loi morale De ces trois espèces'd'anthropologie, l'anthropologie pragmatique est la seule dont Kant ait directement traité dans les Leçons qu'acluellement nous possédons de lui : les deux groupes de Leçons publiées par Starke, Kant's Measchenkunde oder philosophiscke Anthropologie, Kant's Anweisung zur Menschen und Weltkenntniss ont ce caractère, ainsi que les Leçons publiées par Kant en 1798, Anlliropologie in praginatischer Hinsicht. Dans la Préface de ce dernier ouvrage, Kant oppose l'anthropologie au point de vue physiologique et l'anthropologie au point do vue pratique. Ici le mot « pratique », qui, dans son sens large, comprend chez Kant à la fois ce qui est pragmatique et ce qui est moral, désigne ce qui est pragmatique. Vil, p. ^3i-^34.

Quel rapport a l'anthropologie morale avec la Métaphysique des mœurs ? Si l'on ne considère la distinction de ces doux disciplines qu'à un point de vue formel, on peut dire que Kant l'a constamment maintenue. Mais ce qui a varié dans sa pensée, c'est l'idée de l'objet que doit se proposer l'anthropologie morale, selon la forme qu'a prise l'exécution de la Métaphysique des mœurs. Dans la Grundlegang, la conception de la Métaphysique des mœurs, en ses traits essentiels, est intimement liée à la conception d'une Critique de la Raison pratique ; par là elle est présentée avant tout comme une science absolument pure ; tantôt elle parait laisser à l'anthropologie pratique le soin de réaliser l'application de ses principes à la nature humaine, tantôt elle paraît pouvoir réaliser elle-même, à un moment ultérieur, cette application. (Il me paraît certain, comme à Arnoldt, op. cit., p. 348, que la philosophie morale appliquée, distinguée en un passage de la philosophie morale pure, IV, p. 208, note, n'est point l'anthropologie pratique^. L'anthropologie pratique de la Grundlegu/ig semble bien être identique à la Tiigendlehre de la Critique de la liaison pure-, qui suppose, comme on l'a vu plus haut (p. 3o5, note) des principes empiriques et psychologiques. Plus tard,

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Les systèmes qui prétendent expliquer la moralité par la constitution essentielle ou par quelque propriété spéciale de la nature humaine, ou encore par les circonstances de fait 011 l'homme se trouve placé dans le monde, ont tous ce vice radical, de ne pouvoir fournir tout au plus que des règles générales et, en dernière analyse, suhjectives, au lieu de lois universelles, véritablement objectives, de la volonté '. Le premier motif pour lequel Kant condamne ce genre de systèmes est donc tiré de sa conviction rationaliste, selon le sens strict de la Critique : la vérité de la morale, comme celle de la science, n'est comprise comme telle que si elle est exclusivement déduite de la forme pure de la raison, non du contenu matériel de l'expérience. Aiais à ce motif théorique s'ajoute un motif pratique : lorsque la morale s'appuie sur des considérations empiriques, elle fournit par là à la volonté des mobiles sensibles qui la corrompent, soit en la détournant du devoir, soit en l'invitant à chercher dans le devoir autre chose que le devoir même. Au con-

lorsque Kant eut écrit sa Critique de la raison pratique, il put constituer à part une Métaphysique des mœurs, selon les conditions qu'il avait à diverses reprises énoncées (Kritik der reineii Vernunft, III, p. 567 ; Metaphysische Anfnngsgrûnde der Naturwissenschaft, IV, p. 359 '■> Kritik der Urtheilskraft, V, p. 187), c'est à-dire une science qui, sans cesser d'être pure dans ses principes et ses procédés, empruntât à l'expérience son objet spécial; cette science par là absorbait naturellement, au moins pour une grande part, la matière de l'ancienne anthropologie pratique ; il ne lui réjiugnait pas d'accepter le nom de Tugendlehre pour un de ses titres ; sans sortir d'elle-même elle s'appliquait, de l'aveu même de Kant, à des données anthropologiques (v. plus haut, p. 3o4> note). L'anthropologie morale garde cependant une raison d'être ; elle est moins l'appropriation de la morale rationnelle pure à l'homme que l'étude des conditions subjectives ainsi que des moyens divers qui favorisent ou entravent 1 accomplissement du devoir ; la pédagogie en est une des parties les plus im|)Ortantes.

Il est permis de supposer que si Kant a maintenu des lignes de démarcation entre la Métaphysique des mœurs et l'anthropologie, son anthropologie n'a pas laissé plus d'une fols de pénétrer, plus ou moins transfigurée, dans sa métaphysique. Au fait, bien des remarques qu'il avait faites au cours de ses études d'anthropologie se retrouvent utilisées à un point de vue « métaphysique » ou « Iranscendantal ». Quant à ses leçons d'anthropologie, elles seraient sorties, d'après ce que soutient Benno Erdmann, de ses leçons de géographie physique {lleflexioueii Kants, I,p. 87 sq.). Cette thèse est combattue par Arnoldt, op. cit , p. 283-3 16.

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