‹ La philosophie pratique de KantChapitre 161 sur 361 · Cf. Kritik der praktischen Vernunft, \ , p. 95-g · texte numérisé non relu

Cf. Kritik der praktischen Vernunft, \ , p. 95-g

2. IV, p. 202. — • Cf. Kritik der reinen Vernunft, Vorrede zur ziveiten Ausgahe, III, p. aS. — Tugendlehre, VII, p 178. — Il y a un Socrate de la seconde moitié du xviii" siècle: un Socrate caractérisé surtout par son opposition à la philosophie spéculative et par son goût exclusif de la vérité pratique, par sa confiance dans les lumières naturelles du bon sens, par sa conception courageuse de la dignité morale et de l'indépendance du philosophe. On sait comment Rousseau le met en parallèle avec Jésus-Christ. Mendelssohn fait de lui le héros de son Phédon. Eberhard publie une Nouvelle apologie de Socrate, Hamann des Mémoires de Sacrale. Le hollandais Hemsterhuys qui eut tant de vogue parmi les écrivains allemands de la fin du xviiic siècle et du commencement du xix<', et que Kant, nous dit Hamann, admirait extraordinairoment ÇScItriffen, VI, p. 874) présente Socrate comme le personnage philosophique par excellence. Lessing dans ses Pensées sur les Frères Moraves fait parler Socrate ou plutôt Dieu par la bouche de Socrate pour inviter les hommes à se garder des spéculations aussi inutiles qu'aventureuses et à tourner leur regard sur eux-mêmes. Lessings Werke (Kûrschner), XIll (Boxberger), p. 298.

3. V. notamment Ed. Zeller, Die Philosophie der Griechen, II, i (4'= éd., 1899), P- ^^5 — Vaihinger, Commentar, I, p. 2. — Paulsen, Kant, p. 55- 56. ^- Riehl, Philosophie der Gegenwarl (igoS), p. i83. — Le premier

3l8 LA PHILOSOPHIE PRATIQUE DE KA>"T

Kant sont animés d'une même foi dans la valeur du jugement pratique des hommes, s'ils s'entendent l'un et l'autre à le considérer comme la donnée indispensable et suffisante de leurs recherches en morale, ce n'est pas à dire, tant s'en faut, que leurs méthodes se ressemblent. Socrate analyse les opinions communes pour en dégager l'élément matériel de définitions universelles ; il veut induire de ces opinions tout le contenu susceptible de rentrer dans un concept simplement logique. Kant, lui, ne se contente pas de ramener à des types généraux les appréciations de la conscience commune ; il vise à dégager des jugements moraux l'élément formel, d'où résulte la fonction même de juger; il poursuit le concept proprement métaphysique, pur de tout alliage empirique, et capable de produire par lui seul la vérité dont il doit rendre compte.

Telle est l'espèce d'analyse que mettent en œuvre, dans leur plus grande partie, les Fondements de la Métaphysique des mœurs ; les résultats en sont exposés dans les deux premières sections du livre: ils aboutissent à la détermination du principe sur lequel se fonde l'idée universellement reçue de la moralité '. Dans la troisième section seulement,

peutclre qui ait comparé Kant à Socrate pour a\oir ramené, lui aussi, la piiilosophie du ciel sur la terre est Jacob dans sa Priifung der Mendelssolinschen Morgeristundeii, 1786, (v. Benno Erdtnann, Kaiit's Kiiticismits, p. 117). — On a ccj)endaiit parfois relevé une opposition essentielle entre les deux philosophes. Ziegler (Gesc/iichfe der liihik, I, p. (h) soutient cpie la doctrine de Socrate est diamétralement contraire aux principes moraux de Kant. — Karl .loël {Der édite und der Xcnophonlische Socrates, I, 1898, p. 17/1 sq.) voit dans le kantisme une réaction contre la pensée socratique. Socrate proclame la souveraineté de la raison théorique sur l'action, Ivant, au contraire, le primat de la raison pratique. Le rationalisme est la tendance la plus profonde de la philosophie depuis Socrate jusqu'à Wolll"; le kantisme fait obstacle à cette tendance, qui reprend sa force ensuite et s'achève chez Hegel ; c'est à Hegel, non pas à Kant, qu'il faudrait comparer Socrate. Mais Joël ne peut opposer en ce sens Socrate et Kant que parce que d un côté il fait de Socrate un |)ur dialecticien rationaliste ne s'appliquanl aux questions morales que pour les résoudre dans la réilexion intellectuelle, et parce que de l'autre 11 méconnaît, contre toute justesse, le fond solide de rationalisme qui se trouve dans l'idée kantienne de la raison pratique.

I. On pourrait donc dire que, pour la morale, Kant a écrit des Prolégomènes avant d'écrire la Critique. On sait en effet, par les déclarations de Kant, que la méthode employée dans les Prolégomènes est la méthode analytique,

qui est comme lesquisse d'une Critique de la Raison pratique, la démonstration svnthétique intervient: elle a pour objet d'expliquer la nécessité du principe en lui-même, de façon à retrouver et à justifier en même temps la conscience morale commune'.

L'analyse de la conscience morale commune nous permet d'abord de définir ce qu'il faut entendre par le bien. Le terme en efTet est équivoque : c'est ainsi que l'on considère comme des biens les dons de la nature ou de la fortune. Que l'intelligence, la vivacité et la sûreté du jugetandis que la méthode employée dans la Crititfue de la raison pure est la méthode synthétique. Prote^oniena, IV, p. 22, p. 24. p- 27 (V. Vaihinger, Coinmentar, I, p. 4i2-4i3). L'exposition analytique a pour caractère d'être plus aisée à comprendre, plus populaire. — Cf. Logik, MU, p. i/j3.

L'exposition analytique reproduit-elle l'évolution historique de Ja pensée kantienne ? C'est ce que soutient, au moins pour ce qui est des problèmes tiiéoriques, Kuno Fischer, Ge.scliichte der neuern Philosophie, \\ , p. 338- Ijd. et c'est ce que conteste A. Riehl, Der philosophische Kriticismus, l, p. 339-342. Riehl observe que la méthode analytique, impuissante par ellemême à justiher le fait dont elle part, à savoir la certitude de la science, ne pouvait répondre aux exigences de démonstration qui préoccupaient l'esprit de Kant. Mais précisément l'argumentation de liiehi est beaucoup trop dominée par l'idée de la forme achevée de la méthode kantienne. Kant, en inaugurant ses démarches, a considéré d'emblée la science comme certaine, et il en a analysé les conditions, sauf à s'apercevoir que celte certitude, dont il n'avait jamais douté, n'était finalement démontrable que par la méthode synthétique. 11 me paraît donc que Kuno Fischer, malgré certaines formules impropres, a raison en gros (V. plus haut, introduction, ch. ni, p 54-6 1). — Pour ce qui est des problèmes moraux, on ne peut pas dire en termes aussi simples que l'exposition analytique et régressive représente le développement historique de la pensée de Kant. Certes il semble bien que par l'analyse Kant avait peu à peu dégagé et étudié isolément des concepts tels que celui de la bonne volonté, de l'obligation, de limpéralif catégorique, de la société des êtres raisonnables, etc. Mais la Critique de la raison pure fournissait, avec le concept transcendanlal de la liberté, le principe de la démonstration synthétique, avant que tous les éléments de la moralité fussent analysés jusqu'au bout. Ce qui reste cependant vrai, c'est que la Giundlegung, en décou\rant par l'analyse de la conscience morale commune une relation intime entre l'idée déjà ancienne de l'inqu-ralif catégorique et l'idée toute nouvelle de l'autonomie de la volonté, a fourni le moyen de faire passer à l'acte la démonstration synthétique : voilà pourquoi on peut dire dans une certaine mesure que l'exposition analytique reproduit ici encore assez fidèlement la marche réelle de la pensée de Kant.

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