‹ La philosophie pratique de KantChapitre 180 sur 361 · IV, p · texte numérisé non relu

IV, p

2. Hegler (o/>. cit., p. 99-100) soutient que la maxime ici ne présente de contradiction que si l'on interprète et l'on complète la pensée de Kant de la façon suivante: la négligence des facultés et des talents est une maxime contradictoire parce qu'il est naturel et nécessaire à la volonté de les cultiver en vue de l'avenir pour toutes sortes de fins utiles. 11 y aurait donc, ajoute Hegler, une application du concept de l'être raisonnable qui va au delà du raisonnement formel. — Mais Hegler estime à tort que la maxime ici est en opposition avec des tendances ou des besoins de l'être raisonnable ; elle est en opposition avec l'idée de sa volonté, considérée comme constitutive, par sa forme législatrice, d'un ordre de la nature, — et d'un ordre de la nature aussi plein que possible de réalité pratique, ajouterons-nous volontiers pour dégager le postulat implicite de la pensée kantienne. Or ce postulat est une espèce de transposition de l'idée rationaliste, selon laquelle la raison requiert pour se satisfaire, non pas seulement l'intelligibilité pure et simple, mais encore le maximum de

Voici enfin un homme dont les affaires sont prospères, et qui volt certains de ses semblables aux prises avec de grandes difficultés ; il peut les aider ; mais il se dit : qu'importe ? Quautrui soit heureux s'il le peut et comme il l'entend ; je n'attenterai certainement pas à son bonheur, mais je me réserve de n'y pas contribuer. Une telle maxime peut sans doute à la rigueur être conçue comme une loi universelle de la nature, et, dans ces conditions « l'espèce humaine pourrait sans doute fort bien subsister, même mieux assurément que lorsque tout le monde a sans cesse à la bouclie les mots de sympathie et de bienveillance, s'empresse même à l'occasion d'exercer ces vertus, mais en revanche trompe dès qu'il le peut, l'ait bon marché du droit des hommes ou y porte atteinte à d'autres égards». Mais s'il est possible de concevoir une loi de la nature selon cette maxime, il est impossible de la vouloir. « Car une volonté qui prendrait ce parti se contredirait elle-même; il peut, en effet, se présenter bien des circonstances où nous ayons besoin de laffection et de la sympathie des autres, et alors, en vertu de cette même loi issue de notre volonté, nous nous enlèverions tout espoir d'obtenir 1 assistance que nous désirons pour nous-mêmes'. » En d'autres termes, un ordre de la nature suppose qu il y a entre les êtres des relations positives et objectives de réciprocité ; l'égoïste qui reste indifférent au malheur des autres ne peut donc ériger sa maxime en loi de la nature, et c'est pour cela qu'il n'a aucun droit, le cas échéant, de compter sur l'assistance des autres; il a fait de ses semblables des étrangers pour lui".

flétcrminations intelligibles. La considération de l'utilité, qui intervient ensuite, est ici encore comme une vérification extérieure, non une justification de la règle, quoi que dise Lehmann (^op. cil., p. 73).

Page 1