V. plus haut, p
3. \ . notamment V, p. 102 : « Mais le même sujet qui, d'un autre côté, a conscience de lui-même comme d'une chose en soi, considère aussi son existence, en tant (/ii'elle n'est pas soumise aux conditions du temps, et se considère lui-même comme ne pouvant être déterminé que par des lois qu'il se donne par sa raison même. Dans cette existence qui est la sienne, il n'y a rien pour lui d'antérieur à la détermination de sa volonté, mais toute action et en général tout chanojement de détermination de son existence tel qu'il est pour le sens intime, même toute la suite de son existence comme être sensible, ne doit être considérée dans la conscience de son existence intelligible que comme conséquence, et jamais comme principe déterminant de sa causalité comme noumène. A ce point de vue l'être raisonnable peut, de toute action contraire à la loi et accomplie par lui, quoique, comme phénomène, elle
Sans cloute, comme dans la CW/i^«e delà raison pure, Kant explique ici par le caractère intelligible cette uniformité de conduite qui apparaît chez les hommes, particulièrement la tendance au mal qui se manifeste si tôt chez certains d'entre eux, et qui résiste à toutes les bonnes influences de milieu et d'éducation ; il explique de même que des dispositions et des actions mauvaises, malgré l'enchamement naturel des circonstances qui les déterminent dans le temps, restent imputables à l'individu, puisqu'elles sont la conséquence de mauvais principes immuables librement choisis. (( Tout ce qui résulte, dit-il, du libre arbitre TV tV/kilhrj d'un homme, comme est certainement toute action faite avec intention, a pour fondement une causalité libre feinefreie Causalitdt), qui, dès la première jeunesse, exprime son caractère dans ses manifestations phénoménales (les actions) '. » Mais si la constance du caractère paraîtcommu-
soit suffisamment déterminée clans le passé et sous ce rapport inévitablement nécessaire, dire à bon droit qu'il aurait pu ne pas la commettre ; car elle appartient, avec tout le passé qui la détermine, à un phénomène unique, au phénomène du caractère qu'il se donne à lui même, et d'après lequel il s'attribue, comme à une cause indépendante de toute sensibilité, la causalité de ces phénomènes. »
Notons encore que Kant n'emploie ici le mot v caractère » que pour désigner le caractère intelligible et qu'il ne parle pas du caractère empirique. Il semble ainsi efl'acer le dualisme trop exclusivement spéculatif des deux caractères tel qu'il l'avait développé dans la Critique de la raison pure, pour marquer d'avantage l'influence directe de la règle d'action adoptée par le sujet sur sa vie sensible. « La vie sensible a relativement à la conscience intelligible de son existence (de la liberté) l'unité absolue d'un phénomène (absolute Einlieil eines Plidnomens), qui, en tant qu'il contient uniquement des manifestations phénoménales (Erscheinungen) de l'intention qui a rapporta la loi morale (du caractère), ne doit pas être jugé d'après la nécessité naturelle... « (V. p. To3). Ainsi, tandis que dans la Critique de la raison pure le caractère empirique que l'homme possède « comme toutes les autres choses de la nature » (III, p. 878) paraît souvent unir assez indistinctement les phénomènes donnés à la représentation sensible et les phénomènes volontaires (v. sur cette question, et sur tout le problème des deux caractères l'élude de Falckcnbcrg, Ueber den intelligiblen Charakter ,■ zur Kritik der Kantisclien h'reihoitslelire, Zeitschrift fur Philosophie und philosophische Kritik, Neue Folge, LVil, 1879, p. :<9-85, aog-aSo), ici au contraire apparaît plus nettement la conception de ce qu'on pourrait nommer la vie sensible pratique, c'est-à-dire de la vie sensible fondée, non pas sur la causalité de la chose en soi en général, mais sur la liberté dans son rapport immédiat avec la loi morale.
I. V. p. lo/J. — Le libre arbitre (Willkûhr) n'est pas ici appelé à choisir lui-même les maximes et à constituer le caractère, comme il le sera dans la
niquer une même valeui- d'ensemble à toutes les actions accomplies, elle n'empêche point que chacune de ces actions, prise isolément, ne relève du jugement moral, que même chacune d'elle ne soit libre à tout moment'. En effet, quand il s'agit de la loi de notre existence intelligible, qui est la loi morale, la raison ne connaît pas de distinction de (cmps, elle ne recherche point si tel acte, accompli après d'autres, n'a pas reçu de ces derniers sa nature et son sens, mais si cet acte nous appartient véritablement : dès qu'il nous appartient, elle le juge comme s'il formait à lui seul un tout complet, d'après la spontanéité absolue de la liberté. Aussi le repentir, que les fatalistes conséquents, comme Priestley, traitent d'absurde, — et à bon droit suivant les principes de leur doctrine, — est-il en réalité un sentiment légitime ; car, bien qu'il porte sur un acte passé, par cons('(|uent irréparable, il porte sur lui, non pour la place qu'il a occupée dans le temps, mais pour l'effet authentique qu'il est d'une décision libre '. Kant incline donc à éliminer de sa théorie du caractère intelligible le substantialisme plus ou moins explicite qui était en elle ^ ; bien qu'à cer-
Reli^ion dans les limites de la simple raison ; il n'est que l'instrument ou le véhicule de la décision prise par la liberté transcendantale pratique.
I . « Satisfaire au commandement catégorique de la moralité est au pouvoir de chacun en tout temps » (zu aller Zeitl. V. p. 89.