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ment, comme aussi le courage, la décision, la persévérance dans les desseins soient des qualités à bien des égards précieuses ; que le pouvoir, la richesse, 1 honneur, la santé, le parfait contentement de son sort, soient des avantages en eux-mêmes fort désirables ; ceci ne se conteste pas. Mais ce que la conscience ne saurait admettre, c'est que ces biens soient qualifiés de moraux: ils ne déterminent pas par euxmêmes l'usage qu'on en doit faire, et cet usage peut être mauvais. Même certaines dispositions intérieures de l'âme, comme la possession de soi, la juste mesure, quelque favorables qu'elles paraissent souvent à la moralité, n'ont pas, tant s'en faut, cette valeur absolue que leur attribuaient les anciens; elles peuvent, elles aussi, se prêter à un mauvais emploi : le sang-froid d'un scélérat ne le rend-il donc pas plus odieux.^ Ne peut être véritablement bon que ce qui l'est par soi, et ce qui l'est par soi l'est absolument. Par suite, (( il n'est pas possible de concevoir dans le monde, ni même en général hors du monde, absolument rien qui puisse sans restriction être tenu pour bon. si ce n'est seulement une BONNE VOLONTÉ '. ))

La bonne volonté : telle est la formule immédiate du concept au nom duquel juge la conscience. En sa teneur littérale, cette formule rappelle ïvjdoyJx du Nouveau Testament, la Ijona voluntas de la Vulgafe. Toujours est-il que Kant, à l'occasion, en a volontiers rattaché le sens à l'esprit du Christianisme qui réclame aAant tout la pureté de cœur ou d'intention, et qui affirme l'intériorité essentielle de la vie morale". Mais ce qu'il se propose ici, c'est de la définir et de l'exphquer.

Ce qui constitue la bonne volonté, ce n'est pas son aptitude à atteindre tel ou tel bul, ce n'est pas son succès dans l'accomplissement de telle ou telle œuvre, c'est purement et simplement son vouloir même, c'est-à-dire qu elle tient

I. IV, p. a^oa/ii. — V. plus liaul, p. 89-90, p. 90-97, j). aOi. a. V. plus loin le chapitre sur la Heligiun dans les limites de la simple raison.

FONDEMENTS DE LA METAPHYSIQUE DES MOEURS Ssi

sa valeur, non du résultat de son action, mais de son action seule et de la maxime qui linspire. Telle quelle, sans avoir besoin d'être justifiée par la réussite de ses desseins, bien mieux, sans être le moins du monde condamnée par son incapacité de les faire aboutir parfois contre les obstacles extérieurs, elle est en elle-même incomparablement supérieure à tout ce qu'elle pourrait réaliser pour le plus grand contentement de nos inclinations. Ce n'est point par l'utilité ou l'inutilité de ses actes qu'on peut la juger. L'intention reste donc l'élément caractéristique de la moralité'. Non pas que Kant ait prétendu par là isoler l'intention des actes qui peuvent ou doivent la traduire au dehors ; il a soin d'avertir qu'on ne doit pas la confondre avec une simple velléité, avec une simple direction du désir, sans recours à tous les moyens dont on dispose ; il prend comme type du cas extrême dans lequel la pleine suifisance de la bonne volonté apparaît, non le cas où celte bonne volonté se contente de la pureté intérieure de sa maxime, mais le cas où, dans son plus grand effort, elle est tenue en échec par la malveillance de la nature'. Autre chose est de circonscrire le caractère essentiel par lequel la volonté se définit, autre chose de rompre les liens- qui unissent normalement dans la pratique ce caractère du vouloir aux actes par lesquels le vouloir s'accomplit '.

Mais attribuer une valeur absolue à la bonne volonté sans tenir compte de l'utilité de ses actes, n'est-ce pas un paradoxe suspect .-^ On dira sans doute que la conscience commune, portant en elle ce paradoxe, le justifie par là même :

1. Cf. G. -A. Yallier, De l'intention morale, i883. — Y. un commentaire pénétrant de cette conception de la bonne volonté dans A. Mannequin, Notre détresse morale et le problème de la moralité, 1898, p. 9-10.

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