Kritik der praktischen Verniinft, V, p
2. C'est simplifier inexactement les rapports des Fondements de la Meta' physique des moeurs et de la Critique de ta raison pratique que de dire avec J. Eduard Erdmann (Grundriss der Geschichte der Philosophie, III, i866, p. 346) et avec Kuno Fischer (^Geschichte der neuern Philosophie, V, p. 8i) que le premier ouvrage a pour objet la loi morale, le second la faculté de la réaliser, c'est-à-dire la liberté. Car, comme on sait, les Fondements s'occupent, dans leur dernière section, de la liberté et esquissent la Critique: la dilTérence de fond est dans la méthode suivie. \. plus haut, p. 3i8-3i9, note.
3. V. Em. Boutroux, /,rt morale de Kant : la raison pure pratique, dans les Leçons de la Sorbonne publiées par la Revue des cours et conférences, 9"= année (igoo-igoi), 3" série, p. 077-584.
/il8 LA PHILOSOPHIE PRATIQUE DE KA> T
même en tant qu'elle est spécifiquement pratique. A cette condition le système de la morale se soutient de lui-même par lui seul (bestehl durch sich selbst \ Par conséquent ce qu'il faut d'abord établir, c'est Texistence d'une raison pure pratique ; d'où résultera ensuite l'obligation de la défendre contre toute subordination avouée ou déguisée de sa puissance à celle d'objets extérieurs à elle, qu'ils soient empiriques ou transcendants. Voilà comment se définissait, dans l'entreprise du nouvel ouvrage, la double tâcbe que suppose toute Critique: la première, qui esl de découvrir et de justifier des principes n priori, la seconde, qui est d'en circonscrire exactement l'emploi, d'en interdire tout usage qui ne serait pas immanent.
L'ouvrage parut eu 1788': il portail le litre de Criliqne de la raison pratique'.
1. Krilik der pra/.lisc/ieii' Veiniiiifl, V, p. 8. — On pourrait objecter (jtic dans V Ëclaircissemcnl critit/ue de iaiialytiqiie (V, p. 95-97) et à la fin de la Méthodologie (V, p. 1G9 ; voir plus haut, p. 31G017, note), Kent fait reposer l'existence de la raison pure pratique sur un appel au jugement moral commun ou sur l'analyse de ce jugement. Mais dans ces passages, il ne s'agit pas de conduire la démonslratiort que doit développer la Critique de la raison pratique. Même didiculté pourrait être et a été en réalité soulevée pour la seconde édition de V Introduction de la Critique de la raison pure. Kant, en elTet, a ajouté au texte de la première des considérations reprises des Prolégomènes sur ce que la mathématique pure et la physique pure sont des sciences existantes, au sujet desquelles il y a lieu seulement de se demander comment elles sont possibles, non si elles le sont (III, p. 42 48). Suit-il de là que pour lui la méthode analytique doive prévaloir sur la méthode synthétique ? Non certes. Qu'il ait mêlé négligemment deux façons différentes de traiter son problème, dont l'une seulement a une pleine rigueur démonstra-' live, tandis que l'autre n'a qu'une valeur d'explication préparatoire et de commentaire (Riehl, Dcr philosophische Kriticismns, I, p. 34 1-342, note); ou plutôt qu'en invoquant la certitude réellement reconnue de la science, il ait marqué que telle devait être la fin de sa démonstration, sans eti faire pour cela le moyen CVaihinger, Coinnientar, I, p. 4i4. p- 4i7): toujours est-il qu'il n'a pu songer à infirmer la portée supérieure ou décisive qu'avait à ses yeux la métliode synthétique. Et c'est de la môme façon qu'on peut résoudre la ditiicullé semblable qui apparaît ici ; la vérité du jugement moral, telle que l'analyse peut la dégager, n'entre pas dans la démonstration de la Critique ; elle en est le terme.
2. Il était prêt pour l'impression à la fin de juin 1787, ainsi qu'en témoigne une lettre à Schûlz Çfiriefn'eclisel, I, p. 467).
3. La locution « raison pratique » se trouve par là définitivement fixée dans la terminologie kantienne. Que Kant fût porté à allier ainsi les deux mots, c'est ce qu'on peut voir dans son Programme des cours pour le semestre
LA CRITIQUE DE LA RAISO> PRATIQUE [{l()
Pourquoi ne s'iiititulail-il pas Critique de la raison pure pratique, comme il leùtclù, d'après l'annonce delà Griind-
d'/ii\'er 1765-17G6, où il dit que, par ses leçons sur la Géographie, ses auditeurs apprendront ce qui peut « les préparer à une raison pratique » (II, p. 820). Mais il est évident que cette alliance de mots a pour lui maintenant une tout autre portée, puisque la raison qui est pratique est une raison pure. Dans la Critique de la raison fture, on peut bien saisir la trace de l'effort encore inachevé fait pour la justifier en ce sens nouveau, puisque Kant dit, montrant par là qu'il y a une opposition à surmonter, « la raison pure, mais pratique » (III, p. a65, p. 587) et que tout en employant le terme de raison pratique (III, p. S^o), il dit encore plus volontiers la raison dans son usage pratique. Dans la drund/egung, la locution « raison pratique » est désormais franchement employée et considérée comme synonyme de « volonté » (IV, p. 260, p. 289).
Cette locution paraît reproduire Vintellectits practicus de la scolaslique, le voj; -pazT'.zo; d'Aristote, et ScliopenJiauer, dans sa Critique de la philosophie kantienne, a signalé cette identité littérale des termes, en indiquant sommairement la différence de sens {^Die IVelt, I, p. 652 sq.). — Julius Walter, dans son livre Die Lehre von der pra/ctischen Vemunf't in der griecliischen Philosophie, 1874, p. v, a donc eu tort de reprocher à Schopenhauer de n'avoir pas observé qu'Aristote" était, plus que Descartes et que Platon, à l'origine de cette formule d'une raison pratique : c'est qu'il ne s'est reporté qu'à un passage du Fondement de la morale, III, p. 532 535. — La signification que Kant donne à l'idée de la raison pratique est tout à fait différente de celle qu'a le voO; -paxT'.xdç chez Arislote. Le yoù; -poL/r.r/jk n'est pas tel par lui-même ; il le devient en vue de l'objet désirable, qui lui est antérieur et qui seul est premier moteur ; il ne meut qu'en se combinant avec le désir pour produire l'action. Sa vérité propre consiste en ce que, partant de la fin en vue, il établit au moyen d'un raisonnement régulier, d'une délibération en forme, les conditions de la réalisation de cette fin ; son activité est donc essentiellement théorique. S'il se distingue de la raison théorique proprement dite, c'est que celle ci s'applique à un objet qui ne peut être autrement, tandis qu'il porte sur ce dont les principes peuvent être autres qu'ils ne sont. — V. l'ouvrage cité de J. Walter, en particulier p. 259-276; Ed. Zeller, Die Philosophie der Griechen, II, 2, 3"-' édit., 1879, p. 581-587, p. 649 sq., et Aristote, Traité de L'âme, traduit et annoté par G. Rodier, 1900, II, p. 536-54i.
Schopenhauer, surtout dans son Fondement de la morale (loc. cit.), estime, et en grande partie justement, que l'origine de l'idée kantienne de la raison pratique est dans cette psychologie rationnelle dont Kant a prétendu cependant démontrer l'inanité, plus précisément dans la distinction que Platon a proposée, que Descartes a présentée en termes rigoureux, que Leibniz et Woiff ont reprise entre le pouvoir de connaître qu'exerce l'àme dans son rapport avec le corps et le pouvoir de connaître qu'elle exerce sans le concours du corps comme intcllectus punis : la forme inférieure et la forme supérieure de la volonté, également distinctes, sont corrélatives à ces deux pouvoirs de connaître. Il faut seulement ajouter aux indications de Schopenhauer que la prétention de Kant a été de montrer que cette raison pure peut être pratique par elle-même et par sa loi propre, sans dépendre de la connaissance préalable d'un objet.
Schopenhauer s'élève à ce propos {Die IVell, I, p. 653 sq. ; Ueber die Grundlage der Moral, III, p. 528-53i) contre la confusion que Kant établit entre l'action raisonnable et l'action vertueuse. C'est, dit-il, faire violence à la
legung\ et d'après son objet même? Ce ne pouvait être assurément à cause du dualisme que Kant avait admis un temps entre le « pur » et le « pratique »; car ce dualisme, dont il restait des traces visibles dans la première Critique, avait été éliminé de la doctrine développée par la Grundlegung. Et c'était bien du reste l'idée d'une raison pure pratique que Kant se proposait ici avant tout de déterminer et de justifier ; seulement il estimait que la Critique, comme discipline limitative, devait porter non sur la puissance pure, mais sur la puissance pratique de la raison. « Pourquoi, disait-il au début, cette Critique est intitulée, non pas Critique de la raison pure pratique, mais simplement Critique de la raison pratique en général, quoique le parallélisme de la raison pratique avec la spéculative paraisse exiger le premier titre, c'est ce qu'explique suffisamment ce traité. Ildoit seulement monirer qu // j aune raison pure pratique, et c'est dans celte intention qu'il en critique tout \e pouvoir pratique. S'il y réussit, il n'a pas -besoin de critiquer le pouvoir pur lui-inénie pour voir si en s'attribuant par simple présomption un tel pouvoir la raison n'excède pas ses droits (comme cela arrive à la raison spéculative). Car si comme raison pure elle est réellement pratique, elle prouve par le fait même sa réalité ainsi que celle de ses concepts, et tout argument captieux dirigé contre la possibilité, pour elle, d'être ainsi est en pure perte". » Ici,
langue. Une conduite raisonnable est celle qui au lieu de se régler sur des impressions se règle sur des concepts, sans que la valeur morale en soit par là nécessairement définie : l'expression qui la qualifierait le mieux est celle de prudence. Elle s'oppose donc surtout à l'action irréfléchie et arbitraire, livrée au hasard des conséquences. Raison et vice peuvent fort bien aller ensemble, comme aussi déraison et générosité. Si la conduite raisonnable paraît souvent se rapprocher de la vertu en ce qu'elle implique une modération qui prévient tout excès, elle est aussi l'ennemie des actions sublimes et héroïques qui troublent l'équilibre d'une vie bien ordonnée. — Cette critique de Schopenhauer est visiblement liée à son idée propre de la raison et à ce qu'il y a d'anlirationaliste dans sa philosophie ; c'est de très bonne heure qu'il l'a conçue (Cf. ses Jtuiier/aingdi zu Kant, de i8i3: Scliopenhauer's Naclilass, Ed. Grisebaeh, III, p. 86).'